Bwabwata – Mudumu, safari entre fleuve, savane et marécages Namibie
Le lendemain, nous quittons Camp Kwando à l’aube pour une journée d’exploration dans le parc national de Mudumu. Créé en 1990, ce territoire de 75 000 hectares s’étire au cœur de la région de la Zambezi, anciennement Caprivi Strip. Ici, la Namibie se resserre en un long couloir de terre entre l’Angola, le Botswana et la Zambie, un espace façonné par les grands fleuves africains — Okavango, Kwando, Linyanti et Zambezi — qui sculptent une mosaïque d’habitats et une biodiversité exceptionnelle.
La piste sablonneuse se resserre, les arbres s’écartent, et apparaît la petite bâtisse du Ngenda Gate, l’entrée officielle du parc. Nous réglons les droits d’accès — 760 NAD pour nous quatre et le véhicule — puis un garde nous remet une carte photocopiée en noir et blanc, où seules quelques zones sont indiquées comme praticables. Le reste du parc demeure inaccessible en cette saison, certaines pistes étant encore noyées ou trop profondes.
À peine la barrière franchie, la magie opère. Sur les branches sèches, immobiles comme des sentinelles colorées, se perchent les premiers Rolliers à longs brins — Coracias caudatus caudatus. Leur poitrine lilas tirant vers le rose, leur ventre turquoise éclatant et leurs longues rectrices bleu foncé tranchent sur le bleu pur du matin. Ils scrutent le sol, prêts à fondre sur un insecte, puis s’élancent dans un vol acrobatique, ailes déployées comme des éventails tropicaux. Mudumu nous accueille dans un festival de couleurs.
Quelques minutes après avoir quitté la zone d’entrée, la piste s’enfonce dans une savane plus dense. Dans un éclat de lumière filtrant entre les mopanes, une femelle babouin chacma (Papio ursinus griseipes)** traverse la route, deux petits solidement agrippés sous son ventre. Leur fourrure encore claire contraste avec le pelage brun‑olive de la mère. Un autre adulte, posté dans les herbes hautes, surveille la scène d’un regard attentif. Le groupe avance lentement, dans un mélange de prudence et de routine, rappelant que Mudumu est avant tout un territoire de familles, de liens sociaux, de vigilance permanente.
Quelques minutes plus tard, alors que la piste serpente entre les mopanes, nous retrouvons le même groupe de babouins chacmas (Papio ursinus griseipes)**, cette fois en hauteur. L’un d’eux grimpe avec une aisance déconcertante le long d’un tronc rugueux, utilisant ses doigts puissants comme des crochets vivants. Un autre s’installe sur une branche maîtresse, le dos droit, la queue tombant comme une corde le long de l’écorce. Dans la lumière du matin, leur silhouette se découpe sur le ciel bleu, mélange de force, de vigilance et de calme apparent.
Ces instants arboricoles révèlent une autre facette du chacma : un animal massif, mais parfaitement adapté à la vie en hauteur, capable de se percher pour surveiller les alentours, échapper à un danger, ou simplement profiter d’un moment de repos. Le groupe progresse lentement d’arbre en arbre, dans une chorégraphie silencieuse où chaque individu semble connaître sa place.
Mudumu n’est pas seulement un territoire de savane : c’est aussi un royaume vertical, où les babouins deviennent des silhouettes de bois et de lumière.
Une dizaine de minutes plus tard, la piste s’ouvre sur une zone plus dense, où les buissons denses et les acacias épineux forment un véritable labyrinthe végétal. C’est là qu’apparaît, presque par magie, un impala mâle immobile entre les branches. Ses cornes lyres se détachent à peine du fouillis de feuilles, et son pelage fauve se confond avec les herbes sèches et les ombres du sous‑bois. Il nous observe sans bouger, oreilles dressées, muscles prêts à bondir, silhouette parfaitement intégrée dans le décor.
Dans la lumière douce du matin, on comprend pourquoi l’impala est l’un des maîtres du camouflage : un animal élégant, nerveux, toujours sur le fil entre prudence et curiosité. Un pas de trop, un craquement de branche, et il disparaîtrait comme une ombre dans la végétation.
Mudumu révèle ici une autre facette de sa faune : celle qui ne se montre qu’à ceux qui savent regarder lentement.
Mudumu est aussi un pays de rivières et de marécages, modelé par les crues saisonnières du Kwando, qui devient plus au nord le Linyanti, puis le Chobe, avant de rejoindre le Zambèze. Cette dynamique fluviale entretient une mosaïque d’écosystèmes : forêts de mopanes et de terminalias, savanes ponctuées d’acacias, zones marécageuses, plaines d’inondation tapissées de roseaux et de papyrus. Ces habitats accueillent une faune spectaculaire : vastes troupeaux d’éléphants, buffles, zèbres, impalas, sitatungas, cobes des roseaux, phacochères et antilopes roannes. Dans les méandres du fleuve, les hippopotames soufflent dans la brume tandis que les crocodiles somnolent sur les bancs de sable.
C’est justement en longeant l’un de ces bras tranquilles du Kwando que nous les apercevons : deux masses sombres, presque immobiles, glissant sous la surface comme des ombres vivantes. Seuls émergent leurs yeux et leurs oreilles, qui dépassent de l’eau bleue comme de petites balises attentives. Le fleuve respire avec eux. Par moments, un souffle puissant brise le silence, un nuage d’eau s’élève, puis tout redevient calme. Dans cette lumière douce, les hippopotames d’Afrique Australe s semblent faire corps avec le paysage, gardiens silencieux des marécages.
Dans ces prairies détrempées, une silhouette se détache soudain des herbes hautes : un Cobe des roseaux — Kobus leche leche, immobile, presque sculptural. Son pelage fauve capte la lumière, ses cornes en lyre se courbent vers l’arrière, et son arrière‑train légèrement relevé trahit l’adaptation parfaite aux terrains inondés. À quelques mètres, un second individu apparaît, puis disparaît dans un frémissement d’herbes dorées. Lechwes et zones humides sont indissociables : ils vivent au rythme des crues, se réfugient dans les plaines inondables, et n’échappent aux prédateurs qu’en bondissant dans l’eau, où leurs sabots allongés leur offrent une étonnante aisance. Leur présence silencieuse raconte l’équilibre fragile de Mudumu, où chaque espèce dépend de la pulsation du Kwando.
À la lisière des zones humides, lorsque les prairies détrempées cèdent la place aux bosquets de mopanes, surgissent les silhouettes nerveuses de l’Impala — Aepyceros melampus melampus. Toujours en groupe, toujours en alerte, ils avancent par vagues silencieuses, oreilles dressées, muscles prêts à bondir. Leur pelage fauve se fond dans les herbes blondes, et les mâles, avec leurs cornes lyres parfaitement symétriques, surveillent la troupe d’un regard vif. L’impala est l’antilope de l’équilibre : assez rapide pour échapper aux prédateurs, assez agile pour bondir dans les fourrés, assez sociale pour détecter le danger avant qu’il n’approche. Dans les clairières de Mudumu, leur présence est un signe de vitalité : là où les impalas prospèrent, les écosystèmes fonctionnent.
Dans les hautes herbes qui bordent les forêts riveraines du Kwando, les Éléphants d’Afrique australe — Loxodonta africana africana apparaissent d’abord comme des ombres massives, silencieuses, presque irréelles. Puis un mouvement, un souffle, un craquement de branche, et la savane s’ouvre : un mâle avance lentement, oreilles déployées, trompe effleurant les herbes blondes. Derrière lui, d’autres silhouettes émergent, partiellement dissimulées par la végétation dense. À Mudumu, les éléphants ne se déplacent jamais vraiment seuls : même les solitaires restent liés aux grandes routes ancestrales qui suivent les crues du Kwando, du Linyanti et du Chobe.
Leur peau grise porte les traces de la poussière et des bains de boue, leurs défenses brillent sous la lumière du matin, et chaque pas imprime dans le sol une histoire vieille de milliers d’années. Ici, ils façonnent le paysage : ils ouvrent des clairières, sculptent les couloirs de végétation, créent des points d’eau en creusant les berges. Leur présence est une force écologique, un moteur silencieux qui maintient l’équilibre des plaines boisées de Mudumu.
Les communautés Subiya, Mbukushu, Yeyi et Mafwe vivent depuis des générations le long du Kwando. Leurs villages de terre et de chaume ponctuent discrètement le paysage. Ici, la conservation et la vie humaine avancent ensemble : Mudumu fait partie d’un programme pionnier de gestion communautaire de la faune, où les habitants participent à la protection du parc et bénéficient des revenus du tourisme.
Le parc repose sur des sédiments alluviaux récents, déposés par les anciens mouvements du Zambèze. Ces sols riches mais instables expliquent la diversité végétale et la présence de nombreuses termitières géantes, véritables cathédrales de terre abritant des micro‑écosystèmes complexes.
La piste principale longe le fleuve Kwando avant de s’enfoncer dans les plaines boisées. La chaleur monte, les mirages dansent au-dessus du sable, et soudain surgit la silhouette d’un éléphant solitaire, avançant lentement dans un nuage de poussière. Plus loin, une troupe de babouins crie dans les branches d’un acacia, tandis qu’un groupe de girafes traverse la route d’un pas léger.
En milieu de journée, nous faisons halte à l’ombre d’un mopane géant pour un pique‑nique, bercés par le chant monotone des tourterelles. Puis la piste reprend vers le nord, serpentant entre les termitières et les clairières humides où s’épanouissent nymphéas et massettes.
Lorsque le soleil décline, nous atteignons Rupara Camp, notre refuge pour la nuit. Niché à la lisière du parc, au bord d’un bras du Kwando, ce campement discret s’intègre harmonieusement dans la nature. C’est l’endroit idéal pour revivre, autour du feu, les émotions de la journée — les odeurs de terre chaude, les cris des calaos, les silhouettes lointaines des buffles.
Informations pratiques
Entrée via le poste du ministère de l’Environnement : 200 N$ par personne 100 N$ pour les enfants et 60 N$ par véhicule. Accès réservé aux véhicules 4×4, indispensables pour franchir les zones sablonneuses ou boueuses.
Mudumu est un joyau encore méconnu, une Afrique authentique et vibrante, où la nature, la mémoire et l’homme cohabitent en un fragile équilibre. Traverser ces terres, c’est comprendre que le mot « safari » signifie avant tout voyage — celui du regard, de la lenteur et de l’émerveillement.
FAUNE ET FLORE
Rolliers à longs brins — Coracias caudatus caudatus.
babouin chacma (Papio ursinus griseipes)
hippopotames d’Afrique Australe
Cobe des roseaux — Kobus leche leche
Impala — Aepyceros melampus melampus.
Éléphants d’Afrique australe — Loxodonta africana africana
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Road-Trip entre Rundu et Kasane dans la Bande de Caprivi : Le Guide Pratique (Alimentation, Carburant, Banques)
Traverser la bande de Caprivi, aujourd’hui appelée Zambezi Region, pour relier Rundu en Namibie à Kasane au Botswana constitue l’une des plus belles aventures d’Afrique australe. Sur cet itinéraire d’environ 600 kilomètres, les paysages sauvages défilent tandis que les infrastructures s’amenuisent. Pour rouler l’esprit tranquille, une seule règle d’or s’impose : l’anticipation. Voici le point complet et actualisé pour vous ravitailler efficacement en nourriture, en carburant et en espèces.
Magasins & Alimentation : Où faire ses courses ?
Les possibilités de ravitaillement deviennent progressivement plus limitées à mesure que l’on s’enfonce dans le Zambezi. Il est donc préférable de prévoir les gros caddies dans les hubs principaux de l’itinéraire.
À Rundu, vous trouverez les supermarchés les plus complets de tout le parcours. C’est l’endroit incontournable pour faire le plein initial de votre frigo ou de votre glacière. Des enseignes modernes comme Shoprite, Pick n Pay ou Spar Rundu proposent un choix comparable à celui d’une petite ville européenne. C’est ici qu’il faut acheter la viande de qualité, les légumes frais, le pain, les conserves, les produits laitiers et les boissons pour tenir plusieurs jours.
Environ 200 kilomètres plus loin, Divundu s’est considérablement modernisée et permet aujourd’hui un excellent réapprovisionnement intermédiaire. Le récent Karatja Mall abrite un grand supermarché Choppies, ouvert tous les jours de 08h00 à 20h00, très bien achalandé pour le frais. À l’intersection des routes B8 et C48, le Shoprite Mini Divundu offre une autre option moderne pour le pain, les fruits, les légumes et les indispensables du barbecue. Pour les voyageurs se déplaçant à plusieurs, le Metro Cash & Carry situé en ville s’avère parfait pour les achats en gros volumes, tandis que le Hombe Supermarket, une supérette locale ouverte 24h/24 sur la Main Road, reste idéale pour un dépannage tardif ou de la petite restauration à emporter.
En continuant vers Kongola, les commerces deviennent beaucoup plus modestes et il faut oublier les grands étals de produits frais. On y trouve principalement de petites épiceries locales vendant les produits de base comme des boissons, des conserves, des snacks et du pain. Le Metro de Kongola propose quant à lui des produits vendus en lots plus importants ainsi que quelques surgelés et un rayon alcools, mais son offre en produits frais y reste très restreinte.
À 110 kilomètres de là, Katima Mulilo constitue la dernière vraie ville namibienne avant le passage de la frontière avec le Botswana. Les grandes enseignes comme Shoprite et Pick n Pay Katima Mulilo y sont bien fournies. C’est le moment idéal pour cuisiner ou liquider vos derniers dollars namibiens dans du consommable non périssable.
Une fois la frontière franchie à Kazungula, Kasane accueille les voyageurs avec d’excellentes infrastructures tournées vers le tourisme et le Chobe National Park. Un grand Spar Kasane ainsi qu’un Choppies y sont disponibles, s’avérant parfaits pour se réapprovisionner avant de partir en safari.
L’idéal sur ce trajet reste donc de faire un gros approvisionnement à Rundu, de compléter le frais à Divundu chez Choppies ou Shoprite, et d’ajuster vos stocks à Katima Mulilo avant de basculer au Botswana.
Carburant : Gérer ses pleins
Si les stations-services sont globalement fiables sur l’axe principal B8, elles restent espacées d’environ 200 kilomètres. Avec un véhicule chargé ou une tente de toit qui augmente la consommation, la règle appliquée par beaucoup de voyageurs est simple : ne descendez jamais sous la moitié du réservoir pour éviter tout stress lié à une fermeture ou une rupture temporaire.
Avant de quitter Rundu, il est fortement conseillé de faire un plein complet. La ville dispose de plusieurs stations importantes le long de la route B8, notamment sous les enseignes Shell, Engen ou Total. C’est aussi l’endroit idéal pour vérifier la pression des pneus et le niveau d’eau.
À Divundu, environ 200 kilomètres après Rundu, on trouve deux stations fiables, Total et Shell, idéalement placées juste avant l’arrivée au village et aux commerces. C’est un arrêt pratique et stratégique si vous visitez le Bwabwata National Park ou la zone de Mahango.
En continuant vers l’est, vous atteignez Kongola. Bien que la localité soit petite, elle constitue un point hautement stratégique dans la bande de Caprivi. Sa station-service s’avère essentielle pour les voyageurs qui se dirigent vers la Kwando River et les lodges environnants comme Camp Kwando.
À environ 110 kilomètres plus à l’est, la ville de Katima Mulilo constitue le dernier grand centre avant le Botswana. Plusieurs stations y sont ouvertes sous les bannières Total, Engen et Puma. C’est le meilleur endroit pour refaire le plein impérativement avant de franchir la frontière.
Après le passage de la frontière près de Kazungula, on trouve rapidement plusieurs stations modernes à Kasane pour ravitailler les 4×4 aux portes du Chobe National Park.
Banques & Retraits : Garder du Cash
Bien que les cartes bancaires soient de plus en plus acceptées dans les grands supermarchés et les stations-services, le réseau peut parfois sauter et l’argent liquide reste indispensable pour les pourboires, les entrées de parcs secondaires, l’artisanat ou les petits villages.
Avant de partir vers l’est, Rundu est clairement le point le plus sûr pour retirer une somme suffisante pour plusieurs jours. On y trouve plusieurs banques avec des agences complètes et des guichets automatiques sécurisés, notamment la First National Bank (FNB) et la Bank Windhoek.
À Divundu, plus besoin de stresser car les points de retrait se sont bien développés. Il existe désormais plusieurs opportunités bancaires pour compléter son cash, notamment au niveau de la station Shell mais aussi à l’intérieur du nouveau supermarché Choppies à l’entrée de la ville.
À Kongola, la situation est en revanche très limitée. Il n’y a pas de banque complète dans la localité. On peut parfois trouver un distributeur d’appoint dans la station-service, mais les pannes de réseau ou les machines vides y sont fréquentes. Mieux vaut donc ne pas compter sur cette étape pour votre argent.
La ville de Katima Mulilo dispose quant à elle de plusieurs établissements financiers majeurs comme Bank Windhoek, Standard Bank et des distributeurs FNB. Les agences sont principalement situées autour de Hage Geingob Street et proposent des automates accessibles en libre-service. C’est le dernier endroit facile pour retirer avant la frontière.
Une fois arrivé à Kasane, de nombreux distributeurs sont à nouveau disponibles dans cette ville touristique, notamment près des supermarchés et des stations-service. Attention toutefois, vous retirerez ici des Pulas du Botswana (BWP).
Le meilleur conseil pour un road-trip réussi dans cette région consiste à retirer une somme importante à Rundu, à compléter éventuellement à Divundu ou Katima Mulilo, et à toujours garder sur soi entre 1000 et 2000 NAD en petites coupures pour parer à toute éventualité.
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