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Musa acuminata — Malagasy Cultivated Banana — Bananier cultivé de Madagascar (Akondro)

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L’empreinte végétale des migrations austronésiennes au cœur des jardins des Hautes Terres

Introduction

Le Bananier cultivé de Madagascar (Akondro), connu scientifiquement sous le nom de Musa acuminata et désigné en anglais sous l’appellation Malagasy Cultivated Banana, constitue un élément fondamental du paysage rural et de l’agroforesterie malgache. Introduit sur la Grande Île lors des vagues migratoires austronésiennes venant d’Asie du Sud-Est au premier millénaire de notre ère, cet hybride et cultivar domestique s’est parfaitement acclimaté aux vallées humides et aux reliefs des Hautes Terres centrales. L’observation sur le terrain de cet arbre qui n’en est pas un — car il s’agit de la plus grande herbe du monde — révèle une symbiose profonde entre l’histoire humaine et la botanique. À Madagascar, le Musa acuminata ne se limite pas à sa fonction alimentaire essentielle ; il incarne le lien vivant reliant la Grande Île à son berceau océanien à travers la conservation de clones ancestraux transmis de génération en génération.

Morphologie

Le bananier cultivé malgache se caractérise par une structure arborescente imposante pouvant atteindre trois à cinq mètres de hauteur, entièrement formée par un faux-tronc ou pseudostipe. Cette tige apparente résulte de l’emboîtement serré et rigide des gaines foliaires basales, gorgées d’eau et de fibres tenaces, émergeant d’un véritable stipe souterrain appelé rhizome ou souche cormique. Les feuilles, géantes et étalées, possèdent un limbe vert brillant traversé par une nervure centrale robuste, atteignant fréquemment deux mètres de longueur. Le vent déchire naturellement ces larges limbes le long de leurs nervures secondaires, donnant au feuillage un aspect penné caractéristique. Au sommet du pseudostipe émerge une inflorescence spectaculaire et pendante, protégée par de grandes bractées coriaces de teinte pourpre à violacée. Les fleurs femelles, situées à la base de l’épi floral, se développent en fruits par parthénocarpie sans nécessiter de fécondation, formant des régimes compacts composés de doigts incurvés à la peau passant du vert vif au jaune chaud, renfermant une chair tendre, douce et totalement exempte de graines coriaces.

Habitat et Écologie

Présent dans la majorité des régions tropicales et subtropicales de l’île, le bananier cultivé malgache trouve son optimum écologique dans les sous-bois humides, les vallées alluviales et les parcelles villageoises appelées localement tanimboly. Il s’épanouit particulièrement bien sur les sols de latérite riches en matière organique et bien drainés des Hautes Terres centrales autour d’Antananarivo et de la région d’Analamanga. Sensible aux vents violents qui déchirent sa surface foliaire et aux gels intenses, il recherche la chaleur constante et une pluviométrie abondante ou un apport hydrique régulier par les nappes phréatiques adjacentes aux rizières. Au sein de cet écosystème anthropisé, la plante crée un microclimat ombragé et frais à son pied, maintenant l’humidité du sol et offrant un micro-habitat précieux pour la petite faune locale, notamment les geckos arboricoles, les amphibiens et de nombreux insectes pollinisateurs attirés par le nectar abondant de la popotte florale.

Physiologie et Nutrition

En tant que géante herbacée à croissance extrêmement rapide, la plante déploie un métabolisme photosynthétique particulièrement dynamique nécessitant d’importants transferts d’eau et de sels minéraux. Son système racinaire fasciculé et superficiel, explorant les trente premiers centimètres du sol, absorbe continuellement des volumes massifs d’eau pour maintenir la pression de turgescence de ses tissus gorgés de sève. Le bananier puise activement le potassium et l’azote de la terre, indispensables à la synthèse des sucres complexes stockés dans la pulpe du fruit. La grande surface de son feuillage capte la lumière solaire intense des Hautes Terres, transformant l’énergie lumineuse en biomasse à un rythme impressionnant qui permet à la plante de compléter son développement végétatif en quelques mois seulement.

Reproduction

Étant donné la nature triploïde et stérile des cultivars comestibles de Musa acuminata, la reproduction sexuée par graines est totalement absente. La pérennité de la plante repose exclusivement sur une multiplication végétative clonale assurée par le rhizome souterrain. Ce corm émet continuellement des bourgeons latéraux qui se développent en rejets appelés œilletons ou baïonnettes. Chaque tige aérienne possède un cycle de vie monocarpique : elle ne fleurit et ne fructifie qu’une unique fois dans sa vie avant de dépérir progressivement. La relève est immédiatement assurée par le plus vigoureux des rejets adjacents, permettant à la touffe de se régénérer indéfiniment au même endroit. Les agriculteurs malgaches prélèvent ces jeunes œilletons pour établir de nouvelles plantations et pérenniser les lignées fruitières.

Note naturaliste

Sur le terrain, il convient de ne pas confondre le Musa acuminata cultivé avec le seul bananier sauvage autochtone et endémique de Madagascar, Ensete perrieri. Ce dernier se distingue immédiatement par son tronc massif très renflé à la base, son absence totale de rejets latéraux et ses fruits coriaces remplis de gros pépins noirs. Pour identifier les variétés d’akondro dans les campagnes des Hautes Terres, l’observation de la courbure du régime, de la couleur des bractées de l’inflorescence et de la teinte de la pulpe permet de différencier les bananes douces (akondro gasy) des variétés plantains destinées à la cuisson.

Conservation

En tant que complexe de cultivars domestiqués et largement multipliés par l’homme, le Musa acuminata cultivé ne figure pas sous une catégorie de menace spécifique dans la liste rouge de l’UICN. Toutefois, la préservation de sa diversité génétique locale constitue un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire et l’agrobiodiversité à Madagascar. La monoculture et l’introduction de maladies fongiques dévastatrices, telles que la cercosporiose noire causée par Mycosphaerella fijiensis ou la fusariose du bananier, font peser des risques réels sur ces lignées ancestrales. La conservation ex situ dans les collections conservatoires et le maintien des pratiques d’agroforesterie traditionnelle villageoise garantissent la sauvegarde de ce patrimoine végétal inestimable.

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Musa acuminata subsp. acuminata Wild Cavendish Banana Bananier sauvage d’Indonésie Insulinde (Indonésie, Philippines), forêts tropicales humides de basse altitude. Stipe de 3 à 5 m ; gaines vertes maculées de brun ; bractées violettes ; fruits remplis de graines noires dures. Inflorescence pendante ; régimes denses garnis de fruits dards gorgés de semences coriaces.
Musa acuminata subsp. banksii Banks’ Wild Banana Bananier sauvage de Banks Papouasie-Nouvelle-Guinée, Queensland (Australie), lisières de forêts pluviales côtières. Pédoncule très long et glabre ; bractées rouges à brunâtres ; fruits cylindriques légèrement arqués. Dépère facilement hors sous-bois humide ; pédoncule très étiré pendillant sous le feuillage.
Musa acuminata subsp. burmannica Burmannica Wild Banana Bananier sauvage de Birmanie Inde du Nord-Est, Birmanie, Thaïlande, forêts tropicales semi-caducifoliées. Stipe grêle de 2 à 4 m ; inflorescence pendante ; bractées jaunes à vert-jaunâtre mat. Bractées caduques découvrant des fleurs jaunes pâles ; petits fruits courts extrêmement grainés.
Musa acuminata subsp. errans Philippine Wild Banana Bananier sauvage des Philippines Archipel des Philippines, forêts humides de montagne et ravins de plaine. Gaines foliaires vert pur ; inflorescence fortement recourbée ; bractées pourpre sombre. Souche traçante formant de petits bosquets denses au bord des cours d’eau en montagne.
Musa acuminata subsp. malaccensis Malayan Wild Banana Bananier sauvage de Malaisie Péninsule Malaise, Sumatra, forêts tropicales humides primaires. Stipe élancé (4 à 6 m) ; pruine blanchâtre marquée sur le pseudostipe ; bractées lancéolées rouge vif. Ancêtre majeur des bananiers comestibles ; reconnaissable à son aspect argenté et ses bractées écarlates.
Musa acuminata subsp. microcarpa Small-fruited Wild Banana Bananier sauvage à petits fruits Bornéo, forêts de plaine sur sols podzoliques et gréseux. Stipe court (1,5 à 3 m) ; fruits microscopiques (4 à 6 cm) ; bractées rouge violacé brillant. Régimes compacts portant des bananes naines remplies d’une multitude de pépins sphériques.
Musa acuminata subsp. siamea Siamese Wild Banana Bananier sauvage du Siam Thaïlande, Laos, Cambodge, forêts sèches et collines arides. Stipe trapu et résistant à la sécheresse ; bractées jaunâtres striées de rouge sombre. S’observe en clairières sèches et Pentes rocheuses ; fleurs très fréquentées par les chauves-souris.
Musa acuminata subsp. zebrina Blood Banana / Zebra Banana Bananier sanglant / Bananier zébré Java (Indonésie), sous-bois sombres et humides de montagne. Feuilles maculées de taches pourpres sur le dessus et rougeâtres au revers ; stipe moyen (2 à 3 m). Port ornemental spectaculaire en sous-bois ; limbe zébré très voyant sur le terrain.
Musa balbisiana Wild Plantain / Balbis Banana Bananier de Balbis De l’Inde orientale aux Philippines, forêts de mousson et vallées riveraines. Pseudostipe massif (jusqu’à 7 m) vert jaunâtre ; bractées ovoïdes brun-pourpre ; grande rusticité. Inflorescence très dense ; fruits anguleux, turgescents et coriaces résistant aux maladies.
Musa basjoo Japanese Fiber Banana Bananier du Japon / Bananier de Basjoo Chine du Sud (Sichuan), naturalisé au Japon, vallées montagneuses fraîches. Souche rhizomateuse (-15 °C) ; stipe de 2,5 à 4 m ; limbe vert tendre souple et caduc au gel. Port érigé touffu ; fleurs crème sous bractées jaunes ; fructification rare et non comestible sous nos climats.
Musa coccinea Scarlet Banana Bananier écarlate Chine du Sud (Guangdong, Yunnan), Viêt Nam, ravins sombres. Stipe court (1 à 2 m) ; inflorescence dressée à bractées rouge vif bordées de jaune. Épis floraux verticaux flamboyants persistant plusieurs mois ; attirance marquée des oiseaux nectarivores.
Musa ingens Giant Highland Banana Bananier géant des montagnes Hautes Terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée (1 000 à 2 100 m). Plus grande herbe du monde (stipe jusqu’à 15 m, limbe de 5 m) ; circonférence imposante à la base. Colosse végétal des forêts de brume ; régimes titanesques pouvant porter plus de 300 fruits.
Musa itinerans Yunnan Travelling Banana Bananier voyageur du Yunnan Chine du Sud, Viêt Nam, Laos, ravins humides et forêts sub-tropicales. Longs stolons traçants (jusqu’à 2 m) ; bractées pourpre foncé ; stipe élancé vert clair. Colonise rapidement les berges et ravins en formant des peuplements lâches et distants.
Musa ornata Flowering Banana Bananier ornemental à fleurs rosées Inde (Assam), Birmanie, zones tropicales humides ombragées. Stipe mince (1,5 à 3 m) ; inflorescence dressée à bractées rose violacé vif à pointe jaune. Espèce d’ombrage à floraison verticale pastel ; produisant de petits fruits non comestibles.
Musa textilis Abaca / Manila Hemp Abaca / Chanvre de Manille Philippines, Bornéo, forêts humides de plaine. Pseudostipe haut (4 à 8 m) aux fibres foliaires très tenaces ; bractées violet sombre à noires. Gaines imbriquées extrêmement filandreuses exploited pour le cordage de haute résistance.
Musa troglodytarum Fe’i Banana Bananier Fe’i Pacifique Sud (Tahiti, Nouvelle-Calédonie, Papouasie), forêts insulaires. Inflorescence et régimes strictement dressés vers le ciel ; sève rouge/violette à la coupe. Régimes verticaux caractéristiques ; fruits à chair orange vif cuits traditionnellement (riches en bêta-carotène).
Musa velutina Pink Velvet Banana Bananier velouté rose Inde du Nord-Est (Assam), forêts tropicales de piémont. Taille naine (1 à 1,5 m) ; fruits rose vif entièrement couverte d’un duvet velouté d’aspect feutré. Inflorescence dressée ; fruits se fendant spontanément à maturité (déhiscence) révélant une pulpe blanche.
Musa beccarii Beccari’s Banana Bananier de Beccari Bornéo (Sabah), forêts sur sols ultrabasiques et roches serpentiniques. Stipe trapu (1 à 2 m) ; bractées de l’inflorescence dressée rouge orangé à pointe verte. Endémique rare ; fleurs érigées lumineuses adaptées aux pollinisateurs spécialisés.
Musa sanguinea Red-flowered Banana Bananier sanguin Inde (Assam), forêts tropicales sombres de basse montagne. Stipe grêle (1,5 à 2,5 m) ; inflorescence inclinée à bractées rouge sang brillant. Bractées caduques révélant de petites bananes denses très riches en pépins noirs.
Musa schizocarpa Split-fruited Banana Bananier à fruits fendus Papouasie-Nouvelle-Guinée, forêts de plaine et clairières. Stipe élancé (4 à 6 m) ; fruits se fendant en trois valves longitudinales à maturité. Déhiscence longitudinale caractéristique sur pied, exposant les graines aux chauves-souris frugivores.
Musa acuminata (Cultivars malgaches / Akondro) Malagasy Cultivated Banana / Akondro Bananier cultivé de Madagascar / Akondro Madagascar (Hautes Terres centrales, Analamanga, jardins villageois et parcelles vivrières) ; issu des introductions austronésiennes d’Asie du Sud-Est. Pseudostipe de 2,5 à 4 m ; feuillage souple vert brillant ; régimes pendants produisant des fruits comestibles doux (akondro gasy) ou plantains sans pépins. ✅  Rova d’ambohimanga,  Madagascar Sujet classique des jardins de village planté au pied des cases en brique rouge ; fréquemment observé le long de la montée d’Ambohimanga.

Note naturaliste

Le genre Musa regroupe une soixantaine d’espèces botaniques réparties en deux sections principales depuis la révision taxonomique moléculaire moderne : la section Musa (englobant les anciennes sections Eumusa et Rhodochlamys, caractérisées par un nombre chromosomique de $2n = 22$) et la section Callimusa (englobant les anciennes sections Australimusa et Callimusa, avec $2n = 20$ ou $18$). L’immense majorité des bananiers cultivés pour leurs fruits comestibles (sans graines) dérive d’hybridations complexes, d’évènements de polyploïdie (triploïdie $3n$ principalement) et de sélections humaines à partir de deux espèces sauvages fondamentales : Musa acuminata (fournissant le génome A) et Musa balbisiana (fournissant le génome B). L’identification sur le terrain des taxons sauvages repose sur l’orientation du régime (pendant ou dressé), la morphologie des bractées de la popotte (inflorescence mâle), le type de déhiscence du fruit et la présence de pruine ou de motifs foliaires spécifiques.

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