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L’assaut du Swartberg : Odyssée 4×4 entre les gorges de Doringkloof et les crêtes de Thomas Bain Afrique du Sud

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Le lendemain, notre objectif est gravé sur la carte : partir à l’assaut du mythique massif du Swartberg. Mais en Afrique du Sud, le voyage est une matière vivante qui se compose au gré des caprices de la nature.

Notre route s’amorce d’abord par une traversée spectaculaire des Redstone Hills. Ces collines singulières, formées de conglomérats de sédiments rougeâtres vieux de plusieurs millions d’années, dressent leurs silhouettes érodées et leurs grottes naturelles au milieu d’un paysage aride. Le contraste est saisissant : la piste serpente au pied de ces formations d’un rouge sang éclatant, véritable préambule minéral avant les géants de pierre qui nous attendent plus au nord.

🚗 LES FLAMBOYANTES ROCHES DES REDSTONE HILLS

Au lendemain de nos riches découvertes viticoles et culinaires à Calitzdorp, nous reprenons les pistes du Petit Karoo en direction du charmant village de Prince Albert. Pour relier ces deux étapes majeures de la région, nous choisissons de délaisser la route principale au profit d’un itinéraire secondaire spectaculaire. Dès les premiers kilomètres, la nature déploie des contrastes saisissants : les rivières paisibles, bordées de roseaux et de buissons denses, s’écoulent au pied de grands plissements montagneux teintés de vert et d’ocre, offrant un dernier regard sur les fertiles vallées agricoles de la région avant l’immensité aride.

Très vite, le ruban d’asphalte cède sa place à une magnifique piste de terre sablonneuse qui s’enfonce au cœur du bush. C’est le prélude parfait à la claque visuelle de la journée : l’apparition des célèbres Redstone Hills.

Ces collines spectaculaires tirent leur nom de formations rocheuses composées de conglomérats d’Enon. Particulièrement riches en fer, ces falaises massives arborent une coloration écarlate et ocre absolument incroyable, qui tranche de manière magistrale avec le vert de la flore locale. Au détour d’un virage, la piste longe un grand bassin d’eau calme faisant office de miroir parfait. La surface limpide de l’eau y reflète la silhouette découpée de la montagne rouge et les alignements de peupliers, créant un tableau naturel d’une sérénité absolue.

En progressant lentement sur la piste, le relief se fait de plus en plus tourmenté, sculpté par des millénaires d’érosion. C’est en observant attentivement les crêtes que l’on finit par découvrir la curiosité géologique la plus emblématique du site : sa fameuse arche rocheuse naturelle.

Véritable chef-d’œuvre de la nature, cette incroyable fenêtre ouverte dans la roche se laisse d’abord deviner de loin, dominant fièrement la plaine arbustive. En s’en rapprochant, le spectacle devient saisissant : l’ouverture parfaitement découpée dans la falaise laisse passer l’azur du ciel, témoignant du travail patient et puissant de l’eau et du vent sur ce grès d’une incroyable plasticité.

Cette traversée des Redstone Hills s’impose comme une étape incontournable de l’arrière-pays. Une immersion géologique brute et sauvage qui marque une transition parfaite avant de nous attaquer aux prochains reliefs menant à Prince Albert !

🏜️ L’approche par les gorges de Doringkloof

C’est en quittant ce décor flamboyant que la réalité du terrain nous rattrape. Le mois précédent, la région a été frappée de plein fouet par un puissant système dépressionnaire de type Cut-Off Low. Cette tempête hivernale particulièrement violente a déversé des trombes d’eau en un temps record, saturant les sols et dévalant les parois rocheuses du Petit Karoo.

Les rapports de la voirie locale ont vite confirmé l’ampleur des dégâts : le col de Meiringspoort a dû être totalement fermé à la circulation à la suite d’un éboulement massif de falaises ayant obstrué le canyon, et la route R328 subissait le même sort en raison de lourds ravinements structurels. Loin de nous décourager, ces imprévus nous ont poussés à tenter une alternative bien plus sauvage et exclusive : contourner le blocus en empruntant la piste oubliée traversant la vallée de Doringkloof avant de rejoindre les sections praticables des hauteurs.

Notre itinéraire commence au pied de l’immense barrière montagneuse des Swartberg, dont les sommets bleutés se détachent majestueusement au-dessus d’une plaine recouverte de fynbos et de bush aride. À mesure que nous progressons, la piste s’enfonce vers les premiers contreforts et les vallées intérieures du massif.

L’ambiance change radicalement lorsque nous pénétrons dans les défilés rocheux de Doringkloof. Les parois de grès se resserrent, révélant des plissements géologiques verticaux spectaculaires, teintés d’ocre, de rouille et de lichens vert fluo.

Le terrain devient nettement plus technique. Le fond de la gorge témoigne des stigmates de la tempête et reste gorgé de l’eau des récentes intempéries. Cela nous oblige à négocier plusieurs passages à gué mémorables où notre 4×4 doit se frayer un chemin à travers les cours d’eau actifs et les amas de galets instables. Au détour d’un virage serré au cœur de ce canyon, nous avons la surprise de découvrir une magnifique cascade filiforme, alimentée par les résurgences des pluies passées, s’écoulant le long d’une immense muraille orange.

Après cette mise en jambes chaotique et humide, nous rejoignons enfin la section ouverte du mythique Swartberg Pass. Conçue par le célèbre ingénieur Thomas Bain à la fin du XIXe siècle, cette piste non goudronnée reste un chef-d’œuvre absolu de résilience face aux éléments.

La montée commence par une impressionnante série de lacets serrés. En prenant de la hauteur, la vue plongeante sur la piste qui serpente en contrebas au milieu des roches rouges est tout simplement vertigineuse. Notre progression se poursuit sur les crêtes dénudées de la montagne, où le chemin épouse parfaitement les lignes de niveau dans un décor de haute altitude épuré et sauvage.

Arrivés sur les points culminants du col, le spectacle devient totalement à couper le souffle à mesure que le Swartberg dévoile toute sa complexité structurelle. Le regard plonge d’abord dans des failles vertigineuses aux parois escarpées, véritables blessures ouvertes dans la roche qui témoignent de la puissance des forces tectoniques et de l’érosion millénaire.

Puis, en basculant de l’autre côté de la crête, le paysage s’ouvre de façon spectaculaire sur une immense vallée fertile en contrebas. Les patchworks de champs cultivés d’un vert tendre contrastent magnifiquement avec la roche aride du premier plan. Enfin, en nous retournant une dernière fois avant d’entamer la descente, nous contemplons l’incroyable succession de vagues montagneuses qui s’étendent à perte de vue sous un ciel changeant, confirmant que le Swartberg mérite amplement son statut de monument naturel.

Ce détour forcé par Doringkloof, dicté par la colère météo, s’est finalement transformé en un coup de cœur inattendu. Une immersion brute qui aura rendu l’accès au Swartberg encore plus grandiose et mérité !

Prince Albert : L’Oasis Temporelle du Petit Karoo au Pied du Swartberg

Après avoir dompté les lacets vertigineux et les parois rocheuses du mythique col du Swartberg, la descente finale se transforme en une lente transition. À mesure que nous quittons les sommets balayés par les vents pour basculer sur le versant nord, l’air se réchauffe et le paysage se transforme. Au sortir du défilé montagneux, le contraste est saisissant : les reliefs acérés et arides du col laissent soudainement place à une plaine lumineuse où se dessine, comme une promesse de sérénité, la silhouette blanche du village de Prince Albert. C’est ici, au pied de cette barrière minérale, que nous posons enfin nos roues, accueillis par la douceur du Petit Karoo.

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