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Euphorbia candelabrum — Candelabra spurge — Euphorbe candélabre

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Le géant succulent de la vallée du Rift, entre architecture végétale spectaculaire et latex toxique

Introduction

Représentant géant et emblématique des euphorbiacées cactiformes d’Afrique de l’Est, l’Euphorbe candélabre (Euphorbia candelabrum, Candelabra spurge, Euphorbe candélabre) — parfois appelée Euphorbe d’Abyssinie — dresse sa silhouette monumentale au cœur de la grande vallée du Rift. Des escarpements rocheux d’Ouganda aux savanes boisées du Kenya et de Tanzanie, cet arbre succulent surprend par sa prestance arborescente. L’observation de l’Euphorbe candélabre (Euphorbia candelabrum, Candelabra spurge, Euphorbe candélabre) sur le terrain, dominant la strate buissonnante des parcs nationaux est-africains comme Queen Elizabeth ou Murchison Falls, constitue un spectacle botanique inoubliable, où l’ingénierie végétale s’allie à une toxicité défensive redoutable.

Morphologie

L’Euphorbe candélabre est une plante succulente arborescente à développement massif pouvant atteindre une hauteur impressionnante de 10 à 20 mètres. Son tronc principal, épais, cylindrique et ligneux à la base, se dénude progressivement avec l’âge pour laisser place à un houppier d’une densité remarquable en forme de candélabre géant, composé de centaines de branches dressées verticalement. Ses tiges succulentes, de section quadrangulaire d’un vert franc à sombre, présentent des côtes profondément ailées, ondulées et sinueuses. Le long des arêtes sinuées s’alignent de courtes épines géminées sombres réunies sur des écussons bien visibles. Au sommet des jeunes rameaux apparaissent très éphémèrement de minuscules feuilles vite caduques, remplacées fonctionnellement par les tiges photosynthétiques. Toute la structure de la plante renferme sous forte pression un latex laiteux d’une causticité extrême, particulièrement riche en résiniferatoxine et en esters phorboliques.

Habitat et Écologie

L’Euphorbe candélabre est strictement indigène des régions orientales du continent africain, occupant une vaste aire géographique s’étendant de l’Éthiopie, de l’Érythrée et du Soudan du Sud jusqu’à l’Ouganda, au Kenya, à la Tanzanie et au Nord du Mozambique. Elle affectionne particulièrement les environnements xériques et semi-arides liés aux plissements rocheux et aux versants de la vallée du Rift, s’épanouissant dans les savanes boisées, les maquis à acacias, les pentes rocailleuses et les bordures de cours d’eau saisonniers. Son système racinaire étalé lui permet de capter la moindre précipitation tout en ancrant solidement son imposante masse végétale au sol. Grâce à son métabolisme d’acide crassulacéen (CAM), elle fixe le dioxyde de carbone durant la nuit, optimisant sa gestion hydrique face à l’insolation tropicale.

Adaptations et toxicité

Contrairement aux espèces végétales classiques consommées par la grande faune de savane, très peu d’herbivores osent s’attaquer à l’Euphorbe candélabre en raison de la causticité redoutable de son latex laiteux. Un simple contact cutané ou oculaire avec ce fluide provoque de graves brûlures chimiques et une cécité temporaire ou définitive. Seuls certains spécialistes aux adaptations digestives uniques, à l’instar du Rhinocéros noir ou du Grand Koudou dans des circonstances extrêmes, parviennent à consommer certains segments séchés sans subir la toxicité directe du latex frais. En outre, la plante sécrète des composés allélopathiques secondaires qui inhibent la germination d’espèces concurrentes sous son emprise, garantissant un espace vital libre autour de son assise racinaire.

Reproduction

La floraison de l’Euphorbe candélabre intervient principalement à la fin de la saison sèche et au début de la saison des pluies. La plante développe des inflorescences hautement spécialisées, les cyathes, regroupées en petits bouquets vert-jaunâtre le long des arêtes sommitales des tiges. Chaque cyathe, bordé de glandes nectarières charnues, abrite une unique fleur femelle centrale entourée de plusieurs fleurs mâles réduites chacune à une simple étamine. Riches en nectar sucré, ces fleurs attirent une multitude d’insectes pollinisateurs, notamment des abeilles, des mouches et des guêpes. Après fécondation, les fleurs femelles se développent en capsules tricoques charnues qui, en séchant sous le soleil tropical, éclatent brutalement de manière dehiscente pour projeter les graines à plusieurs mètres du pied mère.

Note naturaliste

Sur le terrain, la détermination d’Euphorbia candelabrum et sa distinction par rapport à sa cousine d’Afrique australe Euphorbia ingens reposent sur l’observation des côtes des branches, nettement plus ondulées, alvéolées et sinueuses chez candelabrum, ainsi que sur sa localisation géographique au cœur du Rift est-africain. En arpentant les savanes d’Afrique de l’Est, cet arbre succulent offre un point de repère visuel majeur dans le paysage, servant fréquemment de perchoir stratégique pour les grands rapaces comme l’Aigle huppard ou les vautours. Son latex a également été exploité historiquement par les populations locales comme composant toxique pour enduire les pointes de flèches de chasse.

Conservation

L’Euphorbe candélabre ne fait pas l’objet d’une évaluation individuelle séparée sur la Liste Rouge globale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), mais l’espèce est considérée comme stable et non menacée en raison de sa grande abondance locale. Ses populations sont très largement préservées au sein du réseau étendu des parcs nationaux d’Ouganda, du Kenya, de Tanzanie et d’Éthiopie. Les seules pressions locales identifiées proviennent du défrichement agricole ponctuel en dehors des aires protégées et de l’utilisation de son bois séché, particulièrement léger et résistant une fois vidé de son latex, pour la construction rurale et l’artisanat.

Tableau Taxonomique du Genre Euphorbia (Euphorbes)

Classification Taxonomique d’une Sélection d’Espèces et Sous-espèces Clés du Genre Euphorbia

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Euphorbia officinarum subsp. officinarum Beaumier’s Spurge (typical) Euphorbe de Beaumier (type) Maroc occidental (région du Souss-Massa, d’Essaouira au Draâ, Tamri, Timlalin) ; steppes littorales, dalles calcarénites, rocailles arides. Port cactiforme en coussins très ramifiés (1 à 1,5 m) ; tiges succulentes vert-glauque à 9–13 côtes aiguës ; paires d’épines grises de 5–15 mm ; latex très toxique. Dunes de Timlaline, au MarocObservation Tiges succulentes cactiformes, d’un vert franc, dressées verticalement avec des côtes anguleuses garnies d’épines géminées.
Euphorbia officinarum subsp. echinus Hedgehog Spurge / Cactus Spurge Euphorbe hérisson / Euphorbe cactus Sud du Maroc (jusqu’au Sahara occidental) et Anti-Atlas ; regs rocailleux, zones pré-sahariennes, pentes arides. Coussins plus compacts, denses et trapus (30–80 cm) ; tiges plus courtes aux côtes anguleuses garnies d’épines géminées très denses et robustes. Forme des dômes épineux caractéristiques dans les paysages pré-sahariens de Guelmim et Bouizakarne.
Euphorbia regis-jubae King Juba’s Spurge Euphorbe du Roi Juba / Euphorbe royale Îles Canaries (Grande Canarie, Ténérife, Gomera, La Palma), Ouest du Maroc (littoral du Souss) ; falaises côtières, matorrals. Arbuste dactyloïde non cactiforme (1 à 2 m) ; tiges ligneuses lisses et succulentes ; rosettes de feuilles linéaires vertes au sommet des rameaux ; cyathes jaunes. Abondante sur les pentes arides du Souss, bordant souvent les arganeraies.
Euphorbia resinifera Resin Spurge Euphorbe résinifère Maroc central (moyen et haut Atlas, région de Béni Mellal, Azilal) ; falaises calcaires, pentes rocheuses d’altitude. Coussins cactiformes très denses pouvant atteindre 2 m de diamètre ; tiges à 4 côtes d’un vert glaucque étincelant ; épines géminées courtes ; latex hyper-concentré en résiniferatoxine. Forme de spectaculaires tapis épineux sur les contreforts rocheux de l’Atlas.
Euphorbia candelabrum Candelabra Spurge / Abyssinian Candelabra Tree Euphorbe candélabre / Euphorbe d’Abyssinie Afrique de l’Est (Éthiopie, Érythrée, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Soudan du Sud) ; vallées du Rift, escarpements rocheux, savanes boisées et bordures de rivières. Arbre succulent géant (10 à 20 m de hauteur) à tronc massif ; ramification en candélabre touffu avec tiges quadrangulaires aux côtes profondément ailées et sinueuses ; paquets d’épines sombres géminées sur les arêtes ; latex abondant et particulièrement irritant. ✅ Ambriz, en AngolaSilhouettes.   saisissantes — de hautes colonnes vertes, dressées vers le ciel, se divisant en branches
Euphorbia dendroides Tree Spurge Euphorbe arborescente Bassin méditerranéen (Espagne, France, Italie, Grèce, Afrique du Nord) ; falaises maritimes calcaires, garrigues côtières. Arbrisseau hémisphérique (jusqu’à 3 m) à ramification dichotomique ; feuilles obovales virant au rouge éclatant avant de tomber en été (estivation) ; cyathes jaune doré. Perceptible sur les falaises maritimes par sa couleur rouge vif en début d’été.
Euphorbia characias subsp. characias Mediterranean Spurge Euphorbe des garrigues (méditerranéenne) Ouest du bassin méditerranéen (Espagne, France, Italie, Maroc) ; garrigues, maquis, rocailles et bordures de chemins. Sous-arbrisseau dressé (0,8 à 1,2 m) à tiges touffues ; longues feuilles vert-bleuté ; grandes inflorescences cylindriques à cyathes vert-jaune et nectaires brun-noir. Plante robuste très visible le long des sentiers rocailleux méditerranéens.
Euphorbia characias subsp. wulfenii Dalmatian Spurge Euphorbe de Wulfen Est de la Méditerranée et Balkans (Croatie, Grèce, Italie de l’Est) ; rocailles calcaires, maquis. Robustesse supérieure à la sous-espèce type ; inflorescences plus larges d’un jaune néon étincelant avec des nectaires entièrement jaunes. Très prisée en horticulture pour la luminosité de ses floraisons printanières.
Euphorbia milii var. milii Crown of Thorns Épine du Christ (typique) Madagascar (endémique) ; forêts sèches, inselbergs et rocailles granitiques. Arbuste épineux grimpant ou étalé ; tiges semi-succulentes garnies de longues épines acérées ; bractées floral (cyathophylles) d’un rouge vif étincelant. Largement cultivée comme plante ornementale dans toutes les régions tropicales et méditerranéennes.
Euphorbia poissonii Poisson’s Spurge Euphorbe de Poisson Afrique de l’Ouest (Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, Niger, Burkina Faso) ; savanes soudano-guinéennes, inselbergs, affleurements rocheux et collines arides. Arbuste succulent (1 à 3 m) à tiges charnues cylindriques épaisses et glabre, d’un vert grisâtre, marquées de cicatrices foliaires nettes ; grandes feuilles obovales vert tendre réunies en rosettes sommitales en saison des pluies ; petites épines aiguës réduites ; latex blanc gorgé de résiniferatoxine (RTX). Natitingou au Bénin  – Utilisée traditionnellement comme poison de chasse et haie défensive dans les villages ouest-africains
Euphorbia pulcherrima Poinsettia / Easter Flower Poinsettia / Étoile de Noël Mexique et Amérique centrale ; forêts tropicales caducifoliées et ravins ombragés. Arbuste ou petit arbre (1 à 4 m) ; grandes feuilles ovales dentées ; grandes bractées foliaires sommitales rouge vif, roses ou blanches entouant les cyathes jaunes. ✅  Rova d’ambohimanga,  Madagascar– Gigantesques buissons en pleine floraison    
Euphorbia ingens Candelabra Tree Euphorbe candélabre d’Afrique Afrique australe et orientale (Afrique du Sud, Zimbabwe, Mozambique, Kenya) ; savanes arides, bushveld, collines rocheuses. Arbre succulent massif (jusqu’à 12 m) au tronc épais et au houppier en forme de candélabre ; tiges quadrangulaires épineuses à segments rétractés. Arbre majestueux dominant les paysages de la savane sud-africaine (ex. Kruger).
Euphorbia tirucalli Pencil Cactus / Firestick Euphorbe tirucalli / Plante crayon Afrique tropicale et australe, Madagascar ; zones arides, brousse sèche et savanes. Grand arbuste ou arbre (3 à 7 m) à rameaux cylindriques verts et grêles réduits à des cylindres (« crayons ») ; feuilles très caduques ; latex extrêmement corrosif. Très utilisée en Afrique comme haie vive défensive autour des enclos traditionnels.
Euphorbia obesa Baseball Plant Euphorbe obèse / Plante balle de golf Afrique du Sud (Province du Cap-Oriental, Karoo) ; dalles rocheuses et plissements d’ardoise arides. Tige succulente sphérique à sub-cylindrique (15 à 30 cm), sans épines, à 8 côtes plates zébrées de bandes transversales grises, vertes et pourpres. Espèce protégée rare sur le terrain, modèle parfait d’adaptation à la sécheresse du Karoo.
Euphorbia lathyris Caper Spurge / Mole Plant Euphorbe épurge / Euphorbe des jardins Origine Asie centrale/Moyen-Orient, naturalisée en Europe et Afrique du Nord ; friches, jardins, bords de cours d’eau. Plante herbacée bisannuelle (0,5 à 1,5 m) à tige glabre bleuâtre ; feuilles décussées disposées en croix parfaite ; fruits en capsules sphériques à trois loges. Fréquente dans les potagers traditionnels pour ses propriétés répulsives supposées contre les taupes.
Euphorbia helioscopia Sun Spurge Euphorbe réveil-matin Eurasie, Afrique du Nord, cosmopolite ; champs cultivés, friches maraîchères, terrains vagues. Petite herbacée annuelle (10 à 40 cm) ; feuilles obovales vert tendre denticulées ; ombrelle florale à 5 rayons s’orientant face au soleil ; cyathes jaune-vert. Très commune dans les zones cultivées et maraîchères du Souss et d’Europe.
Euphorbia peplus Petty Spurge Euphorbe esule / Euphorbe péplis Eurasie, Bassin méditerranéen, cosmopolite ; jardins, cultures, piétinements urbains. Petite annuelle fragile (10 à 30 cm) ; tiges très ramifiées à feuilles ovales molles ; nectaires des cyathes munis de deux cornes filiformes. Bio-indicateur des sols fertiles et cultivés, présent dans les jardins du monde entier.
Euphorbia damarana Damara Milkbush / Damaraland Euphorbia Euphorbe du Damaraland / Euphorbe des Damara Nord-Ouest de la Namibie (endémique du Damaraland, du Kaokoveld et du bassin de la Côte des Squelettes) ; plaines caillouteuses arides, regs, inselbergs et collines rocheuses désertiques. Arbuste succulent dactyloïde (2 à 3 m de hauteur) formant de vastes dômes arrrondis et denses ; tiges cylindriques dures, récurvées, d’un vert-jaunâtre à doré, dépourvues de vraies feuilles et d’épines ; latex laiteux d’une causticité extrême. Damaraland.en Namibiedressent leurs silhouettes sculpturales 

Note Naturaliste sur le Genre Euphorbia

Le genre Euphorbia, décrit par Carl von Linné en 1758, est le genre type de la famille des Euphorbiacées (Euphorbiaceae). Avec plus de 2 000 espèces valides officiellement recensées, il constitue l’un des trois genres les plus diversifiés et les plus vastes du règne végétal (aux côtés de Carex et Astragalus).

1. Structures Morphologiques Diagnostiques et Convergence Évolutive

  • Le Cyathe (Cyathium) : L’ensemble des représentants du genre Euphorbia partage une structure florale hautement spécialisée et unique appelée cyathe. Il ne s’agit pas d’une fleur unique, mais d’une inflorescence condensée simulant une fleur solitaire : un involucre en coupe bordé de glandes nectarières contient une seule fleur femelle centrale réduite à un pistil pédicellé, entourée de plusieurs fleurs mâles réduites chacune à une unique étamine.

  • Le Latex : Toutes les euphorbes produisent à la moindre blessure un fluide laiteux sous pression, le latex. Riche en esters de phorbol, en diterpènes et en résiniferatoxine, ce latex toxique et caustique assure la protection chimique de la plante contre les attaques d’herbivores, de champignons et de bactéries.

  • Convergence Évolutive Cactiforme : Dans les milieux hyper-arides de l’Ancien Monde (Afrique du Nord, Afrique australe, Madagascar), les euphorbes succulentes (Euphorbia officinarum, E. resinifera, E. ingens) ont développé des tiges charnues, des côtes géométriques et des épines stipalaires, mimant de manière spectaculaire les Cactacées du Nouveau Monde tout en s’en distinguant par la présence de cyathes et de latex laiteux.

2. Importance Écologique et Ethnobotanique au Maghreb

Dans le Sud-Ouest du Maroc (région du Souss-Massa et de l’Anti-Atlas), les euphorbes cactiformes endémiques (Euphorbia officinarum et ses sous-espèces officinarum et echinus, Euphorbia regis-jubae, Euphorbia resinifera) jouent un rôle d’ingénieur végétal majeur :

  • Fixation des Sols et Protection de la Biodiversité : Leurs coussins épineux denses piègent le sable apporté par le vent marin, fixent les dalles calcaires de la côte (comme à Timlalin et Tamri) et créent des micro-habitats ombragés (« plantes nourrices ») indispensables à la germination de nombreuses autres espèces végétales.

  • Filière Apicole de Prestige : Le nectar collecté par l’abeille saharienne sur les fleurs d’Euphorbia officinarum et E. resinifera donne naissance au miel de Daghmous, un produit du terroir d’une valeur gastronomique et thérapeutique exceptionnelle, très recherché pour ses notes poivrées et piquantes en gorge.

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