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Bathytoshia brevicaudata – Short-tailed stingray – Pastenague à queue courte

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Les géants de l’ombre de Gansbaai : la majesté de la pastenague australe

Lorsque les regards se tournent vers les eaux de Gansbaai pour y chercher les silhouettes des grands squales, une présence autrement imposante et ténébreuse émerge parfois des profondeurs avec une autorité tranquille. La pastenague à queue courte, véritable colosse des forces benthiques, s’impose sans complexe au milieu des prédateurs pélagiques du Western Cape. L’observation sur le terrain de ce géant des élasmobranches offre un intérêt scientifique captivant, permettant d’étudier les comportements d’apprentissage et les interactions interspécifiques de la plus grande raie pastenague du monde au cœur d’un écosystème côtier ultra-dynamique.

Morphologie : Une silhouette losangique monumentale

  • Disque pectoral : Un disque gigantesque, lourd, épais et de forme presque losangique, dont l’envergure peut dépasser les deux mètres chez les grands individus.

  • Coloration dorsale : Une livrée unie, allant du gris foncé au noir bleuté ou olive sombre, totalement lisse et dépourvue de marbrures, contrastant avec des rangées de petites taches blanches discrètes (pores sensoriels) de chaque côté de la tête.

  • Structure caudale : Une queue forte et musclée à sa base, armée d’un redoutable aiguillon venimeux dentelé, se terminant par un fouet sombre qui, bien que proportionnellement plus court que chez d’autres espèces, reste impressionnant pour l’observateur.

  • Profil céphalique : Un museau court, obtus et doucement arrondi, devançant des stigmates respiratoires larges et puissants situés juste derrière les yeux.

Habitat et Écologie : Les seigneurs du plancher océanique austral

  • Répartition globale : Une espèce emblématique des eaux tempérées de l’hémisphère sud, particulièrement bien implantée le long des côtes sud-africaines, de la Namibie jusqu’au KwaZulu-Natal.

  • Milieu de vie : Bien qu’elle passe une grande partie de son temps sur les fonds sableux, les récifs rocheux et à proximité des forêts de fynbos marins, elle n’hésite pas à remonter activement en pleine eau jusqu’à la surface.

  • Écosystème insulaire : À Gansbaai, elle patrouille intensément autour des sanctuaires fauniques de Dyer Island et Geyser Rock, profitant de la manne biologique générée par les colonies d’otaries à fourrure.

Comportement de chasse : L’aspiration des profondeurs

  • Techniques de prédation : Principalement opportuniste, elle utilise son large disque pour plaquer ses proies au fond ou utilise sa force pour s’imposer en surface, créant un puissant effet d’aspiration avec sa bouche située sur sa face ventrale.

  • Régime alimentaire : Un menu varié composé de poissons benthiques, de bivalves, de gros crabes, de langoustes et de céphalopodes (poulpes et seiches).

  • Audace et apprentissage : D’un naturel hardi et dotée d’une grande mémoire associative, elle assimile rapidement les bruits de surface et rivalise d’audace avec les requins cuivrés pour intercepter les opportunités alimentaires.

Reproduction : La longue maturation des abysses

La pastenague à queue courte partage avec les requins un mode de reproduction vivipare aplacentaire (ou ovovivipare) avec histotrophie. Les embryons, après avoir épuisé les réserves de leur sac vitellin, sont nourris dans l’utérus maternel par un liquide nutritif enrichi, parfois appelé « lait utérin ». Le cycle de gestation, long et dépendant des conditions thermiques, aboutit à la mise bas de portées limitées à quelques jeunes (généralement 2 à 6 individus), qui naissent parfaitement autonomes et dotés d’une envergure déjà remarquable pour faire face aux prédateurs côtiers.

Note naturaliste

Pour le naturaliste en mer, la rencontre avec Bathytoshia brevicaudata à Gansbaai offre un contraste morphologique saisissant avec les requins. L’identification visuelle repose sur sa taille colossale, sa coloration sombre et l’épaisseur de son disque pectoral. Son comportement en surface est unique : elle ondule gracieusement ses ailes alaires et soulève fréquemment son large museau hors de l’eau, rompant la pellicule liquide pour gober les nutriments, offrant une lecture parfaite de ses fentes branchiales et de sa face ventrale blanche. Pour l’écosystème, elle joue un rôle crucial de terrassier des fonds marins, remuant les sédiments lors de sa quête de nourriture et participant ainsi à l’oxygénation des substrats côtiers.

Conservation

Bien que sa taille et sa robustesse la protègent de nombreux prédateurs, la pastenague à queue courte est sensible aux pressions anthropiques et est actuellement évaluée par l’UICN. Victime de la pêche récréative côtière, des lignes de fond et des prises accessoires, elle bénéficie indirectement en Afrique du Sud des mesures de protection et de sensibilisation liées aux réserves marines du Western Cape. Sa mise en valeur lors des observations pélagiques à Gansbaai démontre l’importance de préserver ces géants méconnus, dont la longévité et le faible taux de reproduction exigent une gestion environnementale rigoureuse.

Tableau TAXO : Genre Bathytoshia

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Bathytoshia brevicaudata Short-tailed stingray / Smooth stingray Pastenague à queue courte Eaux tempérées et subtropicales de l’hémisphère sud. Très commune en Afrique du Sud (Western Cape : Gansbaai, False Bay, Hermanus) autour des îles à otaries. Disque pectoral gigantesque, épais et losangique. Dos uni gris foncé à noir bleuté, parfaitement lisse. Une rangée de petites taches blanches (pores) de chaque côté de la tête. Queue forte armée d’un gros aiguillon venimeux. Gansbaai (AFS), Individu   Véritable force de la nature, elle glisse de manière imposante juste sous la surface, rivalisant sans aucun complexe avec les requins cuivrés pour happer les lignes d’appâts.
Bathytoshia centroura Roughtail stingray Pastenague épineuse Eaux tempérées chaudes et tropicales de l’océan Atlantique (côtes américaines et africaines) et de la mer Méditerranée. Absente d’Afrique du Sud. Large disque losangique. Dos gris-brun à olive foncé. Se distingue par la présence de nombreuses boucles et tubercules épineux proéminents sur le disque et le long de sa très longue queue. Espèce benthique de grande taille évoluant principalement sur les fonds meubles, les estuaires et les baies côtières de l’Atlantique.
Bathytoshia lata Brown stingray Pastenague marron Océan Pacifique (notamment le long des côtes asiatiques, du Japon jusqu’à Taïwan) et certaines zones de l’océan Indien. Disque pectoral très large et anguleux. Coloration dorsale uniformément brune à brun-olive foncé. Queue longue, fine et épineuse chez les spécimens âgés. Évolue principalement sur les plateaux continentaux sablonneux et vaseux, plus discrète et farouche en surface.

Note naturaliste

Le genre Bathytoshia regroupe les plus grandes raies pastenagues de la famille des Dasyatidae. Longtemps classées au sein du grand genre générique Dasyatis, ces trois espèces ont été isolées suite à des révisions phylogénétiques majeures en raison de leur taille monumentale, de la morphologie de leur disque et de la structure unique de leur aiguillon caudal.

Sur le terrain, le genre se distingue par des disques pectoraux particulièrement lourds et massifs, adaptés aux courants puissants des zones côtières et pélagiques. En Afrique du Sud, seule Bathytoshia brevicaudata représente ce genre. Le naturaliste évitera le piège classique de la nomenclature : bien qu’elle appartienne à un genre comprenant la pastenague « épineuse » (B. centroura), notre pastenague à queue courte possède un dos entièrement lisse et doux au regard, les seuls tubercules durs étant localisés sur sa queue autour de son arme défensive.

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