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Potamochoerus larvatus larvatus – Madagascar Bushpig – Potamochère de Madagascar

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Le grand suidé roux des sous-bois et des forêts de la Grande Île

Introduction

Au détour des sous-bois denses du parc de Tsimbazaza ou sous le couvert des forêts tropicales malgaches, la rencontre avec le Potamochère de Madagascar (Potamochoerus larvatus larvatus – Madagascar Bushpig – Potamochère de Madagascar) offre une immersion captivante dans la faune mammalienne des Hautes Terres et des régions côtières. Cet imposant suidé sauvage, représentant la sous-espèce nominale introduite depuis le continent africain il y a plus d’un millénaire, s’est parfaitement intégré au paysage biologique malgache. L’étude sur le terrain du Potamochère de Madagascar (Potamochoerus larvatus larvatus – Madagascar Bushpig – Potamochère de Madagascar) revêt une importance écologique et scientifique singulière : en tant que seul grand mammifère terrestre ongulé sauvage présent sur l’île, il joue un rôle majeur dans le remaniement des sols et la dispersion des graines, tout en restant un élément incontournable de la culture et du patrimoine rural local.

Morphologie

Le Potamochère de Madagascar se distingue par une silhouette trapu et puissante, portée par des membres vigoureux adaptés à la marche en milieu encombré. Un adulte mesure généralement entre un mètre et un mètre cinquante de longueur pour une hauteur au tourillon de soixante-cinq à quatre-vingt-dix centimètres, atteignant un poids de soixante à plus de cent kilogrammes. Son corps est recouvert d’un pelage rude et hirsute variant du brun-roux à l’ocre sombre, traversé sur la ligne médiane du dos par une crinière blanchâtre à jaunâtre très érectile qu’il dresse lorsqu’il se sent menacé. Sa tête, allongée et massive, est marquée par un masque facial caractéristique où s’opposent des touffes de poils clairs sur les joues et autour des yeux à un chanfrein sombre. Les mâles possèdent des protubérances osseuses recouvertes de callosités au-dessus du groin ainsi que de canines inférieures développées en défenses tranchantes.

Habitat et Écologie

La sous-espèce s’est adaptée avec une plasticité remarquable à la quasi-totalité des biomes de Madagascar ainsi que des îles voisines des Comores. On la rencontre aussi bien dans les forêts humides côtières de l’Est que dans les forêts sèches caducifoliées de l’Ouest, les savanes boisées et les fourrés littoraux. Le Potamochère de Madagascar montre une prédilection pour les zones humides, le long des marécages, des vallées encaissées et des forêts galeries où la terre meuble facilite la recherche de nourriture. Animal grégaire, il vit en groupes familiaux appelés « compagnies », comptant généralement de quatre à douze individus menés par un couple dominant.

Comportement de chasse

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un prédateur au sens strict, le Potamochère de Madagascar déploie un comportement de recherche alimentaire d’une efficacité redoutable grâce à un régime omnivore particulièrement opportuniste. Son groin très musclé, renforcé par un os rostral, lui permet de fouiller le sol avec force pour extraire des racines, des tubercules, des rhizomes et des bulbilles. En parcourant les litières forestières au crépuscule ou durant la nuit, il consomme également une grande quantité de fruits tombés au sol, d’invertébrés (vers, larves, escargots), de petits reptiles, d’œufs et de petits rongeurs. Ce travail de retournement du sol, aisément repérable par les naturalistes sous forme de « vermoulures » ou de labours profonds, aère le substrat tout en modifiant la structure de la flore forestière.

Reproduction

La période de reproduction est calée sur le rythme des saisons, avec un pic d’accouplements survenant au début de la saison des pluies lorsque la nourriture devient abondante. Après une gestation d’environ 120 à 127 jours, la femelle met bas dans un nid élaboré, préparé avec des herbes séchées, des feuilles et des branches au cœur d’un fourré indémêlable. La portée compte généralement entre deux et six marcassins. À la naissance, les jeunes arborent une livrée rayée de bandes longitudinales sombres et jaunâtres qui leur assure un camouflage parfait dans la végétation basse. Ils suivent leur mère après quelques jours seulement et sont sèvres autour de trois à quatre mois, atteignant la maturité sexuelle vers l’âge de deux ans.

Note naturaliste

Sur le terrain, la présence du Potamochère de Madagascar se détecte souvent bien avant de pouvoir observer l’animal, d’une grande timidité et principalement nocturne. Le naturaliste repérera les empreintes de sabots à deux ergots bien marqués dans la boue des chemins, les zones de sol profondément retournées au pied des grands arbres et les frottements boueux laissés au bas des troncs. Pour le préserver et l’observer dans les parcs nationaux, il faut garder à l’esprit que la compagnie utilise toujours les mêmes couloirs de passage au travers des sous-bois pour rejoindre les points d’eau.

Conservation

À l’échelle internationale, l’espèce Potamochoerus larvatus est classée en Préoccupation Mineure (LC) sur la Liste rouge de l’UICN. À Madagascar, le Potamochère ne bénéficie pas d’un statut de protection stricte en raison de sa condition d’espèce introduite et de son abondance relative. Cependant, il subit une chasse traditionnelle soutenue pour sa viande appréciée ainsi qu’une destruction progressive de son milieu sous l’effet de la déforestation et du brûlis. Dans les aires protégées, sa présence contribue à la dynamique des forêts en dispersant les graines de nombreuses espèces d’arbres indigènes.

Tableau taxonomique : Genre Potamochoerus (Espèces et Sous-espèces)

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Potamochoerus larvatus larvatus (F. Cuvier, 1822) Madagascar Bushpig Potamochère de Madagascar / Potamochère roux de Madagascar Madagascar et Archipel des Comores (Mayotte, Anjouan, Mohéli) : Introduit par l’homme il y a plusieurs siècles. Forêts humides de l’Est, forêts sèches de l’Ouest, savanes et zones dégradées. Pelage roux-brun à noirâtre très dense et hirsute. Longue crinière dorsale blanchâtre du cou jusqu’au dos. Tête sombre marquée d’un disque de poils clairs autour des yeux et des joues. Poids : 60 à 100 kg. Parc botanique de Tzimbazaza Madagascar – furete activement la terre battue parmi un enchevêtrement de racines et de feuilles séchées,
Potamochoerus larvatus koiropotamus (Desmoulins, 1831) Southern Bushpig Potamochère du Sud / Potamochère du Cap Afrique australe et orientale : Afrique du Sud (Cap-Oriental, KwaZulu-Natal), Mozambique, Zimbabwe, Zambie, Sud du Malawi et Ouganda. Forêts littorales, fourrés et maquis denses. Pelage brun sombre à brun-grisâtre avec nuances rousses. Crinière dorsale blanche très érectile. Masque facial bien marqué avec favoris blancs et protubérances osseuses réduites sur le chanfrein chez le mâle. Grégaire (groupes de 4 à 12 individus conduits par un couple dominant). S’approche parfois des zones agricoles en lisière de forêt au crépuscule.
Potamochoerus larvatus hassama (Heuglin, 1863) Eastern Bushpig Potamochère d’Éthiopie / Potamochère d’Afrique de l’Est Afrique de l’Est : Éthiopie, Érythrée, Soudan du Sud, Ouganda, Kenya et Nord de la Tanzanie. Forêts de montagne, savanes arborées et forêts galeries. Pelage roux-chocolat dense. Crinière dorsale crème à jaunâtre moins développée que chez la forme australe. Masque facial sombre avec sourcils clairs. Habite les forêts d’altitude de la vallée du Rift et les pentes boisées des massifs éthiopiens. Émet de puissants grognements d’alerte lors des dérangements.
Potamochoerus larvatus somaliensis (De Beaux, 1924) Somali Bushpig Potamochère de Somalie Afrique de l’Est aride : Somalie (bassins des fleuves Juba et Shebelle) et zone frontalière du Nord-Est du Kenya. Forêts galeries et maquis riveaux. Plus petit et plus trapu que les autres sous-espèces. Pelage plus ras et plus clair, tirant sur le brun-sable à ocre-gris, adapté aux milieux plus arides. Très rare et localisé strictement le long des rares cours d’eau permanents ou temporaires de Somalie.
Potamochoerus porcus (Linnaeus, 1758) Red River Hog Potamochère rouge / Potamochère du fleuve / Sanglier rouge de rivière Afrique centrale et occidentale : De la Gambie jusqu’au bassin du Congo (Cameroun, Gabon, RDC, RCA, Ghana, Côte d’Ivoire). Forêts tropicales humides, marécages et forêts galeries. Pelage rouille à rouge-orangé éclatant. Ligne dorsale blanche très nette. Masque facial noir et blanc spectaculaire. Oreilles allongées terminées par de longs pinceaux de poils blancs. Poids : 45 à 115 kg. Remarquable par ses couleurs vives. S’observe en troupes nombreuses (jusqu’à 30 individus) le long des cours d’eau en forêt dense. Excellent nageur.

Note naturaliste

Le genre Potamochoerus Brisson, 1762 regroupe deux espèces bien distinctes d’un point de vue phylogénétique et géographique :

  1. Potamochoerus porcus (le Potamochère rouge), strictement cantonné aux forêts humides d’Afrique centrale et occidentale, caractérisé par sa robe rouge-orangé éclatante et ses pinceaux auriculaires.

  2. Potamochoerus larvatus (le Potamochère francolin ou Potamochère sombre), réparti en Afrique orientale, australe et à Madagascar, arborant une robe plus sombre et hirsute.

Le statut du Potamochère de Madagascar (Potamochoerus larvatus larvatus) est particulièrement intéressant d’un point de vue zoologique et anthropologique. Longtemps considéré par certains auteurs comme une espèce distincte (Potamochoerus madagascariensis), les analyses génétiques et morphologiques modernes confirment qu’il s’agit d’une sous-espèce de P. larvatus. N’appartenant pas à la faune endémique originelle de la Grande Île, il y a été introduit par les populations humaines austronésiennes ou bantoues il y a environ 1 000 à 1 500 ans. En l’absence de grands prédateurs concurrents (à l’exception du Fossa), il s’est parfaitement naturalisé dans l’ensemble des écosystèmes malgaches, devenant un élément clé du gibier traditionnel local.

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