Thaïlande sauvage — Erawan, l’éclat des cascades
Les chutes d’Erawan — Sept marches vers l’émeraude
Lundi matin, après un bon petit‑déjeuner au bord de la rivière à Kanchanaburi , nous prenons la route en direction des chutes d’Erawan, situées à une trentaine de kilomètres au nord de Kanchanaburi. Le trajet, d’un peu moins d’une heure, serpente entre rizières et collines boisées, offrant déjà un avant‑goût de la nature luxuriante qui nous attend.
À l’entrée du Parc national d’Erawan, nous réglons les 300 B par personne (tarif actualisé pour les visiteurs étrangers). Les gardes nous rappellent quelques consignes essentielles : ne pas nourrir les singes et bien refermer nos sacs. Une petite barrière s’ouvre, et nous plongeons aussitôt dans une végétation tropicale dense où la lumière du matin filtre entre les grands arbres, les fougères anciennes et les lianes tournoyantes.
Dès les premiers pas, la flore locale nous émerveille. Nous découvrons notamment l’échelle de singe (Bauhinia scandens), une grande liane ligneuse de la famille des Légumineuses. Ses vrilles s’accrochent aux arbres, ses extrémités matures sont dures et recourbées, semblables à un escalier naturel. Ses feuilles bifurquées, ses fleurs blanc jaunâtre et ses gousses brun rougeâtre complètent ce portrait végétal fascinant.
Rapidement, nous entrapercevons les premiers bassins naturels et les glissades d’eau. La limpidité est étonnante : un vert émeraude à couper le souffle. Dans ces eaux claires évoluent de nombreux poissons, notamment le Mahseer barbey (Neolissochilus stracheyi), appartenant à la famille des Cyprinidés. Avec ses deux paires de barbillons, son corps allongé brun‑vert et ses nageoires puissantes, il peut atteindre 25 cm, parfois davantage. Ces poissons, proches des carpes, vivent dans les grandes rivières aux eaux limpides et accompagnent les baigneurs dans une expérience unique.
Le parcours principal suit les sept niveaux des chutes, sur environ deux kilomètres. Certains passages, protégés par des rampes, demandent un peu d’attention car les roches sont souvent humides, mais le sentier reste accessible aux familles. Chaque arrêt est une invitation à la contemplation : vasques propices à la baignade, parfum du bois humide, chant des oiseaux.
Dès le premier niveau, appelé Lai Kuen Rang, l’expérience s’ouvre sur une série de petits bassins peu profonds, parfaits pour les familles et les visiteurs en quête de douceur. L’eau s’y écoule calmement, glissant sur des roches arrondies, et un gros tronc d’arbre tombé traverse la cascade, offrant un décor naturel qui semble avoir été posé là pour les photographes. Les galets polis et les dépôts calcaires témoignent déjà de la lenteur géologique qui façonne ces paysages.
En poursuivant la montée, le deuxième niveau, Wang Mat Cha, dévoile une eau d’une limpidité saisissante, d’un vert émeraude éclatant. Les bassins y sont plus vastes et plus profonds, et l’on y observe les poissons Mahseer, véritables habitants des lieux, qui nagent librement autour des baigneurs. Les rochers, polis par le courant, forment des plateformes naturelles où l’on peut s’asseoir les pieds dans l’eau. Les poissons viennent alors picorer doucement la peau, offrant une expérience relaxante proche d’un spa naturel. L’endroit est animé par les reflets du soleil et les mouvements furtifs des poissons, mais conserve une atmosphère paisible, presque méditative.
Le troisième niveau, Pha Nam Tok, impressionne par sa puissance. L’eau jaillit d’une haute falaise en rideau, se jetant dans un large bassin bordé de rochers émergents. Ces reliefs calcaires, sculptés par l’érosion, offrent des points de vue spectaculaires et des assises naturelles pour contempler la chute. Ici encore, les Mahseer accompagnent les visiteurs, transformant la baignade en une rencontre intime avec la faune aquatique. Une passerelle de bois permet d’admirer la cascade principale, haute de dix mètres, et l’on ne résiste pas à l’envie de plonger dans l’eau fraîche, contraste délicieux avec la chaleur ambiante.
Plus haut, le quatrième niveau, Ok Nang Phi Suea, surprend par sa forme singulière : deux rochers adjacents évoquent les formes généreuses de la légendaire ogresse marine « Phi Suea Samut », personnage du poème thaï Phra Aphai Mani. Les visiteurs s’amusent à glisser sur les toboggans naturels que l’eau a façonnés au fil des siècles, preuve de la créativité de la géologie et de l’imaginaire humain qui s’y superpose.
Le cinquième niveau, Buea Mai Long, est un véritable écrin de verdure. De multiples bassins en cascade se nichent au milieu d’une végétation luxuriante, où le chant des calaos et les mouvements furtifs des singes rappellent que la forêt est vivante. C’est ici que nous croisons nos premiers semnopithèques obscurs (Trachypithecus obscurus). Plus timides que les macaques, ils restent haut dans les arbres, dignes et discrets. Le spectacle devient saisissant lorsqu’un nouveau‑né apparaît : son pelage orange vif contraste avec le gris sombre des adultes. Cette couleur éclatante, qui s’estompe vers six mois, permet aux parents et aux « tantes » du groupe de repérer immédiatement le petit dans le feuillage. Ce comportement d’« allomothering », où les femelles du groupe participent aux soins, illustre la solidarité et la noblesse de l’espèce.

Le sixième niveau, Dong Phueksa, est dominé par la végétation. Les grands arbres et les fougères variées forment une voûte dense, et les formations calcaires uniques ajoutent une dimension géologique fascinante. Un belvédère aménagé permet d’embrasser du regard l’ensemble de l’écosystème : l’eau qui s’écoule, la forêt qui s’étend, et les reliefs qui se dessinent dans la lumière.
Enfin, le septième niveau, Phu Pha Erawan, conclut l’ascension dans une atmosphère presque sacrée. Les formations calcaires y sont spectaculaires, sculptées par les eaux des ruisseaux Mong Lai et Omtala. Les bassins cristallins invitent à la baignade, mais le silence profond et l’humidité dense donnent au lieu une aura mystique. C’est là que nous apercevons un Varan malais (Varanus salvator), reptile impressionnant pouvant dépasser deux mètres. Sa peau sombre ponctuée de motifs jaunes et ses narines situées au bout du museau en font un maître des lieux, parfaitement adapté aux rochers mouillés et à l’environnement aquatique. Sa présence rappelle que la nature, ici, reste souveraine et indomptable.
Après cette ascension, nous retrouvons les kiosques‑restaurants près du parking. Sur leurs terrasses en bambou, installées dans les arbres, nous savourons un pad thai généreux (100 B), un riz frit au basilic et poulet (110 B), ou encore un smoothie à la mangue fraîche (60 B). Le parfum des chutes et le murmure de l’eau nous accompagnent encore, comme un souvenir qui refuse de s’effacer.
Nous reprenons ensuite la route vers Kanchanaburi, le corps détendu et l’esprit empli de fraîcheur : celle des cascades, des murmures de la jungle et des reflets émeraude qui font des chutes d’Erawan un souvenir inoubliable.
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