Cyclosia midamia • Spotted Blue Crow Moth Mimic • Cyclosia midamia
Cyclosia midamia est un lépidoptère singulier appartenant à la famille des Zygaenidae, un groupe connu pour ses espèces souvent colorées et chimiquement défendues. Présente en Malaisie, à Bornéo et dans plusieurs régions d’Asie du Sud‑Est, cette espèce se distingue par une stratégie évolutive remarquable : elle imite visuellement un papillon diurne, le spotted blue crow, afin de décourager les prédateurs. Ses ailes sombres ponctuées de taches claires reproduisent fidèlement le motif du modèle, un cas classique de mimétisme batésien où un organisme inoffensif copie l’apparence d’un autre réputé toxique.
La particularité de Cyclosia midamia va toutefois plus loin que son déguisement. Contrairement à de nombreux insectes qui se contentent d’accumuler des toxines issues de leur alimentation, cette espèce est capable de synthétiser elle‑même du cyanure d’hydrogène, un composé hautement toxique. Elle l’exsude sous forme de minuscules gouttelettes au niveau des pattes lorsqu’elle est menacée. Cette capacité de production endogène, rare chez les lépidoptères, en fait un modèle d’étude privilégié pour les biologistes s’intéressant aux mécanismes biochimiques de défense.
L’individu observé près des chutes de Haew Narok, au parc national de Khao Yai, illustrait parfaitement cette dualité : une apparence de papillon inoffensif, presque élégante, mais une biologie redoutablement efficace. Sa présence dans cette zone humide et forestière témoigne de la richesse entomologique du parc, où les micro‑habitats variés favorisent une grande diversité de Zygaenidae et d’autres insectes spécialisés.
Sur le plan écologique, Cyclosia midamia occupe une niche discrète mais importante. Ses interactions avec les plantes hôtes, ses stratégies de défense et son rôle dans les réseaux trophiques contribuent à la complexité des écosystèmes tropicaux. Les cinq sous‑espèces actuellement reconnues reflètent d’ailleurs une adaptation fine aux environnements locaux, signe d’une évolution façonnée par la diversité des forêts d’Asie du Sud‑Est.
Notre observation, brève mais précieuse, rappelle que même les plus petits organismes du parc portent en eux des histoires évolutives fascinantes, où mimétisme, chimie et survie s’entremêlent avec une sophistication inattendue.