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Dracaena steudneri – Steudner’s Dragon Tree – Dragonnier de Steudner

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Le candélabre végétal des cratères du Rift, sentinelle majestueuse des hauts plateaux ougandais

Surplombant les eaux sombres et dormantes des maars de Ndali-Kasenda ou émergeant de la lisière de la forêt de Kibale, une silhouette végétale capte immédiatement le regard du naturaliste : le dragonnier de Steudner (Dracaena steudneri / Steudner’s dragon tree / Dragonnier de Steudner). Avec ses troncs élancés se divisant en dômes équilibrés à la manière d’un gigantesque chandelier, cet arbre étrange confère un relief préhistorique aux paysages volcaniques du district de Kabarole. Élément paysager indissociable des rebords escarpés du Rift Albertin en Ouganda, il s’impose comme une monocotylédone arborescente d’une élégance rare, adaptée aux pentes abruptes et aux sols pyroclastiques drainés.

Morphologie : L’architecture en chandelier d’une monocotylédone géante

  • Habitus et dimensions : Arbre pouvant atteindre 8 à 15 mètres de hauteur, caractérisé par un ou plusieurs troncs abyssaux grêles et dénudés, se ramifiant de manière symétrique après chaque épisode de floraison.

  • Feuillage : Denses rosettes terminales composées de larges feuilles ensiformes et coriaces, mesurant de 60 cm à plus d’un mètre de longueur. Le limbe d’un vert sombre luisant présente une nervure centrale très marquée et des marges lisses.

  • Appareil floral : Immenses inflorescences paniculées terminales (jusqu’à 1,5 m de haut), très ramifiées, portant une multitude de petites fleurs blanchâtres à jaune-vert très odorantes, attirant un cortège d’insectes pollinisateurs.

  • Fructification : Baies sphériques abondantes (1 à 1,5 cm de diamètre), passant du vert au jaune-orangé puis au purpurin sombre ou noir à maturité, renfermant de dures graines globuleuses.

Habitat et Écologie : Le pionnier des escarpements volcaniques

  • Aire de répartition : Afrique de l’Est et centrale, s’étendant des montagnes d’Éthiopie jusqu’au Mozambique, avec une présence marquée dans le bassin des Grands Lacs (Ouganda, Rwanda, Burundi, Est de la RDC).

  • Niche écologique : Affectionne les altitudes moyennes et élevées (entre 1 100 et 2 300 m), s’épanouissant dans les clairières, les lisières forestières montagnardes, les vallées humides et surtout sur les crêtes escarpées et les lèvres rocheuses des cratères volcaniques éteints.

  • Rôle écosystémique : Espèce pionnière capable de coloniser des pentes abruptes instables. Ses fruits charnus constituent une ressource alimentaire précieuse pour plusieurs espèces de la faune locale, notamment les grands oiseaux frugivores (touracos, calaos) et les primates arboricoles.

Biologie et Adaptation : La croissance secondaire anormale

À l’instar des autres dragonniers arborescents (Dracaena draco, D. cinnabari), Dracaena steudneri défie la règle générale des monocotylédones (palmiers, herbes, bananiers) qui ne possèdent pas de vrai bois. Grâce à la présence d’un méristème cambial secondaire anormal, le tronc est capable d’un épaississement secondaire au fil des décennies, lui permettant d’édifier des structures hautement ramifiées et de supporter le poids considérable de ses touffes foliaires sommitales.

La reproduction s’effectue par entomophilie lors de la floraison massive, tandis que la dispersion des graines (zoochorie) est assurée par les oiseaux et les mammifères frugivores attirés par les baies sucrées à maturité.

Note naturaliste

Sur le terrain ougandais, Dracaena steudneri se distingue des autres dracaenas forestiers sympatriques (comme Dracaena fragrans ou Dracaena mannii) par sa stature nette d’arbre indépendant, la largeur impressionnante de ses feuilles et son port en dôme ramifié. Sur les crêtes bordant les lacs de cratère de Ndali-Kasenda, ses silhouettes se détachant en contre-jour sur le ciel et les plans d’eau dormante offrent l’un des motifs photogéniques les plus emblématiques de la région de Fort Portal, marquant la transition entre l’agroforesterie villageoise et la forêt ombrophile de Kibale.

Conservation

L’espèce est évaluée en Préoccupation mineure (LC – Least Concern) sur la Liste Rouge de l’UICN. Bien qu’elle ne soit pas immédiatement menacée d’extinction grâce à sa grande capacité d’adaptation aux milieux perturbés et aux lisières, elle subit localement la pression du défrichement agricole et de l’expansion urbaine. Dans le district de Kabarole, sa préservation sur les rebords des cratères participe au maintien de la stabilité des sols pyroclastiques contre l’érosion pluviale et préserve le caractère paysager unique du Rift.

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Dracaena steudneri Steudner’s dragon tree Dragonnier de Steudner Afrique de l’Est et centrale (Ouganda — notamment région de Ndali-Kasenda et Kibale —, Éthiopie, Kenya, RDC, Mozambique). Forêts de montagne, clairières et crêtes volcaniques (1 100 à 2 300 m). Arbre ramifié de 8 à 15 m ; troncs grêles étagés ; denses rosettes terminales de feuilles coriaces vert sombre lancéolées (jusqu’à 1 m) ; immenses inflorescences paniculées blanchâtres à jaunes. Lacs de cratère Route de Kibale Ougandaponctuent  les rebords escarpés des lacs de cratère ougandais. Forêt de Kibale (Ouganda) Observé  dans les jardins du Chimpanzé guest Lodge
Dracaena draco subsp. draco Canary Islands Dragon Tree Dragonnier des Canaries (race type) Macaronésie (Îles Canaries : Ténérife, La Palma, Gran Canaria). Falaises basaltiques, ravins arides et maquis d’altitude moyenne (termófilo). Port parasol dômé massif (10 à 20 m) ; croissance monopodiale très lente puis ramification dichotomique après chaque floraison ; feuilles ensiformes glauques ; résine rouge (« sang-de-dragon »). ✅ Alameda Apodaca à Cadix, en Espagne  observation d’un spécimen impressionnant
Dracaena draco subsp. ajgal Moroccan Dragon Tree Dragonnier du Maroc Maroc (Anti-Atlas occidental, vallée du Bas Draa et monts de l’Achaich). Parois rocheuses verticales, falaises de quartzite et ravins hyperarides. Plus trapu que la forme insulaire (6 à 9 m) ; rosettes foliaires très denses ; feuilles plus courtes, rigides et piquantes ; système racinaire adapté aux fissures rocheuses. Populations relictuelles et menacées agrippées aux falaises inaccessibles de l’Anti-Atlas.
Dracaena draco subsp. caboverdeana Cape Verde Dragon Tree Dragonnier du Cap-Vert Archipel du Cap-Vert (îles de Santo Antão, São Nicolau, Fogo). Escarpements montagneux et zones semi-arides d’altitude. Taille moyenne (4 à 8 m) ; ramification dômée dense ; limbe foliaire plus étroit vert foncé mat à nuances jaunâtres à la base. Individus résiduels cramponnés aux crêtes et escarpements volcaniques cap-verdiens.
Dracaena cinnabari Socotra Dragon Tree Dragonnier de Socotra Île de Socotra (Yémen). Plateaux rocheux de calcaire et montagnes granitiques du Haggier (300 à 1 500 m). Silhouette spectaculaire en champignon dôme inversé parfait ; feuilles très rigides et épaisses dirigées vers le haut formant un capteur de brume ; forte production de résine « cinnabre ». Peuplements denses formant des forêts claires uniques sur les hauts plateaux désertiques de Socotra.
Dracaena ombet Nubian Dragon Tree Dragonnier de Nubie Afrique du Nord-Est (Égypte du Sud-Est, Soudan, Érythrée, Éthiopie, Somalie). Montagnes arides de la mer Rouge et crêtes désertiques. Arbre moyen (4 à 8 m) ; troncs multiples rabougris ; feuilles très étroites et canaliculées, coriaces et pointues, adaptées aux extrêmes sécheresses. Spécimens isolés et très menacés survivant sur les sommets rocailleux bordant la mer Rouge.
Dracaena tamaranae Gran Canaria Dragon Tree Dragonnier de Grande Canarie Île de Gran Canaria (Sud et Sud-Ouest de l’île). Falaises, ravins et parois rocheuses xérophiles. Proche de D. draco mais plus petit (6 à 10 m) ; feuilles nettement canaliculées, rigides, jaunâtres à la base et pourvues de marges rougeâtres vives. Rares sujets sauvages accrochés aux falaises verticales basaltiques de Gran Canaria.
Dracaena fragrans Cornstalk Dracaena Dragonnier odorant Afrique subsaharienne (du Sénégal au Cameroun, jusqu’en Ouganda et Tanzanie). Sous-bois des forêts tropicales humides de plaine et de montagne. Arbuste ou petit arbre (2 à 6 m) ; tiges souples peu ramifiées ; larges feuilles rubanées arquées (jusqu’à 1 m sur 10 cm), vert brillant ; fleurs blanches très odorantes la nuit. Sujets spontanés observés dans la strate arbustive des forêts humides équatoriales.
Dracaena reflexa var. reflexa Song of India Dragonnier réfléchi Îles de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, Réunion, Seychelles). Forêts littorales, fourrés xérophiles et ravins rocheux. Arbuste ou petit arbre (3 à 6 m) très ramifié ; feuilles lancées reflexisées (courbées vers le bas), vert foncé à jaune-vert, serrées le long des rameaux. Abondant dans les maquis côtiers et ravins rocheux des Mascareignes et de Madagascar.
Dracaena reflexa var. angustifolia (syn. D. marginata) Red-edged Dracaena Dragonnier à bord rouge / Dragonnier de Madagascar Madagascar. Forêts sèches et maquis littoraux côtiers. Tiges minces et flexueuses érigées ; feuilles très étroites, linéaires et effilées (30 à 40 cm), vert sombre bordées d’une marge rouge-pourpre marquée. Peuplades buissonnantes caractéristiques des formations végétales côtières malgaches.
Dracaena cambodiana Cambodian Dragon Tree Dragonnier du Cambodge Indochine (Cambodge, Laos, Viêt Nam, Thaïlande, Chine/Hainan). Afleurements karstiques, falaises calcaires et forêts sèches d’altitude. Arbre trapu (3 à 8 m) à base enflée (caudiciforme) ; feuilles denses étalées vert brillant ; fleurs blanchâtres à jaunâtres en grappes denses. Sujets accrochés aux inselbergs calcaires et reliefs karstiques d’Asie du Sud-Est.
Dracaena trifasciata Snake Plant / Mother-in-law’s Tongue Sansevière à trois bandes / Langue de belle-mère Afrique de l’Ouest (du Nigeria au Congo). Sous-bois d’Afrique tropicale, zones ombragées et savanes sèches. Plante acaule rhizomateuse succulente ; rosettes de feuilles érectiles rigides, lancéolées, marbrées de bandes transversales vert clair et vert foncé. Colonise les sols drainés et sous-bois ombragés du golfe de Guinée.
Dracaena mannii Mann’s Dragon Tree Dragonnier de Mann Afrique de l’Ouest et centrale (du Sénégal à la RDC et l’Ouganda). Forêts-galeries, marécages et zones fluviales récurrentes. Petit arbre élancé (5 à 12 m) ; troncs grêles souvent courbés ; feuilles souples tombantes ; inflorescences terminales pendantes blanches très parfumées. Observé le long des cours d’eau et des bordures palustres en forêt tropicale africaine.
Dracaena surculosa Gold Dust Dracaena Dragonnier tacheté Afrique de l’Ouest (Ghana, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun). Sous-bois humides et ravins ombreux des forêts tropicales. Arbuste nain cespiteux (1 à 2 m) aux tiges bambusiformes minces ; feuilles elliptiques à paires opposées ou verticillées, vert sombre mouchetées de taches jaunes ou blanches. Évolue dans la strate herbacée et sous-arbustive très ombragée des forêts guinéennes.

Note naturaliste

Le genre Dracaena (famille des Asparagaceae, sous-famille des Nolinoideae) rassemble environ 120 espèces d’arbres, d’arbustes et de plantes rhizomateuses réparties à travers les régions tropicales et subtropicales de l’Ancien Monde. Les révisions phylogénétiques moléculaires récentes ont profondément remanié le taxon en y englobant le genre Sansevieria, réintégrant ainsi les espèces succulentes acaules au sein du clade des dracaenas.

D’un point de vue morphologique et évolutif, les formes arborescentes du genre (les « dragonniers » au sens strict) présentent une adaptation remarquable pour des monocotylédones : la présence d’un méristème secondaire anormale permet un épaississement secondaire du tronc et l’édification de structures ligneuses ramifiées complexes. Deux grands morphotypes écologiques se distinguent au sein du genre :

  1. Les formes xérophiles insulaires ou rupicoles (D. draco, D. cinnabari, D. ombet) : caractérisées par un habitus en dôme ou en champignon inversé, des feuilles hyper-coriaces captant l’humidité atmosphérique des brouillards et la sécrétion d’une résine rouge riche en polyphénols (le « sang-de-dragon »).

  2. Les formes tropicales forestières et montagnardes (D. steudneri, D. fragrans, D. mannii) : développant un port plus élancé et souple. En Afrique de l’Est, Dracaena steudneri s’impose comme une espèce pionnière clé du Rift Albertin : ses rosettes foliaires sommitales retenues par de hauts troncs nuqueux en font un élément paysager indissociable des rebords de maars et des escarpements volcaniques bordant Kibale.

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