Passer au contenu principal

voyageavecnous.com

TRAVEL YOURSELF Autour du Monde

Suivez-nous partout où nous allons !

autourdumonde2023@gmail.com

Afzeliada hyalina – Hyaline-winged Cicada – Cigale hyaline afrotropicale

1
804365609_122313939350220392_334863643041977266_n

La voix stridulante et invisible de la canopée du Rift Albertin

Parcourir les sentiers ombragés de la forêt de Budongo en Ouganda plonge l’observateur dans un environnement sonore saturé par les stridulations incessantes des insectes de la canopée. Parmi ces musiciens invisibles qui peuplent le plafond forestier, la cigale hyaline afrotropicale (Afzeliada hyalina / Hyaline-winged Cicada / Cigale hyaline afrotropicale) occupe une place de choix. Ce membre de la tribu des Platypleurini incarne la perfection du mimétisme cryptique au sein des écosystèmes forestiers du bassin du Congo et du Rift Albertin.

L’examen attentif d’un spécimen posé un instant sur la main offre une occasion rare de contempler de près la délicatesse de ses structures alaires. Alors que son chant métallique résonne à des dizaines de mètres de hauteur, l’insecte au repos révèle un agencement fascinant de pigments vert olive et de membranes vitrées, témoignant d’une adaptation poussée à la vie dans les hauts fûts et la canopée tropicale.

Morphologie : L’art du camouflage et de la transparence

  • Structure céphalique et thoracique : corps trapu aux yeux globuleux très espacés ; pronotum arborant une teinte vert olive à pistache brillante, flanqué de lobes paranotaux étalés caractéristiques de la tribu des Platypleurini.

  • Membrane alaire hyaline : ailes antérieures (tégmina) d’une grande transparence vitreuse, contrastant avec d’autres genres proches aux ailes totalement opaques.

  • Infuscations nodales : présence de taches sombres (macules brunes à noires) disposées avec précision sur les intersections des nervures transversales (nodus) et le long de la marge apicale.

  • Pilosité et face ventrale : face inférieure garnie de fins poils argentés et munie d’opércules développés masquant les cavités cymbaliques chez le mâle.

Habitat et Écologie : La discrète résidente des forêts équatoriales

  • Aire de répartition afrotropicale : présente dans les massifs forestiers ombrophiles et semi-décidus d’Afrique centrale et orientale (République démocratique du Congo, Gabon, Ouganda).

  • Écologie de canopée : fréquente la strate supérieure de la forêt, se tenant verticale et immobile le long des troncs, des branches charpentières et des lianes.

  • Mimétisme cryptique : sa coloration vert et brun couplée à la transparence partielle de ses ailes brise sa silhouette, la rendant pratiquement indétectable sur les écorces couvertes de mousses et de lichens.

Cymbalisation et Acousticité : Le concert assourdissant des heures chaudes

  • Appareil sonorifique spécialisé : les mâles possèdent des cymbales membraneuses actionnées par des muscles à contraction rapide situés dans l’abdomen.

  • Signal acoustique puissant : émet une stridulation continue, aiguë et stridente, amplifiée par les sacs aériens abdominaux servant de caisse de résonance.

  • Comportement d’appel : les chœurs s’activent principalement durant les heures les plus chaudes de la journée, attirant les femelles à travers le feuillage dense.

Cycle de vie et Métamorphose : Du sol obscur à la lumière des grands arbres

Le cycle de vie d’aussi discrètes cigales forestières s’enracine dans le sol. Après la ponte effectuée par la femelle dans les fentes d’écorce ou les petites tiges ligneuses, les jeunes larves éclosent et se laissent tomber à terre. Elles s’enfoncent aussitôt dans l’humus pour mener une longue existence souterraine, se nourrissant de la sève élaborée prélevée sur les racines des grands arbres au moyen de leur rostre piqueur-suceur. Au terme de ce développement larvaire qui peut s’étendre sur plusieurs années, la larve de dernier stade gagne la surface à la faveur des nuits humides. Elle grimpe le long des fûts pour accomplir sa mue imaginale : l’exuvie s’ouvre dorsalement pour libérer l’adulte aux ailes encore froissées, qui s’endurcissent rapidement avant son premier envol vers la canopée.

Note naturaliste

Sur le terrain, la rencontre directe avec Afzeliada hyalina relève souvent du hasard, lorsqu’un individu descend de la canopée ou se pose brièvement sur un observateur. La combinaison de son collier pronotal vert pistache et de ses ailes transparentes maculées de noir permet de la distinguer aisément des espèces du genre voisin Platypleura, aux tégmina sombres et marbrés. En dépit de sa présence auditive omniprésente dans la forêt de Budongo, son camouflage parfait en fait l’un des fantômes les plus insaisissables du sous-bois.

Conservation : Statut et dynamique des populations forestières

Afzeliada hyalina ne fait pas l’objet d’une évaluation spécifique sur la Liste rouge de l’UICN (statut Non Évalué / Not Evaluated). L’espèce demeure bien implantée dans les grands massifs forestiers préservés du Rift Albertin. Néanmoins, en tant qu’insecte dépendant des essences forestières matures pour sa nutrition larvaire et ses sites de chant, elle subit de plein fouet la fragmentation des forêts et la coupe sélective des grands arbres émergents.

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Afzeliada afzelii (Stål, 1854) Afzelius’s Platypleurine Cicada Cigale d’Afzelius Afrique de l’Ouest (Sierra Leone, Guinée, Côte d’Ivoire, Liberia) ; forêts tropicales humides guinéennes de basse altitude et galeries forestières. Pronotum et mesonotum de couleur brun olive à terre de Sienne avec des marbrures noires. Expansion latérale du pronotum (lobes paranotaux) très développée, typique de la tribu des Platypleurini. Tegmina (ailes antérieures) opaques, entièrement mouchettées de brun bistre et de verdâtre, dissimulant les cymbalochorions membranaires. Émergence synchrone au début de la saison des pluies. Les mâles cymbalisent en haut du houppier des grands arbres forestiers, émettant une stridulation stridente et continue durant les heures les plus chaudes de la journée.
Afzeliada bernardii Boulard, 1973 Bernard’s Cicada Cigale de Bernard Afrique centrale (Gabon, République du Congo, Cameroun) ; forêts denses humides équatoriales du bassin du Congo. Stature moyenne (longueur du corps env. 28–34 mm). Lobes paranotaux nettement dilatés et anguleux. Coloration dorsale sombre, dominée par le brun foncé et le noir avec de fins dessins rougeâtres sur le scutum. Membranalia des tegmina à cellules apicales fortement enfumées de noirâtre. Espèce mimétique se tenant verticale et immobile sur les écorces recouvertes de mousses et de lichens, rendant le repérage visuel quasi impossible sans la localisation auditive du chant.
Afzeliada calypso Boulard, 1973 Calypso Cicada Cigale Calypso Afrique centrale et occidentale (Cameroun, République centrafricaine, Gabon) ; lisières forestières et forêts secondaires. Espèce caractérisée par la présence de taches hyalines (translucides) bien delimitées au niveau de la membrane subapicale des tegmina, contrastant avec le reste du limbe alaire fortement varié de vert et de brun moka. Produit des cymbalisations diurnes d’une grande intensité sonore, souvent en chœurs locaux groupés sur quelques troncs hôtes.
Afzeliada circumscripta (Jacobi, 1910) Circumscribed Cicada Cigale circonscrite Afrique orientale et australe (Tanzanie, Malawi, Mozambique) ; forêts claires, formations xérophytiques et savanes boisées à Miombo (Brachystegia spp.). Bords latéraux du pronotum soulignés d’une marge jaunâtre à ocre très nette (« circonscrite »). Ailes antérieures mouchetées de brun avec des ponctuations sombres marquant les bifurcations des veines alaires principales. Associée aux formations arborescentes de la zone zambézienne. Observation fréquente posée sur les branches moyennes d’arbres de la famille des Fabaceae.
Afzeliada ericalis Boulard, 1985 Montane Heather Cicada Cigale des bruyères Afrique de l’Ouest (massifs d’altitude du Fouta-Djalon en Guinée, monts Nimba) ; maquis subalpins et formations arbustives à Ericaceae. Morphologie plus compacte que chez les espèces de plaine. Pilosité dorée à argentée très dense sur la face ventrale et le thorax. Motifs alaires très sombres, réduisant les plages claires à de rares ponctuations. Adaptée aux milieux d’altitude plus frais et humides. Active principalement lors des percées d’ensoleillement sur la végétation basse et les arbustes.
Afzeliada hyalina Boulard, 1973 Hyaline-winged Cicada Cigale hyaline Afrique centrale (République démocratique du Congo, Gabon) ; massifs forestiers ombrophiles interfluviaux. Diffère du reste du genre par une extension remarquable des zones vitreuses (hyalines) sur la moitié distale des tegmina, la pigmentation cryptique restant confinée à la moitié basale et le long des nervures principales. Budongo Forest  (Ouganda) : Observée Vit élevée dans la canopée. Sa transparence alaire partielle accentue son camouflage sur les feuillages et les lianes suspendues.
Afzeliada mikengensis Boulard, 1979 Mikengo Cicada Cigale du Mikengo Afrique centrale (RDC, chaîne des Virunga, région du Kivu) ; forêts de montagne et forêts de brouillard (étage montagnard). Livrée vert moussin et brun brique. Pattes antérieures munies de fémurs puissamment renflés avec des épines sous-apicales proéminentes. Élargissement pro-épiméral court mais très étalé transversalement. Micro-endémique des zones d’altitude des Virunga. Les adultes s’observent sur les troncs moussus à la limite des forêts de bambous et des formations d’altitude.

Note naturaliste

Le genre Afzeliada Boulard, 1973 appartient à la famille des Cicadidae et à la tribu des Platypleurini (sous-famille des Cicadinae). Ce groupe de cigales afrotropicales est remarquable par l’adaptation morphologique de son thorax : la dilatation latérale des marges du pronotum (lobes paranotaux) recouvre partiellement la base des ailes au repos et masque le système cymbalique (cymbalochorions) chez les mâles.

Sur le plan écologique et évolutif, les espèces du genre Afzeliada présentent un fort degré d’homochromie et de mimétisme cryptique (homotypie) lié aux écorces et aux épiphytes des essences forestières africaines. La structure de leurs tegmina, combinant des motifs granuleux sombres et parfois des fenêtres hyalines, brise le contour de l’insecte posé sur les troncs. Le genre illustre une diversification intéressante entre les taxons des forêts humides équatoriales de basse altitude (A. bernardii, A. hyalina) et ceux spécialisés dans les isolats montagnards (A. ericalis, A. mikengensis).

About The Author

1 a réfléchi à «Afzeliada hyalina – Hyaline-winged Cicada – Cigale hyaline afrotropicale»

Laisser un commentaire