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Mangifera indica – Mango tree – Manguier

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Le géant séculaire de la place d’origine de Togoville : ombrage majestueux, mémoire du marché et joyau des terres du Togo et du Zou

En arpentant les pistes du Togo et du Bénin, notre regard s’arrête régulièrement sur la frondaison colossale du Manguier (Mango tree, Mangifera indica). Si nous l’avons contemplé apportant son ombre fraîche aux sanctuaires rituels près d’Abomey et de Bohicon dans le Zou, c’est sur la place d’origine de Togoville, au Togo, là où se déroulait autrefois le marché animé du mercredi, que cette essence végétale d’exception déploie toute sa prestance. Ce géant végétal, profondément enraciné dans l’histoire et la terre fertile de la région, dépasse la simple classification botanique : il s’impose comme un symbole vivant des traditions, un gardien silencieux de la mémoire collective et un monument naturel entre la culture et la terre. L’observation sur le terrain du Manguier, Mangifera indica, permet de mesurer la rencontre féconde entre une espèce fruitière asiatique au passé multimillénaire et la vie quotidienne des peuples d’Afrique de l’Ouest.

Morphologie

Le Manguier se dresse avec une majesté impressionnante, atteignant dix à vingt-cinq mètres de hauteur et développant un houppier dôme extrêmement étalé pouvant mesurer jusqu’à vingt mètres de diamètre. Son tronc robuste est enveloppé d’une écorce lisse d’une teinte variant du gris-brun foncé au noir. Ses feuilles alternes et persistantes, de forme oblongue et pointue, mesurent entre quinze et trente-cinq centimètres de longueur. Lorsqu’on les froisse entre les doigts, elles exhalent une odeur caractéristique de térébenthine. Au cours de leur croissance, les jeunes limbes connaissent une métamorphose chromatique remarquable, passant d’un rose orangé à un rouge foncé brillant avant d’acquérir leur teinte finale vert sombre et coriace à maturité. Plante monoïque, l’arbre développe des fleurs mâles et hermaphrodites regroupées en grappes ou panicules terminales mesurant vingt à cinquante centimètres de long. Ces petites fleurs blanc rougeâtre sont portées en grand nombre, mais chaque grappe ne donne naissance qu’à trois ou quatre fruits mûrs. Ces drupes charnues et oblongues affichent un poids variant de cinq cents grammes à deux kilos et demi selon les cultivars, arborant à maturité une robe passant du vert au jaune d’or, parfois tachetée de rouge ou de violet, renfermant une chair extrêmement sucrée, juteuse et parfumée.

Habitat et Écologie

Botaniquement rattaché à la famille des Anacardiaceae, le Manguier est originaire d’Asie méridionale, plus précisément de l’Inde orientale et de la Birmanie, s’inscrivant parmi les arbres fruitiers les plus anciennement domesticés par l’humanité avec une histoire agricole remontant à plus de quatre mille ans en Inde. Introduit au XVIᵉ siècle sur le continent africain par les marchands arabes et au Brésil par les navigateurs portugais, il s’est largement diffusé dans l’ensemble des régions tropicales du globe dès le XVIIᵉ siècle. Au Togo comme au Bénin, le Manguier prospère sous les climats tropicaux chauds, affichant une préférence pour les sols profonds, limoneux et frais, tout en montrant une grande capacité d’adaptation à divers substrats. Il se développe jusqu’à sept cents mètres d’altitude, seuil au-delà duquel sa fructification commence à décliner. Sur le plan écologique, son couvert végétal dense constitue un refuge thermique irremplaçable dans les villages, abaissant la température ambiante et offrant une niche d’accueil privilégiée pour la faune locale.

Adaptations et Écophysiologie

L’écophysiologie du Manguier est intimement calée sur l’alternance des saisons tropicales. L’initiation de sa floraison nécessite une saison sèche continue de deux à trois mois, véritable signal climatique déclenchant le départ des panicules en bout de rameaux. La survenue de précipitations intempestives pendant cette phase de floraison peut s’avérer nuisible en perturbant la fécondation des fleurs. Surnommé la « pêche des tropiques » en raison des qualités organoleptiques exceptionnelles de sa pulpe, le fruit représente une ressource nutritionnelle majeure. Bien que la floraison soit d’une prodigalité immense, l’arbre opère une régulation physiologique drastique pour ne conserver que quelques drupes par panicule, concentrant ainsi ses réserves en sucres et en eau pour assurer le développement complet de ses fruits volumineux.

Reproduction

Le cycle reproducteur de Mangifera indica repose sur la coexistence de fleurs mâles et hermaphrodites sur les mêmes inflorescences terminales. Bien que les fleurs soient auto-fertiles, la fécondation est fréquemment appuyée par le transport du pollen par le vent ainsi que par l’activité des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Après la nouaison, la croissance de la drupe s’échelonne sur plusieurs mois. À maturité, la dissémination de l’unique grosse graine protégée par son noyau fibreux est principalement zoochore, assurée par les humains, les primates et les chauves-souris frugivores qui consomment la chair sucrée avant de libérer le noyau dans l’environnement.

Note naturaliste

Sur le terrain, l’identification du Manguier est immédiate grâce à la silhouette imposante de son dôme sombre, aux nuances rouges de ses jeunes pousses foliaires et à l’arôme de térébenthine qui s’en dégage au froissement. Sur la place historique de Togoville, au milieu du silence qui a succédé à l’effervescence des grands marchés d’autrefois, ce manguier séculaire incarne une dimension spirituelle profonde. Dans les traditions africaines, ces arbres majestueux sont investis d’un rôle sacré, considérés comme des sanctuaires naturels et des intermédiaires entre le monde des vivants et la mémoire des ancêtres. Sous son houppier généreux, il demeure le gardien silencieux des rituels et un pont vivant reliant le patrimoine culturel des hommes à la générosité de la terre.

Conservation

Sur la Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les formes sauvages ancestrales de Mangifera indica sont classées dans la catégorie Données Insuffisantes (DD – Data Deficient), tandis que ses formes cultivées ne font l’objet d’aucune menace en raison de leur présence universelle en zone tropicale. Toutefois, la préservation des individus séculaires ancrés sur les places publiques et les sites historiques de Togoville ou du Zou représente un enjeu de conservation du patrimoine naturel et culturel. Protéger ces arbres vénérables permet de maintenir la mémoire des paysages ruraux et de préserver des îlots de biodiversité indispensables au bien-être des communautés locales.

Genre Mangifera (Famille des Anacardiaceae)

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Mangifera indica Mango tree Manguier Originaire des forêts d’Inde et de Birmanie, largement cultivé et naturalisé dans toutes les régions tropicales du monde, très abondant au Bénin. Arbre majestueux (10 à 30 m) au dôme étalé et très dense. Feuilles simples, coriaces, vert foncé, oblongues-lancéolées. Drupes volumineuses (mangues) vertes, jaunes ou rouges à noyau fibreux. Togoville, au TOGO Observation d’un manguier majestueux  Bohicon, au Bénin Observé en bordure du Temple du Caméléon, apportant un ombrage épais au-dessus des statues extérieures de percussionnistes et de dignitaires.
Mangifera foetida Horse mango / Bachang Manguier fétide Asie du Sud-Est (Péninsule Malaise, Sumatra, Bornéo, Thaïlande), forêts tropicales de plaine et vergers traditionnels. Grand arbre (30 à 40 m) exsudant une sève résineuse très irritante. Fleurs roses à rouges. Fruits ovoïdes vert-jaunâtre à chair très fibreuse, dégageant une forte odeur térébinthée. Espèce indigène de Malaisie, absente du continent africain.
Mangifera odorata Kuini / Fragrant mango Manguier odorant Asie du Sud-Est (Bornéo, Sumatra, Java), forêts secondaires et abords des villages. Arbre moyen (10 à 15 m), hybride naturel probable entre M. indica et M. foetida. Fruit vert tacheté de brun à la chair jaune vif très parfumée, douce-amère. Espèce asiatique non représentée dans le Zou au Bénin.
Mangifera caesia Binjai / Jack mango Manguier blanc / Binjai Indonésie, Malaisie, Singapour, forêts marécageuses de plaine et zones fluviales. Arbre massif jusqu’à 30 m de hauteur à cime dense. Fruits obovales brun-jaunâtre, caractérisés par une chair blanchâtre très parfumée, acide ou douce selon les variétés. Essence typique des bas-fonds d’Asie du Sud-Est, non observée en Afrique.
Mangifera casturi Kalimantan mango / Kasturi Manguier de Kalimantan Endémique de la région de Banjarmasin à Bornéo (Indonésie), aujourd’hui éteint à l’état sauvage. Arbre atteignant 25 m. Petits fruits (5 cm) sphériques, virant au violet foncé ou noir à maturité, très sucrés et à chair orange vif très aromatique. Espèce rare d’Indonésie, absente du paysage béninois.

Note naturaliste sur le genre Mangifera

Si le genre Mangifera compte plus de 60 espèces indigènes principalement réparties en Asie tropicale, seule l’espèce Mangifera indica a été introduite avec un immense succès sur le continent africain. Dans le sud du Bénin, les manguiers séculaires ne fournissent pas seulement des fruits précieux lors de la saison sèche ; ils constituent également des points de repère géographiques et des abris sous lesquels sont érigés de nombreux altars et sanctuaires Vodoun.

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