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Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia – Pineapple Aechmea – Ananas marron

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20171227 ROUTE DE FONDS SAINT DENIS LA TRACE MARTINIQUE (0) copie

L’épiphyte lumineuse et réservoir des mornes antillais

Sous le soleil éclatant des hauteurs tropicales et le long des crêtes balayées par les Alizés, Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia (Pineapple Aechmea, Ananas marron, Échmée à feuilles d’ananas) s’impose comme l’une des broméliacées les plus rustiques et adaptatives du royaume néotropical. Appartenant à la sous-famille des Bromelioideae et au sous-genre Macrochordion, cette variété botanique type doit son épithète spécifique à la ressemblance frappante de ses rosettes foliaires avec le feuillage du véritable Ananas (Ananas comosus). Capable d’évoluer aussi bien accrochée aux hauts troncs de la canopée qu’ancrée sur les murets rocheux exposés à la lumière, elle offre un spectacle végétal singulier où la vigueur du feuillage le dispute à la finesse d’une inflorescence très spécialisée.

Sur le terrain, la morphologie d’Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia se reconnaît à sa rosette tubulaire étroite et serrée, formant un cornet vertical de 60 à 90 centimètres de haut. Les feuilles rubanées, rigides et coriaces, sont bordées de petites épines sombres et crochues. Selon son exposition au soleil, le feuillage varie du vert tendre au jaune-vert doré très lumineux, parfois teinté de bronze sur les sujets poussant en milieu découvert. L’inflorescence, portée par une hampe dressée recouverte d’un duvet blanc (lepidote), se termine par un épi cylindrique et strobiliforme extrêmement compact. Cet épi est composé de bractées imbriquées rose pâle à verdâtres d’où émergent de petites fleurs tubulaires jaunes qui tournent rapidement au noir après l’épanouissement. Le fruit est une baie charnue globuleuse contenant de petites graines noires enchâssées dans une pulpe sucrée.

L’habitat naturel de cette variété s’étend largement à travers les Antilles majeures et mineures (notamment en Martinique et en Guadeloupe) ainsi que dans le nord de l’Amérique du Sud. Plante d’une grande plasticité écologique, Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia s’épanouit au cœur des forêts hygrophiles, sur les contreforts montagneux et le long des axes routiers d’altitude comme la Route de la Trace. Sa nature opportuniste lui permet d’adopter un mode de vie épiphyte sur les branches des grands arbres ou saxicole/terrestre sur les affleurements rocheux, les talus volcaniques et les structures en pierre bordant les vallées.

Le comportement écophysiologique de cette broméliacée repose sur une architecture en urne « réservoir » (phytotelme). La disposition imbriquée de ses feuilles forme un réceptacle étanche qui collecte l’eau de pluie, les rosées nocturnes et les débris organiques descendant de la canopée. Cet entonnoir constitue un micro-écosystème aquatique autonome, indispensable sous les tropiques. La plante absorbe les nutriments dissous dans cette eau grâce à des trichomes foliaires absorbants situés à la base des feuilles, s’affranchissant ainsi largement de la richesse du sol. L’inflorescence compacte attirera une cohorte de colibris et de papillons pour la pollinisation, tandis que les baies mûres sont consommées par les chauves-souris frugivores et les petits oiseaux arboricoles qui dispersent les graines sur d’autres supports.

Sur le plan naturaliste, Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia joue un rôle clé de bio-amplificateur de biodiversité. Le liquide accumulé dans ses rosettes sert d’abri et d’abreuvoir à une multitude d’invertébrés aquatiques, d’araignées et d’amphibiens arboricoles, comme la petite Hylode de la Martinique (Eleutherodactylus martinicensis), qui vient s’y réfugier pendant les heures chaudes de la journée.

Au niveau de la conservation, la variété bromeliifolia ne fait pas l’objet d’un classement spécifique sur la liste rouge globale de l’UICN (non évaluée / NE). Elle demeure particulièrement abondante et vigoureuse sur l’ensemble du territoire caribéen. Bénéficiant de la protection des parcs naturels régionaux et des zones forestières d’altitude, elle ne présente aucun risque de menace, s’installant spontanément dès qu’un support rocheux ou arboré lui offre une fenêtre d’ensoleillement suffisante.

Tableau taxonomique des sous-genres, espèces et formes emblématiques du genre Aechmea

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Aechmea bromeliifolia var. bromeliifolia Pineapple Aechmea Ananas marron / Échmée à feuilles d’ananas Forêts hygrophiles, mornes et crêtes du bassin Caraïbe (Antilles majeures et mineures) et d’Amérique du Sud. Rosette tubulaire dense de feuilles coriaces vert-jaunâtre à bordure épineuse, inflorescence en épi strobiliforme compact très velu (lepidote) ressemblant à un jeune ananas. Fonds Saint Denis Martinique France Rencontré en  terrestre sur les murets et talus éclairés.
Aechmea aquilega (Salisb.) Griseb. Wild Tank Bromeliad Ananas marron des sous-bois / Échmée aquilège Littoraux, forêts secondaires et mornes de Martinique, Guadeloupe, Trinité-et-Tobago et du nord de l’Amérique du Sud. Vaste rosette en urne accumulant l’eau, longues feuilles rubanées jaune-vert, inflorescence ramifiée portant des bractées rose vif à rouges et des fleurs jaunes. Très fréquent au bord des sentiers humides et en bordure des cours d’eau en altitude.
Aechmea fasciata (Lindl.) Baker Silver Vase Bromeliad Échmée chantante / Vase d’argent Endémique des forêts de la Mata Atlântica du sud-est du Brésil. Feuilles coriaces disposées en rosette étanche, parcourues de bandes transversales argentées (écailles trichomes), inflorescence globuleuse aux bractées rose bonbon et fleurs bleues turning violettes. Palais de Pena à Sintra au Portugal ,   Observation  en pleine nature 
Aechmea chantinii (Carrière) Baker Zebra Plant Aechmea Échmée zébrée Bassin amazonien (Pérou, Colombie, Équateur, Brésil). Grande rosette évasée au feuillage vert foncé fortement zébré de blanc crème, panicule lâche portée par une hampe érigée avec des bractées orange vif à rouge feu. Épiphyte accrochée aux branches des grands arbres de la forêt dense amazonienne.
Aechmea nudicaulis var. nudicaulis Naked-stemmed Aechmea Échmée à tige nue Du Mexique et des Caraïbes jusqu’au sud du Brésil. Rosette tubulaire étroite (« réservoir »), feuilles vert clair à mutes rougeâtres armées de fortes épines noires, inflorescence érigée sur hampe dénudée avec bractées rouges denses. Espèce saxicole ou épiphyte formant de grosses colonies accrochées aux rochers littoraux et troncs d’arbres.
Aechmea blanchetiana (Baker) L.B. Sm. Yellow Silver Vase Échmée de Blanchet / Échmée géante dorée Dunes littorales (Restinga) et forêts côtières de l’est du Brésil (Bahia, Espírito Santo). Specimen monumental pouvant dépasser 1,5 m de diamètre, feuillage rubané virant au jaune doré/orange vif en plein soleil, panicule géante ramifiée rouge et jaune. Forme des massifs spectaculaires et extrêmement lumineux sur le sable des littoraux tropicaux.
Aechmea distichantha Lem. Brazilian Vase Bromeliad Échmée à fleurs distiques Subtropique d’Amérique du Sud (Brésil, Paraguay, Uruguay, nord de l’Argentine). Feuilles rigides vert sombre fortement épineuses, inflorescence dense composée de bractées roses à rouges et de fleurs distiques bleu violacé. Espèce terrestre très rustique formant de denses maquis impénétrables en zone semi-ombragée.

Note naturaliste

Le genre Aechmea Ruiz & Pav. est l’un des groupes les plus diversifiés de la famille des Bromeliaceae (sous-famille des Bromelioideae), regroupant plus de 250 espèces réparties depuis le Mexique et les Caraïbes jusqu’au nord de l’Argentine. Le nom de genre dérive du grec aichme (lance ou pointe d’épieu), en référence aux séparateurs et bractées pointues qui caractérisent la plupart de leurs inflorescences.

Sur le plan de l’organisation taxonomique interne, le genre est traditionnellement divisé en 8 sous-genres principaux (notamment subg. Aechmea, subg. Chevaliera, subg. Lamprococcus, subg. Macrochordion, subg. Ortgiesia, subg. Platyaechmea, subg. Podaechmea et subg. Pothuava). Cependant, les études de phylogénie moléculaire récentes indiquent que le genre Aechmea dans sa définition classique est polyphylétique et fera probablement l’objet de révisions taxonomiques majeures dans les années à venir.

D’un point de vue écophysiologique, les Aechmea sont des plantes-réservoirs (phytotelmata) d’une importance capitale pour la biodiversité des forêts tropicales et des zones rocheuses : la disposition en rosette étanche de leurs feuilles capte les eaux de pluie et l’humus marin ou forestier, créant un micro-habitat aquatique indispensable à la reproduction de nombreux amphibiens (grenouilles arboricoles) et invertébrés tropicaux. Aux Antilles, l’appellation vernaculaire « ananas marron » regroupe principalement Aechmea aquilega et Aechmea bromeliifolia, particulièrement abondantes sur les mornes et au premier plan des routes côtières ou d’altitude.

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