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Coragyps atratus brasiliensis – South American Black Vulture – Urubu noir du Brésil

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Le patrouilleur agile des littoraux tropicaux, nettoyeur infatigable des mangroves et des plages d’Amérique du Sud

Observé foulant le sable chaud de la plage d’Itatinga à Alcântara dans l’État du Maranhão au Brésil, patrouillant au-dessus des mangroves touffues de la baie de São Marcos ou survolant les ports de pêche traditionnels du bassin amazonien, l’Urubu noir du Brésil (Coragyps atratus brasiliensis – South American Black Vulture – Urubu noir du Brésil) est la forme néotropicale par excellence des vautours du Nouveau Monde. Ce rapace nécrophage trapu suscite un intérêt scientifique tout particulier en tant que modèle d’adaptation morphologique aux climats chauds et humides de basse altitude, illustrant à merveille les variations clinales au sein d’une même espèce. L’observation sur le terrain de l’Urubu noir du Brésil (Coragyps atratus brasiliensis – South American Black Vulture – Urubu noir du Brésil) offre une immersion captivante dans le quotidien de la faune littorale sud-américaine, où la présence de ces sentinelles sombres est indissociable du paysage côtier. Étudier ce maillon essentiel des réseaux trophiques tropicaux permet d’appréhender le fonctionnement des écosystèmes de lisières marines et de mesurer l’impact déterminant des oiseaux équarrisseurs sur la salubrité des zones humides néotropicales.

Morphologie

L’Urubu noir du Brésil constitue la plus petite et la plus svelte des trois sous-espèces reconnues chez Coragyps atratus, une réduction de gabarit qui répond directement à la règle de Bergmann pour favoriser la dissipation thermique sous les tropiques. Affichant une envergure moyenne de 130 à 140 centimètres pour un poids oscillant entre 1,1 et 1,9 kilogramme, il présente une silhouette extrêmement râblée en vol. L’intégralité de son plumage est d’un noir charbon profond au fini mat. Sa tête et son cou, totalement dépourvus de plumes pour éviter les souillures lors des repas sur les carcasses, sont recouverts d’une peau plissée et ridée d’un gris-noirâtre sombre. En contre-plongée, ses ailes courtes et très larges révèlent des « fenêtres » très nettes d’un blanc-grisâtre sous la base des rémiges primaires externes, contrastant avec la brièveté de sa queue carrée. Le bec est court et tranchant, muni d’une pointe jaunâtre à corne, tandis que ses tarses nus présentent une coloration blanchâtre à rosâtre souvent accentuée par l’urohidrose.

Habitat et Écologie

La sous-espèce Coragyps atratus brasiliensis occupe une vaste aire de répartition couvrant l’Amérique centrale depuis le sud du Mexique jusqu’au Panama, ainsi que l’ensemble des basses terres d’Amérique du Sud, incluant le Brésil, les Guyanes, le bassin de l’Amazone, les côtes atlantiques et le nord de l’Argentine. Parfaitement adapté aux milieux tropicaux de faible altitude, il fréquente une grande variété d’habitats : plages de sable, vasières littorales, mangroves à palétuviers, savanes humides, clairières forestières et zones pampéennes. Il manifeste également une synanthropie très marquée, colonisant abondamment les villages de pêcheurs, les marchés aux poissons, les décharges et les abords des routes inter-états. Espèce hautement grégaire, il dort en colonies au sommet des grands arbres de mangrove ou des structures humaines, et se déplace en groupes en exploitant les premières ascendances thermiques de la journée grâce à un style de vol saccadé alternant battements rapides et courtes glissades.

Comportement de chasse

Strictement nécrophage et opportuniste, l’Urubu noir du Brésil ne possède pas l’odorat développé des vautours du genre Cathartes. Pour repérer sa nourriture, il s’appuie sur une acuité visuelle hors pair et sur un comportement social d’une grande efficacité. En patrouillant le long des côtes ou au-dessus des forêts galeries, il surveille les déplacements des Urubus à tête rouge ; dès que ces derniers repèrent une carcasse grâce à leur flair, les Urubus noirs convergent en masse pour s’imposer par le nombre et la témérité. Sur les plages comme à Itatinga, son régime alimentaire est largement dominé par les poissons et organismes marins rejetés par la marée, les déchets d’éviscération laissés par les pêcheurs, ainsi que les cadavres de petits et grands mammifères. Il ne dédaigne pas non plus les petits reptiles, les œufs ou les nouveau-nés de tortues marines s’il en croise sur le sable.

Reproduction

Les couples d’Urubus noirs du Brésil sont monogames et fidèles. La saison de nidification varie selon les régimes de précipitations locaux, s’étalant souvent durant la saison sèche ou lors du retrait des eaux. Cet rapace ne construit aucun nid : la femelle dépose ses deux œufs directement sur le sol nu, dissimulés dans une cavité sous les racines contreforts d’un grand arbre de mangrove, dans le creux d’un tronc pourri, sous un dense fourré d’épineux ou au creux d’une petite formation rocheuse. L’incubation, qui dure environ 38 à 40 jours, est assurée en alternance par le mâle et la femelle. Les poussins, vêtus d’un duvet crème très doux, sont alimentés par régurgitation par les deux parents. Leur développement au nid dure entre 70 et 80 jours jusqu’au premier envol, après quoi les jeunes restent intégrés au groupe familial pour parfaire leur apprentissage.

Note naturaliste

Sur le terrain, Coragyps atratus brasiliensis se reconnaît à sa taille plus modeste et sa silhouette plus élancée par rapport à la sous-espèce nord-américaine (atratus) ou à la forme massive des hautes altitudes andines (foetens). Son association permanente avec les milieux de mangroves et les plages tropicales brésiliennes constitue un excellent indicateur écologique. En vol, sa queue tronquée et ses taches alaires blanches sous les primaires évitent toute confusion avec l’Urubu à tête rouge (Cathartes aura), dont le vol est beaucoup plus balancé en « V ». Dans l’écosystème côtier tropical, l’Urubu noir du Brésil remplit une fonction d’assainisseur irremplaçable : en nettoyant rapidement les carcasses de poissons et d’animaux marins échoués sur le littoral, il prévient la décomposition toxique, limite la propagation de bactéries pathogènes et maintient la salubrité des plages.

Conservation

L’Urubu noir du Brésil est classé en Préoccupation mineure (LC) sur la Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Les populations de cette sous-espèce tropicale sont extrêmement prospères et en constante santé à travers tout le bassin sud-américain. Sa grande capacité d’adaptation aux activités humaines et la surabondance de déchets d’origine anthropique favorisent le maintien de densités très élevées. L’espèce reste néanmoins exposée à des menaces locales telles que la pollution plastique sur les plages (ingestion accidentelle lors du nourrissage sur les débris), l’empoisonnement par les produits de traitement agricole et les marées noires qui souillent le littoral et les mangroves.

Classification Taxonomique du Genre Coragyps

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Coragyps atratus atratus Black Vulture (nominate) Urubu noir (nominal) Sud et est des États-Unis (du Texas et de la Floride jusqu’au Kansas, New Jersey et Maryland), nord du Mexique. Plaines, zones agricoles, forêts ouvertes et zones périurbaines. Taille intermédiaire (envergure 140–150 cm) ; plumage entièrement noir charbon, tête et cou nus recouverts d’une peau gris-noirâtre profondément plissée ; taches blanches diagnostiques (« fenêtres ») sous les extrémités des ailes (rémiges primaires externes) ; queue courte et carrée. Rocher des aigles Rocamadour, France Déploie, ses ailes sombres dans une posture d’insolation théâtrale, laissant voir sa tête plissée
Coragyps atratus brasiliensis South American Black Vulture Urubu noir du Brésil / des basses terres Amérique centrale (du sud du Mexique au Panama) et basses terres d’Amérique du Sud (Guyanes, Brésil, bassin amazonien, côtes atlantiques, nord de l’Argentine). Littoraux, mangroves, plages, savanes et milieux anthropisés. Plus petite et plus svelte des trois sous-espèces ; plumage noir mat profond, tête nue gris sombre très ridée, ailes légèrement plus courtes avec « fenêtres » blanches sous les rémiges primaires bien contrastées mais un peu plus restreintes. Alcantara au Brésil  ; Observé sur la plage  et en bordure de mangrove  
Coragyps atratus foetens Andean Black Vulture Urubu noir des Andes Chaîne des Andes et hauts plateaux d’Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili, ouest de l’Argentine). Vallées montagneuses, páramos et zones de haute altitude (jusqu’à plus de 3 000 m). Plus grande et plus massive des sous-espèces (application marquée de la règle de Bergmann) ; envergure plus large, plumage noir corbeau, ailes sensiblement plus longues et bec robuste adapté aux environnements froids de montagne. Patrouilles au-dessus des canyons et des vallées andines en exploitant les ascendances thermiques orographiques ; groupes très agressifs autour des carcasses en haute altitude.

Note naturaliste

Le genre Coragyps (famille des Cathartidés, les vautours du Nouveau Monde) est représenté aujourd’hui par une unique espèce vivante, l’Urubu noir (Coragyps atratus), divisée en trois sous-espèces géographiques distinctes (C. a. atratus, C. a. brasiliensis et C. a. foetens). D’un point de vue évolutif et morphologique, la différenciation au sein de ce taxon illustre parfaitement la règle de Bergmann : la sous-espèce tropicale de basse altitude (brasiliensis) présente le gabarit le plus réduit, tandis que les formes des latitudes septentrionales (atratus) et des hautes altitudes montagnardes (foetens) affichent une masse corporelle et une envergure nettement supérieures pour limiter les pertes thermiques.

Sur le plan éco-éthologique, Coragyps se distingue des vautours du genre Cathartes (comme l’Urubu à tête rouge, Cathartes aura) par l’absence d’un odorat développé. Pour localiser les carcasses, l’Urubu noir s’appuie sur une acuité visuelle exceptionnelle et sur un comportement de kleptoparasitisme social : il surveille le vol des Cathartes depuis les hautes strates du ciel et les suit jusqu’au sol, où sa nature grégaire et son agressivité en groupe lui permettent d’évincer ses cousins plus solitaires. Au sol, les membres du genre pratiquent fréquemment l’urohidrose (miction contrôlée sur leurs propres tarsales dénudées), un mécanisme d’évapotranspiration permettant d’abaisser leur température corporelle et d’assainir leurs membres des bactéries issues des chairs en décomposition, ce qui donne souvent aux pattes une teinte blanchâtre caractéristique sur le terrain.

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