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Anser cygnoides domesticus – Chinese Goose – Oie de Chine

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La gracieuse oie domestique au profil altier et au tubercule basal des étangs de l’Avesnois

Introduction

L’Oie de Chine (Anser cygnoides domesticus – Chinese Goose – Oie de Chine), également désignée sous le nom d’Oie cygnoïde domestique, représente l’une des rares lignées d’anséridés domestiqués non pas à partir de l’Oie cendrée, mais issus du patrimoine génétique de l’Oie cygnoïde sauvage (Anser cygnoides). Sélectionnée en Asie orientale depuis plus de trois mille ans pour sa vigilance, sa ponte généreuse et son allure spectaculaire, elle a progressivement conquis les parcs, les canaux et les étangs d’Europe où des individus féraux ou acclimatés vivent en semi-liberté. Lors d’une déambulation le long des douves du Quesnoy ou des zones humides du Nord, observer ce palmipède au pas lent et mesuré permet d’apprécier la remarquable continuité entre la biologie des oies sauvages et les adaptations morphologiques façonnées par l’homme.

Morphologie

L’Oie de Chine se distingue au premier coup d’œil par sa silhouette imposante au cou particulièrement long et redressé, évoquant la grâce du cygne. Le sommet du calot et l’arrière du cou sont marqués d’une large raie brun chocolat très sombre, qui tranche vivement avec les joues, la gorge et le devant du cou d’une nuance crème très claire. Le dos et les flancs présentent un plumage brun-gris aux liserés clairs formant un motif d’écailles régulier, tandis que le dessous du corps va du blanc cassé au beige. Le critère le plus frappant réside dans la structure du bec : entièrement noir, il est surmonté à sa base supérieure d’un tubercule basal charnu et arrondi très développé chez la forme domestique, particulièrement volumineux chez les mâles. Ses pattes et ses pieds palmés affichent une teinte orangée très vive, soutenant un corps plus trapu et ventru que celui de son ancêtre sauvage.

Habitat et Écologie

Présente sous forme domestique et férale sur l’ensemble des continents, l’Oie de Chine fréquente préférentiellement les plans d’eau calmes, les étangs publics, les douves des cités fortifiées, les prairies riveraines et les cours d’eau à faible courant. Elle apprécie la proximité de pelouses rases et de prairies humides pour pâturer en toute quiétude, tout en recherchant la présence de végétation aquatique émergée pour se remiser. Très tolérante envers la présence humaine, elle s’associe volontiers aux groupes d’Oies cendrées et de Canards colverts avec lesquels elle partage les mêmes zones de nourrissage. Strictement herbivore, son régime comprend une grande variété de graminées, de jeunes pousses, de plantes aquatiques immersionnées ainsi que de graines et d’inflorescences récoltées sur le sol.

Comportement de chasse

Principalement terrestre lors de ses sessions d’alimentation, l’Oie de Chine arpente les prairies et les berges d’un pas rythmé, tranchant l’herbe nette grâce aux lamelles crantées qui bordent son bec puissant. Sur l’eau, son très long cou lui permet de prospecter les fonds sans s’immerger totalement, atteignant les racines, les tubercules et les rhizomes enfouis sous plusieurs dizaines de centimètres d’eau. Dans les zones légèrement plus profondes, elle pratique le basculement du corps, le train arrière dressé hors de l’eau pour arracher la végétation subaquatique. Réputée pour sa vigilance extrême et son ouïe fine, elle se dresse fièrement dès qu’une présence inhabituelle approche et pousse des cacardements stridents et trompétants pour donner l’alerte à l’ensemble du groupe.

Reproduction

La saison de reproduction s’étend du début du printemps au début de l’été. Les couples, unis par des liens monogames solides et durables, choisissent un site de nidification dissimulé dans la végétation dense des berges, au pied d’un saule ou au cœur d’une touffe de roseaux. La femelle façonne une large cuvette au sol qu’elle tapisse d’herbes sèches, de petites branches et d’une abondante couche de duvet doux prélevé sur sa poitrine. Elle y dépose entre 5 et 10 œufs d’un blanc cassé qu’elle couve seule pendant environ 28 à 30 jours, tandis que le mâle patrouille farouchement aux abords pour repousser tout intrus. À l’éclosion, les oisons nidifuges couverds d’un duvet jaunâtre et olivâtre quittent le nid après seulement 24 à 48 heures pour suivre leurs parents sur l’eau et apprendre à pâturer en toute autonomie.

Note naturaliste

Sur le terrain, l’identification de l’Oie de Chine repose sur la combinaison unique de sa raie nucale sombre et de son volumineux tubercule noir au-dessus du bec, un trait totalement absent chez l’Oie cygnoïde sauvage dont le bec reste parfaitement lisse et profilé. Elle se distingue également sans ambiguïté de l’Oie cendrée (Anser anser) par la couleur de son bec et son cou bicolore. Dans les écosystèmes périurbains et les étangs fortifiés du Nord, sa présence contribue au maintien des pelouses rivulaires ouvertes par le pâturage et offre un excellent support d’observation naturaliste pour sensibiliser le public à la diversité des anseriformes.

Conservation

En tant que forme domestique (Anser cygnoides domesticus), l’Oie de Chine n’est pas évaluée individuellement par l’UICN (Statut Non Évalué / NE) et ne bénéficie pas de statut de protection légale au titre des espèces sauvages. Ses populations férales sont prospères et en expansion modérée dans de nombreux espaces aménagés d’Europe et d’Amérique du Nord. En revanche, son ancêtre sauvage, l’Oie cygnoïde (Anser cygnoides), est classé comme espèce « En danger » (EN) sur la Liste rouge de l’UICN en raison de la destruction dramatique des zones humides en Asie orientale et de la pression cynégétique. La préservation des souches férales en semi-liberté constitue un vecteur précieux de sensibilisation à la sauvegarde de l’espèce sauvage d’origine.

Classification taxonomique du genre Anser (Oies grises et blanches)

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Anser anser domesticus Western Greylag Goose Oie cendrée (subsp. type occidentale) Europe du Nord et de l’Ouest (Islande, Scandinavie, Îles Britanniques, Europe centrale) ; marais, étangs, deltas, prairies humides. Plumage gris-brun ; couverture alaire gris clair contrastée ; bec orange vif à rosé sans tubercule ; pattes roses. Le QuesnoyFrancechemine a la gauche d’une oie cygnoide
Anser anser rubrirostris Eastern Greylag Goose Oie cendrée orientale De la Turquie et la Russie orientale jusqu’à la Chine et la Mongolie ; grands lacs de steppe et bassins fluviaux. Liserés des plumes plus clairs et plus larges ; bec uniformément rose vif ; taille moyenne légèrement supérieure à la forme type. S’observe en grands rassemblements sur les lacs de steppe lors des migrations printanières et automnales.
Anser fabalis fabalis Taiga Bean Goose Oie des moissons (de la taïga) Taïga du nord de l’Eurasie (Scandinavie jusqu’à la Sibérie) ; forêts humides, tourbières, marais forestiers. Silhouette allongée ; cou fin et long ; bec long et sombre marqué d’une bande orange médiane variable ; pattes orange. Plus élancée que l’Oie des moissons de la toundra ; s’alimente souvent dans les cultures et chaumes en hivernage.
Anser fabalis johanseni Johansen’s Bean Goose Oie des moissons de Johansen Taïga de Sibérie occidentale et centrale ; tourbières et zones humides forestières. Intermédiaire entre fabalis et middendorffii ; bec long à bande orange moyennement développée. Observation complexe sur le terrain, nécessitant un examen attentif du profil du bec et de la structure générale.
Anser fabalis middendorffii Middendorff’s Bean Goose Oie des moissons de Middendorff Taïga de Sibérie orientale ; grands bassins fleuviaux et vallées marécageuses. La plus grande des oies des moissons ; bec particulièrement massif et long ; cou très allongé. Silhouette très imposante sur le terrain, rappelant presque la taille d’un petit cygne.
Anser serrirostris serrirostris Tundra Bean Goose Oie de la toundra (subsp. type) Toundra arctique de Sibérie centrale et orientale ; toundra ouverte et deltas arctiques. Cou court et trapu ; tête arrondie ; bec court et massif, noir avec une étroite bande orange près de la pointe. Aspect plus compact que l’Oie des moissons ; fréquente les grands champs cultivés en hivernage européen et asiatique.
Anser serrirostris rossicus Western Tundra Bean Goose Oie de la toundra occidentale Toundra du nord de la Russie européenne et de Sibérie occidentale ; toundra marécageuse. Taille légèrement plus petite que serrirostris ; bec très court et foncé avec peu d’orange. Souvent mélangée aux groupes d’Oies rieuses lors de l’hivernage en Europe de l’Ouest.
Anser brachyrhynchus Pink-footed Goose Oie à bec court Groenland, Islande, Svalbard ; hiverne en Europe du Nord-Ouest ; toundra, falaises, pâturages. Tête et cou brun foncé ; bec très court noir et rose ; dos gris bleuté ; pattes roses vifs. Vol très dynamique en grandes troupes bruyantes ; cri aigu et bisyllabique très distinctif.
Anser albifrons albifrons European White-fronted Goose Oie rieuse (subsp. type) Arctique de Russie européenne et de Sibérie ; hiverne en Europe et Asie ; toundra, prairies. Tache blanche nette sur le front autour du bec ; barres noires irrégulières sur le ventre ; bec rose ; pattes orange. Vol rapide ; cris aigus et rieurs répétés (qui-qui-qui) très caractéristiques en vol.
Anser albifrons frontalis Pacific White-fronted Goose Oie rieuse du Pacifique Arctique de Sibérie orientale, Alaska, nord-ouest du Canada ; hiverne en Amérique du Nord et Asie de l’Est. Légèrement plus grande que la forme type ; bec un peu plus long et coloration brune plus chaude sur le manteau. S’observe en très grands effectifs le long de la voie de migration du Pacifique.
Anser albifrons gambelli Gambel’s White-fronted Goose Oie rieuse de Gambel Bassin du fleuve Mackenzie (Canada) ; hiverne principalement au Texas et au Mexique. Grande taille ; plumage plus sombre ; barres ventrales noires très prononcées et bec plus massif. Distribution hivernale plus restreinte dans le sud de l’Amérique du Nord.
Anser albifrons elgasi Tule White-fronted Goose Oie rieuse de la Tule Alaska (bassin de Cook Inlet) ; hiverne dans la vallée centrale de Californie. Très grande et sombre ; cercle oculaire jaune net ; bec long et massif rose-chair. La plus rare des sous-espèces d’oies rieuses ; liée aux marais profonds et zones de taro/roseaux.
Anser albifrons flavirostris Greenland White-fronted Goose Oie rieuse du Groenland Ouest du Groenland ; hiverne en Irlande et en Écosse ; tourbières arctiques et pâturages humides. Plumage globalement très sombre ; bec orange vif (et non rose) ; barres ventrales noires très étendues. Fidèle à ses sites d’hivernage celtiques ; observation spécialisée sur les tourbières britanniques et irlandaises.
Anser erythropus Lesser White-fronted Goose Oie naine Toundra et sous-toundra d’Eurasie (Scandinavie à l’Est de la Russie) ; lac d’altitude, toundra sèche. Petite taille ; tache blanche du front remaniée montant haut entre les yeux ; cercle oculaire jaune vif très net ; bec rose très court. Espèce menacée ; se distingue de A. albifrons par sa taille réduite, son cercle oculaire jaune et son vol plus vif.
Anser indicus Bar-headed Goose Oie à tête barrée Plateaux du Tibet et d’Asie centrale (Kirghizistan, Mongolie) ; lacs d’altitude (3 000 à 5 000 m). Plumage gris clair silfide ; deux barres transversales noires au sommet du crâne et à la nuque ; bec et pattes jaunes. Célèbre pour ses migrations à très haute altitude au-dessus de l’Himalaya ; très commune en captivité et parcs européens.
Anser cygnoides domesticus Swan Goose Oie cygnoïde Est de la Sibérie, Mongolie, Nord de la Chine ; hiverne en Chine ; vallées fluviales, marais de steppe. Cou long et fin ; calot et ligne nucale brun chocolat ; devant du cou crème ; bec long et noir. Birds od Eden (AFS) individus .Rare en milieu sauvage ; souvent observée sous sa forme domestique avec caroncule. Le QuesnoyFrancechemine d’un d’un pas tranquille le long de la rive
Anser caerulescens caerulescens Lesser Snow Goose Oie des neiges (subsp. type) Arctique du nord-est de la Sibérie, de l’Alaska et du Canada ; hiverne aux USA et au Mexique. Deux morphes : morphe blanc (entièrement blanc sauf rémiges primaires noires) et morphe bleu (corps gris-bleu, tête blanche) ; bec rose à plaque noire. Spectacle grandiose lors des étapes migratoires avec des rassemblements de dizaines de milliers d’individus.
Anser caerulescens atlanticus Greater Snow Goose Grande Oie des neiges Arctique du nord-est du Canada et nord-ouest du Groenland ; hiverne sur la côte atlantique des USA. Taille nettement supérieure à la forme type ; uniquement représentée par le morphe blanc ; bec plus massif. S’observe en masses impressionnantes sur le fleuve Saint-Laurent lors des haltes printanières et automnales.
Anser rossii Ross’s Goose Oie de Ross Arctique du centre-nord du Canada ; hiverne dans le sud des USA et le nord du Mexique. Petite taille (taille d’un canard) ; plumage entièrement blanc à primaires noires ; bec rose court garni de caroncules bleutées à la base. Se mêle fréquemment aux troupes d’Oies des neiges ; se distingue par sa petite taille et son bec sans plaque noire latérale.
Anser canagicus Emperor Goose Oie empereur Côtes de la mer de Béring (Alaska et Sibérie orientale) ; hiverne sur les îles Aléoutiennes ; côtière maritime. Manteau gris argenté écailleux ; tête et arrière du cou blancs teintés de roussâtre ; gorge noire ; bec rose et pattes jaunes. Strictly maritime et côtière en hivernage ; fréquente les grèves rocheuses et intertidales.

Note naturaliste

Le genre Anser (famille des Anatidés, sous-famille des Anserinés) rassemble les véritables oies de l’Hémisphère Nord, principalement réparties à travers les régions arctiques, subarctiques et tempérées de l’Écozone paléarctique et néarctique. La taxonomie du genre a connu des révisions importantes : les espèces nord-américaines à plumage blanc ou marin (Oie des neiges, Oie de Ross, Oie empereur), autrefois placées dans le genre distinct Chen, sont désormais pleinement intégrées au genre Anser sur la base des analyses phylogénétiques moléculaires récentes.

Sur le plan évolutif, le genre se caractérise par un fort grégarisme, une grande fidélité aux Voies de migration et des structures familiales durables, les jeunes migrant avec leurs parents durant leur premier hiver. La différenciation des espèces et des sous-espèces repose principalement sur la structure du bec (adapté au type de végétation consommée, de la coupe d’herbe tendre à l’extirpation de tubercules), les motifs de la tête (plaques frontales blanches, lignes nucales, barres céphaliques) et la coloration des membres (pattes roses vs orange vs jaunes). De nombreuses espèces du genre ont donné naissance par domestication aux races d’oies de basse-cour actuelles, notamment Anser anser (souche des oies européennes) et Anser cygnoides (souche des oies asiatiques à tubercule).

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