Wat Ratchaburana – Le prang aux trésors Ayutthaya Thaïlande
À quelques pas de Wat Mahathat, le Wat Ratchaburana se dresse comme un monument à la fois majestueux et tragique, témoin silencieux d’un épisode fondateur de l’histoire d’Ayutthaya. Le temple fut érigé en 1424 par le roi Borommaracha II, en mémoire de ses deux frères, Chao Ai Phraya et Chao Yi Phraya, morts lors d’un duel fratricide pour la succession au trône. Cet événement, relaté dans les Chroniques Royales, marque l’un des épisodes les plus sombres de la dynastie, et le temple fut conçu comme un acte de deuil autant que comme un geste de légitimation politique. Les corps des deux princes furent incinérés ici même, et deux chedis commémoratifs furent élevés près du pont Pa Than, au sud‑est du site.
Dès l’approche, le prang central domine l’ensemble, élancé, sculpté, comme une tour de pierre qui aurait traversé les siècles en conservant sa dignité. Sa verticalité évoque les conceptions cosmologiques de l’époque : une structure pensée comme un axe reliant le monde humain aux sphères célestes. L’influence khmère y est manifeste, dans les proportions, les étages superposés, les niches, les reliefs narratifs et les motifs floraux. Les façades, autrefois recouvertes de stucs finement modelés, racontaient des épisodes de la vie du Bouddha, mais aussi des récits liés à la dynastie d’Ayutthaya, mêlant spiritualité et mémoire politique.
Le plan du temple reflète l’organisation des grands monastères royaux : le prang au centre, entouré de galeries, avec la salle des sermons à l’est et le bâtiment d’ordination à l’ouest, tous alignés sur un axe soigneusement défini. Cette disposition, typique des fondations royales, souligne l’importance du site dans la vie religieuse et politique du royaume.
Mais ce qui rend Wat Ratchaburana véritablement unique, ce sont ses cryptes souterraines. On y accède par un escalier étroit, presque abrupt, qui plonge dans la pénombre. Ces chambres servaient autrefois à abriter des trésors royaux : bijoux, amulettes, reliques bouddhistes, objets rituels destinés à protéger le royaume et à affirmer la légitimité du souverain. L’atmosphère y est dense, presque intacte, comme si les rituels des moines et les prières des rois flottaient encore dans l’air.
Les peintures murales découvertes dans ces cryptes constituent l’un des ensembles artistiques les plus précieux de la première période d’Ayutthaya. Dans la section supérieure, les murs nord et sud représentaient des Devas richement parés, dont les vêtements et ornements rappellent le style de Sukhothaï. Les murs est et ouest, quant à eux, figuraient des rois chinois, des guerriers et leurs processions, témoignant des échanges culturels et diplomatiques entre le Siam et l’Empire du Milieu. Dans la section inférieure, les peintures étaient organisées en deux registres : la partie supérieure montrait vingt‑quatre Bouddhas antérieurs, disposés dans le sens des aiguilles d’une montre, tandis que la partie inférieure retraçait la vie du Bouddha historique, depuis sa dernière réincarnation en Bodhisattva jusqu’à sa mort. Cet ensemble, daté du règne de Borommaracha II, constitue un témoignage exceptionnel de l’art narratif et religieux du XVe siècle.
L’histoire moderne du temple est marquée par un épisode spectaculaire : en 1957, des voleurs pénétrèrent dans la crypte et mirent au jour les trésors enfouis. Le scandale qui suivit entraîna des fouilles archéologiques systématiques, permettant de documenter précisément l’architecture intérieure du prang et de sauver une partie des objets, aujourd’hui conservés au Musée National d’Ayutthaya. Cet événement, mêlant audace humaine et révélations inattendues, a transformé Wat Ratchaburana en une source inestimable pour les historiens et les archéologues.
En parcourant les allées du temple, on ressent la superposition des époques : les sculptures érodées, les niches vides, les briques noircies par le temps racontent la grandeur passée du royaume, mais aussi sa fragilité. Le prang, malgré les siècles, conserve une présence presque magnétique. Chaque détail — une moulure, un relief, une fissure — semble murmurer un fragment de l’histoire royale, un souvenir de la foi profonde qui animait les souverains d’Ayutthaya.
Wat Ratchaburana n’est pas seulement un monument : c’est un récit de pouvoir, de deuil, de spiritualité et de résilience. Un lieu où l’art, la mémoire et la pierre se rejoignent pour raconter l’un des chapitres les plus poignants du Siam.
Entrée : 80 THB Pass temples : 300 THB
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