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Anser anser domesticus – Domestic Goose – Oie domestique

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Du palmipède de basse-cour à l’occupant des étangs : L’héritage d’un géant de l’avifaune d’Europe

Introduction

Issue d’un processus de domestication multimillénaire entamé dès l’Égypte antique et poursuivi durant l’Antiquité gréco-romaine, l’Oie domestique (Anser anser domesticus), également désignée sous la forme taxinomique Anser anser f. domesticus et connue en anglais sous le nom de Domestic Goose, descend directement de l’Oie cendrée sauvage (Anser anser). Si sa sélection artificielle visait à l’origine la production de viande, de plumes et de foie, l’espèce s’est profondément ancrée dans les paysages ruraux et périurbains. L’observation sur le terrain de cet anatidé est d’un grand intérêt naturaliste et biosystématique, car les individus échappés de captivité ou réintroduits dans les parcs, étangs et plans d’eau du bassin minier adoptent un comportement marron. Ils s’intègrent fréquemment aux volées sauvages, soulevant des questions d’introgression génétique et de dynamique des populations d’oiseaux d’eau.

Morphologie

L’Oie domestique se distingue de son ancêtre sauvage par un polymorphisme très marqué et une corpulence nettement plus lourde et massive. Le plumage varie selon les lignées d’élevage : il peut être entièrement blanc immaculé (résultat d’une sélection pour le leucisme), panaché avec des plaques brunes et blanches (phénotype pie), ou conserver une livrée gris-brun rappelant celle de l’Oie cendrée sauvage. Le corps présente une silhouette arrondie avec un abdomen souvent pourvu d’un repli cutané ou fanon abdominal très développé, touchant presque le sol chez les sujets les plus lourds. Le bec, volumineux et bordé de lamelles filtrantes, arbore une teinte orange vif à rougeâtre, dépourvue du blanc frontal de certaines espèces proches. Les pattes palmées sont d’un orange éclatant. Bien que le dimorphisme sexuel soit très faible sur le plan du plumage, le jars (mâle) se reconnaît à sa taille légèrement supérieure, sa voix plus aiguë et son port de tête plus redressé que celui de la femelle.

Habitat et Écologie

Aujourd’hui cosmopolite en raison de sa présence liée aux activités humaines, l’Oie domestique fréquente principalement les zones humides anthropisées, les plans d’eau de parcs urbains, les étangs de tôle ou de tassement, ainsi que les prairies pâturées bordant les rivières. En situation de marronnage, elle s’adapte parfaitement aux climats tempérés d’Europe et d’Amérique du Nord. Oiseau grégaire et fortement social, elle forme de petits groupes familiaux ou de véritables colonies d’élevage et de semi-liberté. Son activité est principalement diurne, rythmée par des sessions de pâturage sur l’herbe bordant l’eau, des bains d’entretien du plumage et de longues phases de repos flottant ou terrestre.

Comportement de chasse et régime alimentaire

Bien que rangée dans cette catégorie fonctionnelle, l’Oie domestique est un herbivore strict à tendance grapilleuse et frugivore. Elle consacre une majeure partie de la journée au pâturage des graminées, des jeunes pousses, des trèfles et des plantes aquatiques affleurantes. Grâce à son bec robuste muni de lamelles latérales acérées, elle découpe la végétation rasante avec une grande efficacité. En milieu périurbain, son régime alimentaire est régulièrement complété par les graines de céréales, les racines, les tubercules ainsi que par les apports opportunistes distribués par le public sur les étangs.

Reproduction

La période de reproduction débute au tout début du printemps. Le couple, généralement monogame pour la saison ou pour la vie, aménage un nid volumineux sur le sol, dissimulé dans la végétation riveaine ou disposé dans un abri rudimentaire. Il est constitué de tiges, d’herbes sèches et abondamment tapissé de duvet pectoral arraché par la femelle. La ponte comprend généralement de six à plus de douze œufs blancs et massifs. L’incubation, assurée exclusivement par la femelle durant environ vingt-huit à trente jours, est sous la surveillance féroce du jars qui défend le territoire contre tout intrus avec des sifflements et des charges ailes déployées. Les poussins sont nidifuges : dès leur éclosion, ils suivent leurs parents sur l’eau et dans les pâtures. Dans la nature, les hybrides entre Oies domestiques marronnes et Oies cendrées sauvages sont fertiles, générant des descendances aux caractères morphologiques intermédiaires.

Note naturaliste

Sur le terrain, l’identification de l’Oie domestique repose sur son gabarit massif, son abdomen lourd, la coloration orange très vive de son bec et de ses pattes, ainsi que sur la présence fréquente de zones de plumage blanc chez les sujets panachés. Contrairement à l’Oie cendrée sauvage qui possède un vol rapide, puissant et s’élève facilement à haute altitude, l’Oie domestique présente des aptitudes au vol extrêmement réduites voire nulles pour les races les plus lourdes. Pour l’écosystème, sa présence en surdensité peut provoquer une eutrophisation locale des petits plans d’eau par l’accumulation de déjections et favoriser la dégradation des berges par surpâturage, tout en posant un risque de pollution génétique pour les populations sauvages d’Oies cendrées.

Conservation

En tant qu’animal domestique et forme dérivée d’élevage, l’Oie domestique (Anser anser domesticus) ne possède pas de statut propre sur la Liste Rouge de l’UICN et est considérée comme Non Évaluée (NE). Sa population mondiale, comptant plusieurs dizaines de millions d’individus à travers les élevages et les populations marronnes, ne fait face à aucune menace d’extinction. L’espèce mère sauvage (Anser anser) est quant à elle classée en Préoccupation Mineure (LC – Least Concern).

Classification taxonomique du genre Anser (Oies grises et blanches)

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Anser anser anser Western Greylag Goose Oie cendrée occidentale Europe du Nord et de l’Ouest (Islande, Îles Britanniques, Scandinavie, Pays-Bas, France) ; marais d’eau douce, étangs, deltas et prairies humides inondables Plumage gris-brun écaillé de clair sur le dos, couverture alaire gris argenté visible au vol, bec entièrement orange vif, pattes rose-chair Vred Hauts de France (France), Observée nageant sur l’étang aux côtés d’une oie domestique blanche
Anser anser domesticus (var. panachée) Domestic Greylag Goose piebald Oie domestique panachée Europe du Nord et de l’Ouest (Islande, Scandinavie, Îles Britanniques, Europe centrale) ; marais, étangs, deltas, prairies humides. Plumage gris-brun ; couverture alaire gris clair contrastée ; bec orange vif à rosé sans tubercule ; pattes roses. Le QuesnoyFrancechemine a la gauche d’une oie cygnoide 
Anser anser domesticus (forme blanche) Domestic Goose Oie domestique Europe du Nord et de l’Ouest (Islande, Scandinavie, Îles Britanniques, Europe centrale) ; marais, étangs, deltas, prairies humides. Plumage blanc  Vred Hauts de France (France), Observée nageant aux côté d’une oie cendrée
Anser anser rubrirostris Eastern Greylag Goose Oie cendrée orientale De la Turquie et la Russie orientale jusqu’à la Chine et la Mongolie ; grands lacs de steppe et bassins fluviaux. Liserés des plumes plus clairs et plus larges ; bec uniformément rose vif ; taille moyenne légèrement supérieure à la forme type. S’observe en grands rassemblements sur les lacs de steppe lors des migrations printanières et automnales.
Anser fabalis fabalis Taiga Bean Goose Oie des moissons (de la taïga) Taïga du nord de l’Eurasie (Scandinavie jusqu’à la Sibérie) ; forêts humides, tourbières, marais forestiers. Silhouette allongée ; cou fin et long ; bec long et sombre marqué d’une bande orange médiane variable ; pattes orange. Plus élancée que l’Oie des moissons de la toundra ; s’alimente souvent dans les cultures et chaumes en hivernage.
Anser fabalis johanseni Johansen’s Bean Goose Oie des moissons de Johansen Taïga de Sibérie occidentale et centrale ; tourbières et zones humides forestières. Intermédiaire entre fabalis et middendorffii ; bec long à bande orange moyennement développée. Observation complexe sur le terrain, nécessitant un examen attentif du profil du bec et de la structure générale.
Anser fabalis middendorffii Middendorff’s Bean Goose Oie des moissons de Middendorff Taïga de Sibérie orientale ; grands bassins fleuviaux et vallées marécageuses. La plus grande des oies des moissons ; bec particulièrement massif et long ; cou très allongé. Silhouette très imposante sur le terrain, rappelant presque la taille d’un petit cygne.
Anser serrirostris serrirostris Tundra Bean Goose Oie de la toundra (subsp. type) Toundra arctique de Sibérie centrale et orientale ; toundra ouverte et deltas arctiques. Cou court et trapu ; tête arrondie ; bec court et massif, noir avec une étroite bande orange près de la pointe. Aspect plus compact que l’Oie des moissons ; fréquente les grands champs cultivés en hivernage européen et asiatique.
Anser serrirostris rossicus Western Tundra Bean Goose Oie de la toundra occidentale Toundra du nord de la Russie européenne et de Sibérie occidentale ; toundra marécageuse. Taille légèrement plus petite que serrirostris ; bec très court et foncé avec peu d’orange. Souvent mélangée aux groupes d’Oies rieuses lors de l’hivernage en Europe de l’Ouest.
Anser brachyrhynchus Pink-footed Goose Oie à bec court Groenland, Islande, Svalbard ; hiverne en Europe du Nord-Ouest ; toundra, falaises, pâturages. Tête et cou brun foncé ; bec très court noir et rose ; dos gris bleuté ; pattes roses vifs. Vol très dynamique en grandes troupes bruyantes ; cri aigu et bisyllabique très distinctif.
Anser albifrons albifrons European White-fronted Goose Oie rieuse (subsp. type) Arctique de Russie européenne et de Sibérie ; hiverne en Europe et Asie ; toundra, prairies. Tache blanche nette sur le front autour du bec ; barres noires irrégulières sur le ventre ; bec rose ; pattes orange. Vol rapide ; cris aigus et rieurs répétés (qui-qui-qui) très caractéristiques en vol.
Anser albifrons frontalis Pacific White-fronted Goose Oie rieuse du Pacifique Arctique de Sibérie orientale, Alaska, nord-ouest du Canada ; hiverne en Amérique du Nord et Asie de l’Est. Légèrement plus grande que la forme type ; bec un peu plus long et coloration brune plus chaude sur le manteau. S’observe en très grands effectifs le long de la voie de migration du Pacifique.
Anser albifrons gambelli Gambel’s White-fronted Goose Oie rieuse de Gambel Bassin du fleuve Mackenzie (Canada) ; hiverne principalement au Texas et au Mexique. Grande taille ; plumage plus sombre ; barres ventrales noires très prononcées et bec plus massif. Distribution hivernale plus restreinte dans le sud de l’Amérique du Nord.
Anser albifrons elgasi Tule White-fronted Goose Oie rieuse de la Tule Alaska (bassin de Cook Inlet) ; hiverne dans la vallée centrale de Californie. Très grande et sombre ; cercle oculaire jaune net ; bec long et massif rose-chair. La plus rare des sous-espèces d’oies rieuses ; liée aux marais profonds et zones de taro/roseaux.
Anser albifrons flavirostris Greenland White-fronted Goose Oie rieuse du Groenland Ouest du Groenland ; hiverne en Irlande et en Écosse ; tourbières arctiques et pâturages humides. Plumage globalement très sombre ; bec orange vif (et non rose) ; barres ventrales noires très étendues. Fidèle à ses sites d’hivernage celtiques ; observation spécialisée sur les tourbières britanniques et irlandaises.
Anser erythropus Lesser White-fronted Goose Oie naine Toundra et sous-toundra d’Eurasie (Scandinavie à l’Est de la Russie) ; lac d’altitude, toundra sèche. Petite taille ; tache blanche du front remaniée montant haut entre les yeux ; cercle oculaire jaune vif très net ; bec rose très court. Espèce menacée ; se distingue de A. albifrons par sa taille réduite, son cercle oculaire jaune et son vol plus vif.
Anser indicus Bar-headed Goose Oie à tête barrée Plateaux du Tibet et d’Asie centrale (Kirghizistan, Mongolie) ; lacs d’altitude (3 000 à 5 000 m). Plumage gris clair silfide ; deux barres transversales noires au sommet du crâne et à la nuque ; bec et pattes jaunes. Célèbre pour ses migrations à très haute altitude au-dessus de l’Himalaya ; très commune en captivité et parcs européens.
Anser cygnoides domesticus Swan Goose Oie cygnoïde Est de la Sibérie, Mongolie, Nord de la Chine ; hiverne en Chine ; vallées fluviales, marais de steppe. Cou long et fin ; calot et ligne nucale brun chocolat ; devant du cou crème ; bec long et noir. Birds od Eden (AFS) individus .Rare en milieu sauvage ; souvent observée sous sa forme domestique avec caroncule. Le QuesnoyFrancechemine d’un d’un pas tranquille le long de la rive
Anser caerulescens caerulescens Lesser Snow Goose Oie des neiges (subsp. type) Arctique du nord-est de la Sibérie, de l’Alaska et du Canada ; hiverne aux USA et au Mexique. Deux morphes : morphe blanc (entièrement blanc sauf rémiges primaires noires) et morphe bleu (corps gris-bleu, tête blanche) ; bec rose à plaque noire. Spectacle grandiose lors des étapes migratoires avec des rassemblements de dizaines de milliers d’individus.
Anser caerulescens atlanticus Greater Snow Goose Grande Oie des neiges Arctique du nord-est du Canada et nord-ouest du Groenland ; hiverne sur la côte atlantique des USA. Taille nettement supérieure à la forme type ; uniquement représentée par le morphe blanc ; bec plus massif. S’observe en masses impressionnantes sur le fleuve Saint-Laurent lors des haltes printanières et automnales.
Anser rossii Ross’s Goose Oie de Ross Arctique du centre-nord du Canada ; hiverne dans le sud des USA et le nord du Mexique. Petite taille (taille d’un canard) ; plumage entièrement blanc à primaires noires ; bec rose court garni de caroncules bleutées à la base. Se mêle fréquemment aux troupes d’Oies des neiges ; se distingue par sa petite taille et son bec sans plaque noire latérale.
Anser canagicus Emperor Goose Oie empereur Côtes de la mer de Béring (Alaska et Sibérie orientale) ; hiverne sur les îles Aléoutiennes ; côtière maritime. Manteau gris argenté écailleux ; tête et arrière du cou blancs teintés de roussâtre ; gorge noire ; bec rose et pattes jaunes. Strictly maritime et côtière en hivernage ; fréquente les grèves rocheuses et intertidales.

Note naturaliste

Le genre Anser (famille des Anatidés, sous-famille des Anserinés) rassemble les véritables oies de l’Hémisphère Nord, principalement réparties à travers les régions arctiques, subarctiques et tempérées de l’Écozone paléarctique et néarctique. La taxonomie du genre a connu des révisions importantes : les espèces nord-américaines à plumage blanc ou marin (Oie des neiges, Oie de Ross, Oie empereur), autrefois placées dans le genre distinct Chen, sont désormais pleinement intégrées au genre Anser sur la base des analyses phylogénétiques moléculaires récentes.

Sur le plan évolutif, le genre se caractérise par un fort grégarisme, une grande fidélité aux Voies de migration et des structures familiales durables, les jeunes migrant avec leurs parents durant leur premier hiver. La différenciation des espèces et des sous-espèces repose principalement sur la structure du bec (adapté au type de végétation consommée, de la coupe d’herbe tendre à l’extirpation de tubercules), les motifs de la tête (plaques frontales blanches, lignes nucales, barres céphaliques) et la coloration des membres (pattes roses vs orange vs jaunes). De nombreuses espèces du genre ont donné naissance par domestication aux races d’oies de basse-cour actuelles, notamment Anser anser (souche des oies européennes) et Anser cygnoides (souche des oies asiatiques à tubercule).

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