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La Cathédrale Notre-Dame de Paris France +

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En explorant la cathédrale Notre-Dame de Paris, située au cœur de l’île de la Cité, nous sommes immédiatement frappés par la majesté de son architecture gothique. Édifiée entre le XIIᵉ et le XIVᵉ siècle, elle témoigne de l’ingéniosité et de la foi des bâtisseurs médiévaux. Les arcs-boutants élancés soutiennent les hautes voûtes sur croisées d’ogives, permettant l’insertion de vastes rosaces en vitraux qui baignent l’intérieur d’une lumière colorée.

Au fil des siècles, Notre-Dame a été le théâtre de nombreux événements historiques. Nous apprenons que c’est ici que Napoléon Ier s’est couronné empereur en 1804, marquant son indépendance vis-à-vis du pape. De plus, la cathédrale a célébré la Libération de Paris en 1944, en présence du général de Gaulle. Ces moments forts de l’histoire de France résonnent encore entre ses murs séculaires.

En déambulant autour de l’édifice, nous remarquons les célèbres gargouilles et chimères perchées sur les hauteurs. Contrairement à une idée reçue, ces figures monstrueuses ne datent pas du Moyen Âge, mais ont été ajoutées au XIXᵉ siècle par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc lors de la restauration de la cathédrale. Inspiré par le roman de Victor Hugo, il a voulu insuffler une dimension mystique à l’ensemble.

Une autre curiosité nous interpelle sur le parvis : le « point zéro » des routes de France. Cette plaque discrète marque le centre géographique à partir duquel sont mesurées toutes les distances routières depuis Paris. C’est un symbole de l’importance historique et géographique de la cathédrale dans le pays.

En avril 2019, un incendie dévastateur a ravagé la toiture et la flèche de Notre-Dame, détruisant la charpente en bois surnommée « la forêt » en raison de la quantité impressionnante de chênes utilisés lors de sa construction. Après plus de cinq ans de travaux de restauration, mobilisant plus de 2 000 artisans et un budget de 700 millions d’euros, la cathédrale a rouvert ses portes en décembre 2024. Cette réouverture a été célébrée par des cérémonies en présence de dirigeants mondiaux, soulignant l’importance culturelle et spirituelle de Notre-Dame.

Lors de notre visite, nous avons été émerveillés par la richesse historique et architecturale de la cathédrale. Les circuits touristiques proposent des ascensions aux tours, offrant une vue panoramique sur Paris, ainsi que des explorations de la crypte archéologique, révélant les vestiges du Paris antique. Chaque pierre de Notre-Dame raconte une histoire, faisant de cette cathédrale un lieu incontournable pour quiconque souhaite s’immerger dans le patrimoine parisien.

LA FACADE DE NOTRE-DAME DE PARIS

Nous nous tenons devant la façade occidentale de Notre-Dame de Paris, un livre de pierre ouvert sur huit siècles d’histoire. Ses trois portails, ciselés comme des dentelles gothiques, nous accueillent sous le regard sévère des statues colonnes. À gauche, le portail de la Vierge raconte la dormition de Marie, entourée de scènes bibliques sculptées avec une précision qui défie le temps. Au centre, le Jugement dernier déploie ses visions apocalyptiques : le Christ en majesté, les élus souriants et les damnés entraînés vers l’enfer, tandis que saint Michel pèse les âmes sous un linteau où les morts sortent de leur tombeau. À droite, le portail Sainte-Anne abrite la plus ancienne statue de la façade, une Vierge à l’Enfant du XIIe siècle qui a survécu aux colères de la Révolution.

Nos yeux montent vers la galerie des Rois, où vingt-huit souveraux de Juda, mutilés en 1793 puis retrouvés par miracle en 1977 sous les fondations d’un hôtel particulier, semblent aujourd’hui veiller sur le parvis. Plus haut, la rosace de 9,60 mètres de diamètre, posée comme une fenêtre céleste entre les deux tours, éclaire la nef depuis le XIIIe siècle. Ses vitraux, remplacés au XIXe siècle par Viollet-le-Duc, jouent avec la lumière comme un prisme divin.

Les tours jumelles, asymétriques dans leur ornementation, s’élancent à 69 mètres. La tour nord abrite Emmanuel, le bourdon de 13 tonnes fondu en 1686, dont le son grave vibrait dans le cœur de Victor Hugo. Les 387 marches qui mènent à leurs sommets révèlent un bestiaire fantastique : gargouilles utilitaires crachant les eaux de pluie et chimères pensives ajoutées au XIXe siècle, dont le Stryge célèbre, créature hybride observant Paris depuis 1859.

Nous imaginons les échafaudages médiévaux, les tailleurs de pierre gravant leurs marques sur les blocs, les sans-culottes fracassant les « rois » qu’ils croyaient capétiens. Nous revoyons les flammes d’avril 2019 léchant la flèche sans atteindre cette façade miraculeusement préservée, comme si les siècles passés l’avaient armée de patience.

Aujourd’hui, nos pas suivent ceux des pèlerins médiévaux et des touristes modernes. Nous contournons l’édifice pour admirer les arcs-boutants du chœur, véritables ailes de pierre, puis nous perdons dans le dédale de l’Île de la Cité, où chaque rue murmure un fragment de cette épopée. La cathédrale, phénix de pierre, continue de conter ses légendes à qui sait lever les yeux.

Les rosaces et vitraux :

Nous pénétrons dans la lumière irisée des rosaces, où le gothique se fait alchimiste pour transformer la pierre en lumière sacrée. Les trois roses – occidentale, nord et sud – dessinent une trilogie céleste. Celle de la façade ouest, la plus ancienne (vers 1225), déploie un mandala de pierre et de verre dédié au Jugement dernier, ses cercles concentriques peuplés d’anges, d’apôtres et de vertus terrassant les vices. Mais c’est en contournant le déambulatoire que le véritable feu d’artifice éclate : la rosace nord (1250), dédiée à la Vierge, irradie de bleu cobalt comme une nuit étoilée peuplée d’ancêtres du Christ, tandis que la rosace sud (1260), offerte par saint Louis, flamboie de rouge rubis avec le Christ en gloire entouré d’apôtres et de martyrs.

Chaque matin, lorsque le soleil perce les vitraux de la sud, des rubis liquides coulent le long des piliers du chœur. Au crépuscule, la nord s’embrase d’un azur profond qui noie la nef dans une lumière aquatique. Ces cercles de 13 mètres de diamètre, tenus par un réseau de plomb plus fin qu’une toile d’araignée, sont des pièges à lumière médiévaux : les verrières originales, hélas, ont presque toutes disparu, sauf quelques fragments cachés dans les écoinçons. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont les copies fidèles réalisées au XIXe siècle par Viollet-le-Duc, qui osa remplacer les grisailles ternies par ce chœur de couleurs vives – un scandale pour les puristes de l’époque.

Entre les rosaces, les lancettes verticales racontent en vitrail ce que les portails sculptent dans la pierre : ici, les prophètes de l’Ancien Testament dialoguent avec des saints médiévaux, là, des scènes de la Genèse répondent aux Évangiles. Les verres teintés dans la masse, assemblés au XIIIe siècle par des maîtres verriers anonymes, ont survécu aux iconoclastes de la Révolution – qui brisèrent les statues mais épargnèrent, par miracle, ces « images en transparence ». En 1944, des mains anonymes les démontèrent plaque par plaque pour les protéger des bombardements, avant de les réinstaller à la Libération avec des fragments de verre ancien retrouvés dans les combles.

Depuis l’incendie de 2019, une nouvelle génération d’artisans restaure les plombs déformés par la chaleur, nettoyant chaque tesselle avec des brosses en poil de chèvre. En levant les yeux vers ces murs de lumière, nous devinons les échafaudages invisibles des siècles : le bleu de Chartres, le pourpre byzantin, le vert émeraude des ateliers rhénans, tous fusionnés dans ce kaléidoscope de foi. Même les jours de pluie, lorsque les vitraux se font grisaille, les rosaces continuent de murmurer leur secret gothique : la pierre n’est qu’une échafaudage pour atteindre le divin.

La nef et le chœur :

Nous avançons dans un canyon de pierre où l’espace se fait prière. La nef, large de 12 mètres et haute de 33 mètres – l’équivalent d’un immeuble de douze étages – nous élève vers les voûtes ogivales qui semblent respirer au rythme des siècles. Les huit colonnes monolithiques de chaque côté, chacune assez large pour cacher trois hommes debout, trahissent le génie gothique : ces piliers fuselés, couronnés de chapiteaux feuillagés, portent le poids invisible de la structure tout en guidant le regard vers le chœur, comme des mains jointes en direction du ciel.

Entre les arcades, la claire-voie filtre une lumière changeante. Les fenêtres hautes, complices des rosaces, projettent sur les murs nus un alphabet coloré : des losanges de pourpre, des triangles d’outremer, des cercles d’or qui dansent avec le mouvement du soleil. Nous marchons sur les dalles usées par trente millions de pas, où les graffiti des compagnons tailleurs de pierre côtoient les fleurs de lys à demi effacées.

Le chœur se dévoile derrière un jubé disparu – cette « clôture de pierre » détruite en 1699 pour obéir aux nouveaux rites liturgiques. Aujourd’hui, un espace vide sépare la nef du sanctuaire, mais nos yeux reconstruisent mentalement les dentelles de calcaire qui abritaient jadis les offices des chanoines. Les stalles du XVIIIe siècle, offertes par Louis XIV et sculptées de scènes de la Vie de la Vierge, forment un écrin de chêne poli où chaque miséricorde cache un sourire grimaçant ou un ange endormi – 80 sièges peuplés de 800 personnages miniatures.

Au centre, le maître-autel moderne (1989) en bronze et verre évoque une hostie géante, remplaçant le baldaquin baroque détruit pendant la Révolution. Derrière lui, la Piéta de Nicolas Coustou (1715), marbre blanc blessé par l’incendie de 2019, pleure sous un halo de lumière filtrant du déambulatoire. Nous levons les yeux vers la voûte du chœur, plus complexe que celle de la nef : ses ogives quadripartites s’entrelacent en une géométrie sacrée où chaque clé de voûte porte un ange musicien ou un roi biblique.

Dans les chapelles latérales, des univers parallèles s’éveillent. La chapelle Saint-Guillaume abrite le mausolée du comte Harcourt (XIVe siècle), gisant souriant les yeux ouverts, tandis que la chapelle de la Vierge offre un retable de marbre rose où l’Assomption tournoie parmi des nuages peuplés de chérubins joufflus. Partout, les vitraux du XIXe siècle – ceux de la nef réalisés sous la direction de Viollet-le-Duc – racontent en verre teinté les légendes des saints fondateurs : Denis portant sa tête, Geneviève veillant sur Paris, Marcel domptant un dragon…

Nous remarquons soudain les marques laissées par l’incendie : ici, une poutre calcinée exposée comme une relique, là, un pilier éventré révélant son squelette de pierre brute. Mais déjà, les échafaudages de restauration tissent leur toile métallique, promesse d’une résurrection. Près de la sacristie, un panneau montre le « forêt » originelle – les 1 300 chênes abattus pour la charpente – qui renaîtra grâce à des dons venus du monde entier.

En sortant, nos doigts effleurent les fonts baptismaux du XIIe siècle où fut ondoyé le futur Louis XIV, tandis qu’un guide chuchote l’histoire des orgues : le grand buffet vide, ses 8 000 tuyaux démontés après l’incendie, attend son retour comme un cœur en attente de battre. Nous quittons ce vaisseau de pierre en imaginant les voix des siècles – les Te Deum pour les victoires, les sanglots pendant la Peste noire, le silence de l’Occupation – qui résonnent encore entre ces murs. La nef, blessée mais debout, continue de tendre ses arcs-boutants vers le ciel, éternelle traductrice du divin en équations de lumière et de gravité.

Le grand orgue :

Nous approchons du grand buffet d’orgue, monument dans le monument, dont les tuyaux dressés comme une forêt métallique semblent prêts à canaliser la voix de Dieu. Ce géant de chêne et d’étain, culminant à 16 mètres, est une autobiographie sonore de la France : sa structure actuelle, achevée en 1733 par François Thierry, repose sur des éléments du XVe siècle, tandis qu’Aristide Cavaillé-Coll lui insuffla en 1868 une âme symphonique. Les 8 000 tuyaux – du plus petit (quelques centimètres) au contrebasse de 32 pieds (10 mètres) – forment une cité utopique où cohabitent les timbres médiévaux, baroques et romantiques.

Nos mains effleurent les claviers historiques : les cinq étages de touches en chêne recouvert d’os de mouton, polis par les doigts de titulaires légendaires. Louis Vierne y composa ses symphonies aveugle, guidé par le souffle des anges mécaniques. En 1944, Pierre Cochereau y joua le Te Deum de la Libération tandis que les cloches rivalisaient avec les sirènes. Mais c’est en scrutant les dorures du buffet que l’on découvre l’ironie de l’histoire : les angelots musiciens et les rinceaux feuillagés, mutilés à la Révolution, furent restaurés… avec le plomb des balles napoléoniennes fondues.

L’incendie de 2019 a inscrit un nouveau chapitre tragique. Pendant que la flèche s’effondrait, les pompiers ont lutté pour sauver l’orgue des tonnes de plomb en fusion – son pire ennemi devenu son bouclier. Les 200 tonnes de l’instrument ont résisté, mais la poussière toxique a colmaté ses artères. Depuis, une armée de restaurateurs – facteurs d’orgues, chimistes, doreurs – œuvre à sa résurrection. Chaque tuyau, démonté et nettoyé au laser, révèle des graffiti de compagnons : « Jean Lefèvre, 1472 », « Clicquot, 1783 », signatures clandestines de ceux qui bâtirent cette cathédrale sonore.

Nous imaginons le jour où les 4 claviers manuels et le pédalier retrouveront leur voix. Déjà, les 56 jeux restaurés murmurent des promesses : le Bourdon aux basses sépulcrales, la Voix humaine au vibrato troublant, le Chamade cuivré des grandes entrées royales. Dans les entrailles de la tribune, les soufflets du XIXe siècle – toujours actionnables à la main – attendent leur duel avec le moteur électrique.

Ce colosse fragile est un miroir de Notre-Dame : blessé, complexe, traversé par toutes les époques. Quand Olivier Latry, son actuel titulaire, évoque « l’orgue comme animal vivant », nous comprenons que ses 852 notes ne sont pas qu’un instrument, mais le cœur battant des pierres. Même silencieux aujourd’hui, il continue de résonner par absence, rappelant que dans cette nef où chaque époque superpose ses couches, la musique reste l’unique langage capable de parler à tous les siècles à la fois.

Le trésor :

Nous pénétrons dans la pénombre sacrée de la sacristie, là où le trésor de Notre-Dame déploie ses miracles portatifs. Ces objets survivants – moins de 1 % de ce que comptait le trésor médiéval, pillé en 1793 – brillent derrière des vitrines comme des messages scellés du temps. Au centre, la relique la plus précieuse se donne avec pudeur : la Couronne d’épines, torsade de joncs tressés protégée par un cylindre de cristal et d’or. Offerte par saint Louis qui fit bâtir la Sainte-Chapelle pour l’abriter, elle fut portée en procession chaque Vendredi saint jusqu’en 2019, avant que les flammes ne suspendent ce rituel millénaire.

À ses côtés, la tunique de saint Louis – simple linceul de lin écru porté lors de la VIIe croisade – dialogue avec la somptuosité d’un ostensoir baroque. Ce soleil d’or massif ciselé en 1855, haut comme un enfant, mêle vignes dorées et rayons incrustés de topazes, conçu pour éblouir les fidèles lors de la Fête-Dieu. Plus loin, un Évangéliaire carolingien ouvert à la page de l’Annonciation révèle des enluminures où le lapis-lazuli brille comme au IXe siècle, tandis qu’un calice gothique en émail champlevé, œuvre d’orfèvres parisiens sous saint Louis, semble avoir capturé des éclats de vitrail dans sa coupe.

Nos yeux s’attardent sur les paradoxes : une croix de procession en ivoire sculptée par un artiste inconnu pendant la guerre de Cent Ans, fragile comme un souffle, voisine avec la chasuble en soie brodée d’or de Napoléon III, si lourde qu’aucun prêtre ne pouvait la porter plus d’une heure. Dans un coin, discrète, la clochette de Guillaume de Paris, fondu en 1230 pour sonner l’élévation – seule cloche rescapée de l’Ancien Régime – tinte encore mentalement.

L’incendie a ajouté sa strate à cette archéologie sacrée. Sous une vitrine blindée, le reliquaire des Sept Dormants d’Éphèse, noirci par la suie mais intact, côtoie la dalmatique du XIXe siècle trouée par des gravats incandescents. Les pompiers de 2019 sont entrés ici en héritiers des chanoines médiévaux : ils ont évacué les pièces majeures dans un ballet nocturne, enveloppant la Couronne d’épines dans un linge humide comme on protège un nouveau-né.

Aujourd’hui, les restaurateurs travaillent sur des broderies mangées par l’humidité, décryptent les poinçons des orfèvres disparus, ou recomposent à l’aide de scans 3D le grand calice de l’abbé Suger, volé pendant la Révolution mais dont les fragments refont surface dans des collections privées. Même les écrins racontent des histoires : ce coffre en chêne clouté, fabriqué pour transporter les hosties consacrées pendant le siège de Paris en 1870, porte encore les entailles des balles prussiennes.

En sortant, nous croisons une équipe filmant l’inventaire pour l’UNESCO. Le trésor, désormais protégé par des vitres pare-balles, continue de jouer son rôle ancestral : prouver que le sacré a besoin d’or et de sueur, de foi et de science. Chaque pièce est un nœud entre ciel et terre – le fil d’or d’une chasuble tissé par des vers à soie lyonnais, le saphir d’une crosse offert par un roi repentant, le parchemin d’un antiphonaire gratté et réécrit par des moines avares de parchemin.

Avant de refermer la porte, nous jetons un dernier regard à la petite clef du tabernacle du XVe siècle, exposée comme une relique. Elle a ouvert et fermé, jour après jour, le sanctuaire où dormait l’hostie. Rougée par les siècles, presque abstraite, elle semble nous rappeler que les trésors les plus précieux ne sont pas ceux qui brillent, mais ceux qui servent.

La crypte archéologique :

Nous descendons sous le parvis, là où la cathédrale pose ses pieds sur les fantômes de pierre. La crypte archéologique nous avale dans un silence minéral, à dix mètres sous les bruits de la ville moderne. Sous nos lampes, les strates de Paris se déplient comme un livre à ciel ouvert : ici, les dalles chauffantes d’une domus gallo-romaine du Ier siècle, là, les fondations de l’hôpital médiéval des Enfants-Trouvés, plus loin, les pavés de la rue Neuve-Notre-Dame tracée au XIIe siècle pour acheminer les pierres de la cathédrale.

Nos pas suivent le tracé d’un mur du IVe siècle, dernier rempart de Lutèce avant les invasions barbares. Ses blocs réemployés – certains marqués de graffitis latins – portent encore les stigmates de l’incendie de 360. Plus bas, un hypocauste romain intact dessine un labyrinthe de briques rouges : les conduits où circulait l’air chaud des thermes ressemblent aux veines d’un géant endormi. Un marteau de carrier oublié en 1163 gît près d’un chapiteau mérovingien sculpté de griffons – deux époques unies par la poussière.

L’émotion vient des petits riens : une fibule en bronze sertie de corail, un dé à jouer en os de mouton du XIIIe siècle, des coquilles Saint-Jacques de pèlerins médiévaux. Un mur de la crypte montre l’empreinte d’un chien traversant un mortier frais il y a huit siècles – patte de hasard devenue archive.

L’incendie de 2019 a laissé sa trace ici : les infiltrations d’eau ont modelé des stalactites de calcaire sur les voûtes, accélérant le dialogue entre destruction et préservation. Lors des travaux de consolidation, les archéologues ont découvert un four à chaux du XVIIIe siècle, enterré comme un secret honteux – c’est avec ce matériau que Viollet-le-Duc reconstitua plus tard les sculptures manquantes.

En suivant le parcours, nous croisons l’ombre de l’ancienne église Saint-Étienne, prédécesseur méconnu de Notre-Dame : ses fondations en arêtes de poisson épousent le lit de la Seine préhistorique. Un panneau explique comment le cardo romain, axe nord-sud de Lutèce, se superpose exactement à l’orientation de la cathédrale – le sacré recyclant l’urbain depuis toujours.

La crypte se referme sur un écran interactif où défilent les visages des anonymes ayant bâti ces pierres : le carrier lépreux dont le squelette porte des traces de ciseau, la moniale enterrée avec sa quenouille, l’enfant inhumé dans un tonneau au Xe siècle. Leurs vies minuscules, restituées par l’ADN et la dendrochronologie, dialoguent avec la grandeur d’en haut.

En remontant vers la lumière, nous frôlons un mur du XVIIe siècle percé d’archères obturées – ultime défense contre des invasions imaginaires. La crypte, comme un palimpseste, nous murmure son enseignement : chaque époque est une couche de poussière future, chaque catastrophe un engrais pour la mémoire. Et tandis que Notre-Dame renaît au-dessus, ses racines plongent plus profond encore dans ce sol fait de ruines et d’espoirs pétrifiés.

Les tours et gargouilles :

Nous gravissons les 387 marches en spirale, nos paumes frottant la pierre luisante où des générations de pèlerins ont usé leur sueur. Les tours jumelles, ces sentinelles asymétriques, se révèlent être des cathédrales verticales : la tour nord, plus sobre, abrite dans ses entrailles Emmanuel, le bourdon de 13 tonnes dont le battement de cœur métallique ébranla les funérailles de Churchill. La tour sud, légèrement plus large, cache dans son flanc un escalier oublié menant à la base de la flèche disparue – cicatrice aujourd’hui masquée par des poutrelles d’acier temporaires.

À mi-parcours, nous croisons le premier bestiaire : des gargouilles utilitaires du XIIIe siècle, gueules béantes dirigées vers le vide. Contrairement aux chimères romantiques ajoutées par Viollet-le-Duc, ces dragons de pierre ont une fonction sacrée : canaliser les eaux de pluie jusqu’à 4 mètres du mur pour préserver la maçonnerie. Leur anatomie fantastique – ailes de chauve-souris, pattes griffues, yeux exorbités – dissimule un génie hydraulique médiéval.

En émergeant sur la galerie des chimères, 46 mètres au-dessus du parvis, le souffle nous manque. Paris s’étale comme une carte vivante où la Seine serpente entre les toits de zinc. À nos pieds, le Stryge – cette chimère pensive coude posé sur le menton – observe la ville depuis 1859, inspirant photographes et poètes. Mais les connaisseurs chuchotent que les vraies stars sont plus discrètes : le diablotin grimaçant qui tient un cœur humain, le pélican mystique nourrissant ses petits de son sang, ou ce singe tenant un miroir où se reflétait jadis le clocher de Saint-Jacques-la-Boucherie.

En contournant la balustrade, nos doigts effleurent les stigmates de l’histoire : ici, une gargouille tronçonnée par un boulet révolutionnaire, là, des impacts de balles de la Libération. Les restaurateurs ont laissé volontairement ces cicatrices, comme un palmarès des survivances. Depuis l’incendie, un nouveau peuple de pierre naît dans les ateliers : des gargouilles modernes sculptées dans le calcaire de Saint-Maximin – même carrière qu’au Moyen Âge – côtoient des copies numérisées des originaux carbonisés.

Redescendant par l’escalier sud, nous passons devant le cachot des sonneurs : une cellule voûtée où les gardiens de nuit guettaient les incendies jusqu’en 1935. Sur les murs, des graffiti de 1788 listent des comptes de tavernes mêlés à des prières. Plus bas, dans l’épaisseur du mur, une main anonyme a gravé en 1412 un labyrinthe miniature – jeu médiéval contre l’ennui des veilles.

En regagnant le sol, nous levons les yeux vers cette forteresse céleste. Les gargouilles nous observent, gardiennes d’un pacte secret entre terre et ciel. Leurs gueules grimaçantes, conçues pour effrayer les démons, sourient presque : elles savent que leur vrai pouvoir n’est pas de faire fuir le mal, mais de rappeler aux hommes que la beauté naît souvent de la peur apprivoisée.

 

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