Khao Yai – Immersion dans la nature sauvage de Thaïlande
Dès les premières lueurs, nous quittons Ayutthaya pour rejoindre le parc national de Khao Yai, à environ 200 km au nord‑est. À l’entrée de Chao Por Khao Yai, nous achetons nos billets — 400 B par personne pour les étrangers, plus 30 B pour le véhicule — puis les barrières s’ouvrent sur un autre monde. La route s’enfonce immédiatement dans une végétation dense, presque impénétrable, où les bosquets de bambous alternent avec des forêts sempervirentes. Ces forêts, vestiges d’un climat plus frais lié à l’altitude, abritent une biodiversité exceptionnelle.
La géologie de Khao Yai explique en grande partie cette richesse. Le parc repose sur un socle de collines calcaires anciennes, issues de dépôts marins soulevés il y a des millions d’années. L’érosion a sculpté un relief de plateaux, de vallées encaissées et de falaises abruptes. Chaque ravin, chaque versant, chaque zone humide crée un micro‑habitat différent : mousses et fougères dans les zones ombragées, bambous sur les pentes sèches, grands dipterocarpes dans les plaines. Cette mosaïque de milieux permet la coexistence d’espèces qui, ailleurs, ne se croisent jamais.
Notre première halte nous mène à la cascade de Haew Suwat, rendue célèbre par le film The Beach. Le sentier pavé descend en lacets, accompagné du grondement de l’eau qui résonne dans la vallée. La chute, haute d’une vingtaine de mètres, plonge dans un bassin naturel entouré de parois calcaires polies par les siècles. La saison des pluies est déjà loin, et le débit reste modéré, mais l’endroit conserve une beauté brute : mousses, lichens et fougères colonisent les parois humides, témoignant de la constance de l’humidité. Ici, la géologie raconte l’histoire de l’eau, patiente et tenace, qui façonne la roche goutte après goutte.
Sur le chemin, la faune se manifeste. Nous croisons un macaque à queue de cochon du Sud (Macaca nemestrina), massif, musclé, reconnaissable à sa courte queue recourbée et à son allure puissante. Il tient un fruit rouge dans la main, l’examine, le goûte, puis disparaît dans les sous‑bois. Cette espèce, plus terrestre que les macaques crabiers, est emblématique des forêts profondes de Khao Yai.
En poursuivant notre route, la forêt s’ouvre sur un panorama grandiose : la forêt de Dong Phayayen, un océan de canopée qui s’étend jusqu’à l’horizon. À 1 200 mètres d’altitude, la vue embrasse une mer verte où se mêlent plus de 3 000 espèces de plantes et plus de 300 espèces d’oiseaux. Les scientifiques y étudient encore des espèces endémiques, isolées dans ces hauteurs depuis des millénaires.
Plus loin, le sentier de Haew Narok nous attire. Cette chute, plus haute et plus sauvage, révèle toute sa puissance après la mousson. L’air y est saturé d’humidité, vibrant des chants d’insectes et des cris d’oiseaux. Les biologistes y observent régulièrement des espèces rares : langurs, écureuils volants, et parfois, dans les zones les plus reculées, le discret léopard indien.
Dans une clairière, deux silhouettes brunes se reposent dans l’herbe : deux sambars (Rusa unicolor), grands cervidés massifs au pelage sombre, parfaitement immobiles, comme sculptés dans le paysage. Leur calme contraste avec l’agitation de la forêt.
Mais le moment le plus saisissant survient sur la route, lorsqu’un éléphant d’Asie (Elephas maximus indicus) surgit des fourrés. Immense, couvert de poussière, il avance lentement, indifférent aux voitures arrêtées. Il traverse la route avec une majesté tranquille, puis disparaît dans la végétation avec une grâce surprenante pour un animal de cette taille. Une rencontre rare, puissante, qui rappelle la cohabitation fragile entre humains et faune sauvage.
Plus tard, un papillon se pose sur une feuille : ses ailes sombres se terminent par un bleu électrique ponctué de taches blanches. Il s’agit probablement d’un Euploea mulciber ou d’un Euploea core, deux espèces emblématiques des forêts tropicales humides. Une touche de couleur dans l’immensité verte.
Khao Yai n’est pas seulement un parc : c’est un condensé de géologie ancienne, de forêts primaires, de faune libre et imprévisible. Une immersion totale dans ce que la nature thaïlandaise a de plus sauvage, de plus authentique, de plus précieux.
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