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Wat Phra Ram et l’ancien palais royal : le pouvoir, l’eau et le sacré Ayutthaya Thaïlande

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Au centre de l’île historique d’Ayutthaya, là où les rivières dessinent une forteresse naturelle, le Wat Phra Ram et les vestiges de l’ancien palais royal racontent une histoire plus subtile que celle des ruines : celle d’un royaume où le pouvoir politique, le sacré et l’ordre cosmique formaient un tout indissociable.

Fondée en 1350 par le roi Ramathibodi Ier, Ayutthaya n’est pas pensée comme une simple capitale administrative. Son implantation même relève d’une logique à la fois stratégique et cosmologique. Les fleuves Chao Phraya, Lopburi et Pa Sak encerclent la cité, la protégeant des invasions tout en l’inscrivant symboliquement dans une géographie sacrée : l’eau, en Asie du Sud-Est, est à la fois source de vie, voie commerciale et frontière spirituelle.

Le Wat Phra Ram est édifié peu après la fondation du royaume, sur le lieu de crémation du roi fondateur. Ce détail est fondamental. Dans la tradition bouddhique theravāda imprégnée d’hindouisme, la crémation royale n’est pas un simple rite funéraire : elle marque la transformation du souverain humain en entité méritoire, presque cosmique. Construire un temple à cet emplacement revient à ancrer la légitimité dynastique dans la terre elle-même.

Le vaste plan d’eau qui s’étend devant le temple n’est pas un élément décoratif. Il évoque l’océan primordial entourant le mont Meru, centre de l’univers dans la cosmologie indienne. Le prang central du Wat Phra Ram, aujourd’hui partiellement effondré, symbolisait ce mont sacré, axe du monde reliant les sphères terrestres et célestes. Ainsi, le temple n’était pas seulement un lieu de culte, mais une représentation miniature de l’univers ordonné.

À quelques pas de là s’étendait l’ancien palais royal, aujourd’hui réduit à des fondations et à des alignements de briques. Contrairement aux palais européens, il ne cherchait ni la monumentalité ostentatoire ni la permanence. Les bâtiments, souvent en bois, étaient conçus pour être reconstruits, adaptés, déplacés. Le pouvoir, ici, ne s’inscrivait pas dans la pierre mais dans le rituel, la hiérarchie et le respect de l’ordre cosmique.

Une anecdote rapportée par des chroniques siamoises raconte qu’un roi d’Ayutthaya refusait de dormir dans une salle si l’alignement astrologique n’était pas favorable, préférant passer la nuit dans un pavillon secondaire. Les décisions politiques majeures — guerres, traités, constructions — étaient systématiquement soumises aux brahmanes de cour, gardiens du calendrier sacré et des augures.

Le lien entre le Wat Phra Ram et le Wat Phra Si Sanphet, temple royal situé au cœur du palais, est essentiel. Alors que Wat Phra Si Sanphet incarnait le bouddhisme d’État, réservé au roi et à la cour, Wat Phra Ram jouait un rôle plus mémoriel et symbolique, rappelant sans cesse l’origine sacrée du pouvoir. Ensemble, ils formaient un couple spirituel : l’un tourné vers le présent du règne, l’autre vers sa fondation et sa continuité karmique.

Les fouilles archéologiques menées au XXᵉ siècle ont mis au jour des fragments de stucs finement décorés, des bases de statues de Bouddha et des systèmes hydrauliques complexes. Ces derniers témoignent d’une maîtrise remarquable de l’eau : canaux, bassins et retenues permettaient à la fois l’irrigation, la protection contre les crues et la mise en scène du paysage sacré.

Après la destruction d’Ayutthaya par les Birmans en 1767, le site est abandonné. La jungle reprend ses droits, les temples s’effondrent lentement, les statues sont décapitées. Pourtant, le Wat Phra Ram, avec son étendue d’eau et ses structures ouvertes, conserve une atmosphère étonnamment paisible. Les habitants racontent encore que certains soirs, au crépuscule, le site est « habité » — non par des esprits malveillants, mais par la mémoire bienveillante des rois et des moines.

Aujourd’hui, marcher entre le Wat Phra Ram et l’ancien palais, c’est traverser un espace où le temps s’est épaissi. Chaque brique, chaque reflet dans l’eau rappelle qu’Ayutthaya ne fut pas seulement une capitale prospère et cosmopolite, mais un projet spirituel à grande échelle : celui d’un royaume cherchant à inscrire l’ordre humain dans l’ordre de l’univers.

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