Wat Phan Tao — Le sanctuaire de teck, mémoire vivante du royaume Lanna Chiang Mai Thaïlande
Après le Wat Chiang Man, nous garons notre véhicule au Wat Phan Tao, point de départ idéal pour poursuivre notre exploration à pied du cœur historique de Chiang Mai. Quelques minutes plus tard, après avoir contemplé les ruines majestueuses du Wat Chedi Luang, nous revenons vers ce temple beaucoup plus intime, mais tout aussi fascinant : le Wat Phan Tao (วัดพันเตา), littéralement le « temple des mille fours ». Un nom énigmatique, hérité d’une époque où le site abritait les fours destinés à la fabrication des offrandes royales et des objets rituels en céramique. Déjà, ce simple détail raconte un temple né du geste, du feu, de la matière transformée.
À peine quelques pas suffisent pour quitter l’effervescence du Chedi Luang et entrer dans un havre de bois et de silence. Le contraste est saisissant. Ici, pas de flèches dorées ni de stucs éclatants : le bois de teck règne en maître, dans un écrin de verdure et de lumière tamisée. Le viharn principal est l’un des derniers édifices religieux de Chiang Mai encore entièrement construit en teck massif, un matériau noble et sacré dans la culture Lanna, réputé pour sa résistance, son parfum et sa capacité à traverser les siècles.
Son histoire est singulière : construit au XIXᵉ siècle comme palais royal secondaire, il fut reconverti en lieu de culte en 1876 lorsque le roi Kawila réorganisa les temples de la ville. Cette reconversion explique son allure inhabituelle : proportions horizontales, façade sobre, absence de dorures excessives. L’ossature repose sur 28 piliers de teck, chacun patiné par le temps, les fumées d’encens et les mains des fidèles. Leur disposition rappelle les anciennes salles d’audience royales, où le bois symbolisait la stabilité, la continuité dynastique et la protection du royaume.
En franchissant le seuil, nos regards sont attirés vers le fronton du temple : un paon doré, symbole de majesté royale et de renaissance, perché sur un chien accroupi, représentation du signe astrologique du roi qui occupait autrefois ces lieux. Dans l’astrologie Lanna, chaque souverain est associé à un animal zodiacal, censé protéger son règne et guider ses décisions. Ce fronton est donc un véritable blason cosmique, un message politique autant que spirituel, rappelant que le temple fut autrefois un espace de pouvoir.
À l’intérieur, la pénombre est douce, presque veloutée. Des rais de lumière dorée filtrent à travers les interstices du bois, révélant les nervures anciennes des poutres et les reflets chauds du sol. Les colonnes rouges, les bannières suspendues, les bols d’aumône alignés, les offrandes fleuries : tout respire la dévotion quotidienne.
Au centre trône le Phra Chao Pan Tao, un Bouddha en position de victoire sur Mâra, daté de 1498, bien antérieur au bâtiment lui-même. Cette statue, en bronze doré, est un chef‑d’œuvre de l’art Lanna : visage ovale, arcades sourcilières délicates, mains fines, posture stable et sereine. Elle semble flotter dans la lumière, comme si le temps n’avait aucune prise sur elle.
Les fidèles y déposent des fleurs de lotus, des feuilles d’or ou simplement leurs pensées silencieuses. Le sol de bois craque doucement sous les pas, comme si le temple respirait. Un moine balaie tranquillement le porche, geste quotidien qui semble faire partie du rituel même du lieu.
Derrière le viharn, le jardin s’ouvre sur un petit étang bordé de bambous, de lanternes en tissu et de statues discrètes. C’est ici que se déroulent certaines des cérémonies les plus spectaculaires de Chiang Mai. Lors de Visakha Bucha, Makha Bucha ou Loy Krathong (Yi Peng), le temple devient un véritable sanctuaire de lumière.
À la nuit tombée, des centaines de bougies sont disposées autour de l’étang, tandis que les moines en robe safran s’installent en cercle pour chanter les textes sacrés. Les lanternes s’élèvent dans le ciel, les flammes se reflètent dans l’eau, et le murmure des prières se mêle au bruissement des bambous. Le Wat Phan Tao devient alors un espace liminal, un lieu où le monde visible et le monde spirituel semblent se toucher.
Contrairement aux hauts lieux très fréquentés, ce temple invite à la contemplation, à la lenteur. Il n’est pas monumental, mais essentiel. Il rappelle que la beauté réside parfois dans le silence du bois, dans la chaleur du passé conservé, dans la simplicité d’un autel fleuri. Le Wat Phan Tao est un temple qui ne cherche pas à impressionner : il cherche à apaiser.
En quittant les lieux, nous avons le sentiment d’avoir traversé un fragment intact du royaume Lanna, un espace où l’histoire, la spiritualité et l’artisanat se rencontrent dans une harmonie rare.
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