Stony Point : L’Autre Royaume des Manchots Afrique du Sud
Entre océan indompté, montagnes de gneiss et chevaux libres au cœur du fynbos
Quitter les routes battues pour s’engager sur les rubans asphaltés des R44 et R43 qui serpentent à moins de 40 kilomètres d’Hermanus mène à une immersion totale dans la réserve de la biosphère côtière de Kleinmond à Stony Point
Ici, la nature se déploie avec une force primitive, là où les impressionnantes montagnes Kogelberg dominent fièrement l’océan. Ce massif ancien, sculpté au fil de millions d’années par l’érosion et les caprices tectoniques, expose de magnifiques falaises de granit et de gneiss qui viennent mourir dans des lagunes paisibles et de longues plages de sable fin. Cet écrin géologique unique abrite le royaume du fynbos, une formation végétale exceptionnelle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon la saison, les versants s’embrasent de touches picturales éclatantes grâce aux floraisons des protées (Protée – Protea – Protea), des éricas (Bruyère du Cap – Heath – Erica) et des restios (Jonc du Cap – Cape Reed – Restionaceae).
L’histoire de Stony Point, situé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest du centre de Kleinmond, est marquée par une ironie dramatique. Au début du vingtième siècle, précisément en 1912, la Waaygat Whale Station fut érigée sur ce promontoire rocheux par des industriels maritimes. Le choix de cet emplacement ne devait rien au hasard : les eaux profondes et les courants côtiers facilitaient le remorquage des grands cétacés capturés au large. Jusqu’à sa fermeture définitive en 1930, provoquée par l’effondrement mondial des cours de l’huile de baleine, la station fut le théâtre d’un massacre à grande échelle. Après le départ des baleiniers, le site est resté à l’abandon pendant des décennies, laissant les structures de béton et les anciennes rampes d’accès se fondre dans le paysage.
C’est sur ces ruines industrielles que l’histoire naturelle a repris ses droits. En 1982, un événement majeur a bouleversé l’écosystème local : un premier couple de manchots du Cap (Manchot du Cap – African Penguin – Spheniscus demersus) est venu s’installer volontairement au milieu des anciens bâtiments de Stony Point. Ce mouvement de population inédit s’explique par la configuration géographique parfaite du site : les structures en ruine offraient des abris idéaux contre le vent et les vagues, tandis que les rochers de granit et la présence d’une barrière naturelle de kelp assuraient une protection relative contre les prédateurs marins. De plus, la surpêche et les perturbations humaines sur leurs îles de reproduction historiques (comme Robben Island ou Dyer Island) ont poussé ces oiseaux à chercher de nouveaux refuges sur le continent. Petit à petit, la colonie a grandi pour devenir aujourd’hui l’une des rares colonies continentales au monde et la plus grande d’Afrique du Sud, comptant plusieurs milliers d’individus.
Bien que la colonie de Stony Point ait prospéré de manière spectaculaire, son implantation sur la terre ferme l’a exposée à des menaces terrestres absentes sur les îles, notamment les attaques de prédateurs comme les léopards des montagnes Kogelberg, les caracals, les mangoustes et les chiens errants. Au début des années 2000, la colonie a subi de lourdes pertes dues à la prédation et au braconnage des œufs. Face à cette situation critique, d’importants efforts de conservation ont été déployés sous l’égide de l’organisme public CapeNature.
Le site a été entièrement clôturé pour isoler la colonie des agressions extérieures et des perturbations urbaines de la ville de Betty’s Bay voisine. Des nichoirs artificiels en béton, imitant la forme de petites tentes blanches, ont été installés dans la verdure pour remplacer les terriers naturels que les manchots peinent parfois à creuser dans le sol durci. Des gardes maritimes patrouillent quotidiennement pour surveiller la santé des oiseaux et empêcher toute intrusion. Aujourd’hui, Stony Point est devenu un laboratoire scientifique à ciel ouvert où chaque mouvement de population est documenté pour tenter de sauver cette espèce classée en danger critique d’extinction.
Pour le voyageur, ce havre préservé offre une expérience infiniment plus sauvage et authentique que la célèbre colonie de Boulders. Les passerelles en bois surélevées serpentent au milieu des nids artificiels et des rochers, permettant de croiser le regard de ces parfaits petits gentlemen en frac sans jamais empiéter sur leur espace vital. Ils partagent leur territoire rocheux avec les facétieux damans de roche (Daman de roche – Rock Hyrax – Procavia capensis), tandis que les vagues abritent des phoques à fourrure et des dauphins joueurs. Plus incroyable encore, la terre ferme abrite des antilopes craintives et les célèbres chevaux sauvages qui galopent en totale liberté dans la zone humide de la lagune.
L’histoire humaine et l’architecture du village témoignent d’une volonté farouche de s’intégrer dans ce paysage grandiose sans en altérer la poésie. Les petites maisons traditionnelles en bois et en pierre, coiffées de leurs toits en tôle ondulée typiques de l’époque coloniale côtière, font face aux embruns avec un charme intemporel. Les constructions plus récentes respectent scrupuleusement cette échelle humaine et les teintes de la biosphère. Pour les voyageurs désireux de fouler le sable de la plage de Kleinmond entre juillet et octobre, le spectacle bascule régulièrement vers le large : c’est la saison bénie où les majestueuses baleines franches australes (Baleine franche australe – Southern Right Whale – Eubalaena australis) viennent donner le jour à leurs baleineaux à quelques encablures de la terre.
Pour organiser au mieux votre passage, l’accès au sentier aménagé de la colonie de Stony Point s’effectue tous les jours de 8h à 17h. Les droits d’entrée, intégralement reversés à la conservation de cette espèce menacée et à la gestion des infrastructures de la réserve, s’élèvent à environ 60 ZAR pour les adultes et 30 ZAR pour les jeunes de 6 à 17 ans, l’accès restant totalement gratuit pour les petits explorateurs de moins de 6 ans [cite: Pour Stony Point à Kleinmond, l’accès à la colonie de manchots est payant, mais les tarifs restent très raisonnables. Voici les informations actuelles (à confirmer sur place ou sur le site officiel) : Adultes : environ 60 ZAR (~3 à 4 €) Enfants (6‑17 ans) : environ 30 ZAR (~1,50 à 2 €) Enfants de moins de 6 ans : gratuit, Le paiement sert à la protection de la colonie et à l’entretien du site.]. Pour préparer votre itinéraire dans la région et réserver vos accès, n’hésitez pas à consulter le site officiel de l’organisme de protection de la nature sur capenature.co.za.














