Olea europaea subsp. europaea – Cultivated olive – Olivier cultivé
PHILIPPE V 1 février 1521 3
L’arbre de la civilisation méditerranéenne et l’alchimiste séculaire de l’or vert
Introduction Végétal mythique au cœur de la mémoire culturelle et agronomique du monde méditerranéen, l’Olivier cultivé (Cultivated olive, Olea europaea subsp. europaea) constitue l’un des premiers arbres fruitiers à avoir été domestiqué par l’humanité, il y a près de six mille ans au Proche-Orient. Appartenant à la famille des Oleaceae, cette sous-espèce domestiquée incarne la quintessence du paysage agricole et sauvage de l’Europe méridionale et du bassin adriatique. L’observation sur le terrain de l’Olivier cultivé (Olea europaea subsp. europaea / Cultivated olive) révèle une capacité de régénération extraordinaire et un intérêt scientifique fondamental pour l’étude de la sclérophyllie, de la résistance à la sécheresse et de la longévité végétale. Des vergers séculaires d’Andalousie aux terrasses caillouteuses des Balkans, cet arbre millénaire façonne l’identité visuelle et écologique des coteaux ensoleillés.
Morphologie L’Olivier cultivé est un arbre de taille moyenne au port étalé, atteignant généralement entre cinq et quinze mètres de hauteur. Son tronc, d’abord droit et lisse chez les jeunes sujets, devient extrêmement noueux, tordu et profondément caverneux avec l’âge, développant une écorce gris-noirâtre sillonnée de crevasses complexes. Les feuilles persistantes sont opposées, coriaces, de forme elliptique à lanceolée, d’un vert foncé luisant sur la face supérieure et d’un blanc argenté étincelant sur la face inférieure. La floraison, qui intervient en fin de printemps, se compose de petites fleurs hermaphrodites à quatre pétales crème, regroupées en grappes aissellées odorantes. Le fruit est une drupe ovoïde à ellipsoïde, l’olive, contenant un noyau lignifié très dur enveloppé d’une pulpe charnue riche en lipides, dont la couleur passe du vert tendre au noir violacé à maturité complète.
Habitat et Écologie Largement distribué sur l’ensemble du pourtour méditerranéen ainsi que dans les régions du monde bénéficiant d’un climat méditerranéen (Californie, Afrique du Sud, Australie-Méridionale, Chili), l’Olivier cultivé s’épanouit dans les zones thermophiles ensoleillées. C’est une espèce héliophile et xérophile stricte qui affectionne particulièrement les sols calcaires, caillouteux, légers et bien drainés, redoutant l’asphyxie racinaire causée par les eaux stagnantes. Son système racinaire puissant, composé d’un pivot profond durant sa jeunesse puis d’un réseau latéral très étendu, lui permet d’extraire la moindre goutte d’eau du sol, assurant sa survie face aux étés caniculaires.
Comportement et adaptations Végétal autotrophe optimisant sa photosynthèse sous un éclairement intense, l’Olivier cultivé déploie des adaptations physiologiques exceptionnelles pour résister au stress hydrique. La face inférieure de ses feuilles est recouverte d’un derme d’écailles peltées microscopiques qui réfléchissent les rayons du soleil, limitent l’échauffement foliaire et piègent l’humidité ambiante au niveau des stomates. La plante accumule dans ses tissus de fortes concentrations de composés phénoliques et d’oléropéine, un hétéroside amère qui repousse la plupart des herbivores phytophages. Grâce à des mycorhizes arbusculaires associées à ses racines, l’arbre extrait efficacement le phosphore et les minéraux essentiels dans des sols extrêmement pauvres.
Reproduction La reproduction de l’Olivier cultivé s’appuie sur une pollinisation anémophile : le vent transporte d’immenses quantités de pollen léger à travers les vergers à la fin du printemps. La plupart des cultivars présentent un certain degré d’auto-incompatibilité, rendant la présence d’autres variétés fertiles indispensable pour maximiser la fructification. Après la fécondation, la drupe se développe durant tout l’été et mûrit entre l’automne et le début de l’hiver. La dispersion naturelle des graines repose sur l’endozoochorie, assurée par les oiseaux frugivores qui consomment la pulpe et rejettent le noyau intact dans leurs déjections. En horticulture et dans la nature, la pérennité de l’individu est également assurée par la reproduction végétative grâce aux rejets vigoureux émis par le souquet, une loupe de bois basale capable de reformer un arbre complet après un gel sévère ou un incendie.
Note naturaliste Sur le terrain, la sous-espèce Olea europaea subsp. europaea se distingue de l’oléastre sauvage (Olea europaea subsp. sylvestris) par ses rameaux souples dépourvus d’épines à la base, ses feuilles plus longues et ses fruits nettement plus volumineux et charnus. Pour le naturaliste, un vieux pied d’olivier constitue un écosystème à part entière : son écorce craquelée héberge une riche communauté de lichens crustacés, tandis que les cavités du tronc offrent un gîte précieux à la faune cavernicole, aux reptiles saxicoles et aux insectes saproxyliques comme le Grand Capricorne.
Conservation L’Olivier cultivé (Olea europaea subsp. europaea) est classé dans la catégorie Préoccupation Mineure (LC – Least Concern) sur la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en raison de sa très vaste culture et de son abondance globale. L’espèce ne présente aucun risque d’extinction. Néanmoins, les spécimens millénaires et les olivettes traditionnelles en terrasses font face à des menaces sérieuses liées à la pression foncière, à l’abandon des pratiques agricoles ancestrales et à des risques sanitaires majeurs, au premier rang desquels figure la bactérie tueuse Xylella fastidiosa.
| Nom scientifique | Nom GB | Nom FR | Répartition / Habitat avec zones géographiques précises | Traits morphologiques détaillés | Observation terrain |
|---|---|---|---|---|---|
| Olea europaea subsp. europaea | Cultivated olive | Olivier cultivé / Olivier d’Europe | Bassin méditerranéen (Europe du Sud, Afrique du Nord, Proche-Orient). Vergers, collines ensoleillées, sols calcaires très drainés. | Arbre (5 à 15 m) au tronc tortueux et noueux. Feuilles opposées coriaces, lanceolées, vert sombre dessus, argentées dessous. Drupe ovoïde charnue (olive) riche en huile. | ✅ Stari Bar, au Monténégro, – Sélectionné depuis l’Antiquité pour ses fruits. Capable d’une longévité millénaire par rejet continu du souquet. |
| Olea europaea subsp. sylvestris | Wild olive / Oleaster | Oléastre / Olivier sauvage | Littoral et îles du bassin méditerranéen. Garrigues, maquis, rochers littoraux et forêts thermophiles. | Arbuste buissonnant et épineux à la base (1 à 5 m). Rameaux quadrangulaires à pousses courtes. Feuilles plus courtes et ovales. Drupes très petites à noyau volumineux et peu de pulpe. | Forme sauvage ancêtre de l’olivier cultivé. Très résistant aux embruns salés et aux sécheresses extrêmes. |
| Olea europaea subsp. cuspidata | African olive / Brown olive | Olivier d’Afrique / Olivier brun | De l’Afrique australe et orientale jusqu’à la péninsule Arabique, le sous-continent indien et le Sud-Ouest de la Chine. Savanes, pentes rocheuses montagnardes. | Arbre moyen (5 à 15 m) non épineux. Dessous des feuilles couvert d’écailles squamiformes brun-doré à cuivrées très caractéristiques. Petites drupes globuleuses noirâtres. | Très reconnaissable sur le terrain par le revers cuivré étincelant de son feuillage au soleil. |
| Olea europaea subsp. laperrinei | Laperrine’s olive | Olivier de Laperrine | Relique des massifs montagneux du Sahara central (Hoggar, Tassili n’Ajjer en Algérie, Aïr au Niger, Tibesti au Tchad) entre 1 400 et 2 800 m. | Arbre trapu ou arbuste (2 à 8 m). Feuilles très étroites, linéaires-lanceolées, bleutées. Système racinaire exceptionnellement développé. Drupes minuscules. | Végétal relictuel de la période du Sahara vert. Survivant en micro-habitats rocheux grâce à l’humidité des sommets. |
| Olea europaea subsp. guanchica | Canary wild olive | Oléastre des Canaries / Acebuche | Endémique de l’archipel des Canaries (Tenerife, Gran Canaria, La Palma, Gomera, El Hierro). Étage thermo-canarien, maquis de transition. | Arbuste ou petit arbre (3 à 8 m). Feuilles étroites et allongées vert-grisâtre. Rameaux souples sans épines marquées. Petites drupes noires à maturité. | Élément clé des forêts thermophiles canariennes (bosque termófilo) en association avec le palmier des Canaries. |
| Olea europaea subsp. maroccana | Moroccan olive | Olivier du Maroc | Endémique du Sud-Ouest du Maroc (région du Souss, Haut Atlas et Anti-Atlas) entre 500 et 1 700 m d’altitude. | Arbre moyen (6 à 12 m). Feuilles oblongues-lanceolées vert foncé. Inflorescences très denses. Drupes légèrement plus allongées que chez cuspidata. | Sous-espèce hexaploïde rare formant des îlots forestiers relictuels sur les versants arides de l’Atlas. |
| Olea europaea subsp. cerasiformis | Madeira olive | Olivier de Madère | Endémique de l’archipel de Madère et des îles Desertas. Falaises littorales et maquis rocayeux. | Arbuste étalé à petit arbre (2 à 6 m). Feuilles coriaces elliptiques. Drupes globuleuses évoquant une petite cerise (d’où le nom d’espèce). | Très rare à l’état sauvage, confiné aux escarpements rocheux basaltiques insulaires inaccessible aux herbivores. |
| Olea capensis subsp. capensis | Small ironwood | Olivier du Cap / Bois de fer du Cap | Afrique du Sud (province du Cap-Occidental et Cap-Oriental). Maquis côtiers du Fynbos et forêts littorales. | Arbuste buissonnant ou petit arbre (1 à 6 m) au bois extrêmement dense. Feuilles petites, épaisses, arrondies ou obovales, vert luisant brillant. | Bois si lourd qu’il coule dans l’eau. Très adapté aux sols sableux pauvres de la côte australe. |
| Olea capensis subsp. enervis | Bushveld ironwood | Olivier du Cap des bushvelds | Afrique australe (Afrique du Sud, Ouganda, Kenya, Zimbabwe). Savanes arborées, koppies rocheux et bushveld. | Arbre moyen (5 à 10 m). Feuilles elliptiques à vaines secondaires indistinctes (d’où le terme enervis). Drupes ellipsoïdes violet foncé. | Abondant sur les inselbergs granitiques et les affleurements rocheux de la savane africaine. |
| Olea capensis subsp. macrocarpa | Forest ironwood | Grand bois de fer / Olivier des forêts | Afrique orientale et australe (du Nigeria et Kenya jusqu’en Afrique du Sud). Forêts tropicales humides de montagne et forêts galeries. | Grand arbre majestueux (jusqu’à 30 à 40 m de hauteur). Tronc droit et lisse. Feuilles grandes, acuminées, ondulées sur les marges. Drupes oblongues massives (2 cm). | Arbre émergent de la canopée des forêts de montagne africaines, produisant un bois d’œuvre de très haute valeur. |
| Olea woodiana | Wood’s olive | Olivier de Wood | Littoral de l’Afrique orientale et australe (Tanzanie, Mozambique, Eswatini, Afrique du Sud). Forêts côtières et escarpements. | Arbre moyen (10 à 15 m) à écorce grise lisse. Feuilles opposées à pétiole court, limbe elliptique à pointe étirée. Drupes ovales noires. | Prospère dans les forêts d’arrière-dune et les ravins humides littoraux du KwaZulu-Natal. |
| Olea dioica | Rose sandalwood / Indian olive | Olivier dioïque des Indes | Inde (Ghats occidentaux), Sri Lanka, Birmanie. Forêts tropicales humides toujours vertes et semi-caducifoliées. | Arbre moyen à grand (15 à 20 m). Espèce dioïque (pieds mâles et femelles séparés). Feuilles à marges légèrement dentées ou ondulées. Drupes violet foncé. | Remarquable parmi les Olea par sa dioécie stricte et ses feuilles parfois serratées. |
| Olea lancea | Mascarene ironwood | Bois d’olive blanc | Endémique des îles Mascareignes (La Réunion, Île Maurice). Forêts semi-sèches et altitudinales. | Arbre (8 à 15 m) à écorce claire. Feuilles très étroites et allongées en fer de lance, vert brillant. Petites drupes ovoïdes purpurines. | Arbre indigène des Mascareignes recherché pour la qualité de son bois imputrescible. |
| Olea paniculata | Native olive / Pigeonberry | Olivier paniculé d’Australie | Est de l’Australie (Queensland, Nouvelle-Galles du Sud), Nouvelle-Guinée, Asie du Sud-Est. Forêts tropicales humides et forêts sclérophylles. | Grand arbre (15 à 30 m) à base souvent contrefortée. Feuilles vert brillant pointues. Inflorescences en larges panicules terminales. Drupes ovales bleu-noir. | Drupes très prisées par la faune aviaire locale (notamment les pigeons frugivores australiens). |
| Olea exasperata | Dune olive | Olivier des dunes | Afrique du Sud (côte du Cap-Occidental et Cap-Oriental). Dunes côtières et maquis littoral du Fynbos. | Arbuste dresse très ramifié (1 à 3 m). Écorce couverte de lenticelles rugueuses et proéminentes (d’où le terme exasperata). Feuilles étroites coriaces. | Fixateur naturel des dunes de sable maritime soumis aux vents salés violents. |
| Olea chimanimani | Chimanimani olive | Olivier de Chimanimani | Endémique des montagnes de Chimanimani (frontière entre le Zimbabwe et le Mozambique). Crêtes de quartzite (1 500 à 2 200 m). | Arbuste trapu ou petit arbre (2 à 5 m). Feuilles petites, coriaces, récurvées sur les bords. Inflorescences très réduites. | Espèce micro-endémique restreinte aux roches quartzitiques pauvres en nutriments. |
| Olea salicifolia | Willow-leaved olive | Olivier à feuilles de saule | Asie du Sud (Nord de l’Inde, Népal, Bhoutan, Birmanie, Sud de la Chine). Valons rocheux et forêts de contreforts himalayens. | Arbuste à petit arbre (4 à 10 m). Rameaux grêles drooping. Feuilles très longues et étroites rappelant le feuillage d’un saule (Salix). | Pousse au bord des torrents de montagne et dans les ravins rocheux de l’Himalaya. |
| Olea brachiata | Malayan olive | Olivier de Malaisie | Asie du Sud-Est (Péninsule malaise, Sumatra, Bornéo). Forêts littorales et forêts de plaine. | Petit arbre ou arbuste (5 à 12 m). Rameaux étalés à angle droit (brachiés). Feuilles elliptiques coriaces. Drupes globuleuses. | Adapté aux forêts tropicales humides côtières du sous-continent malais. |
Note naturaliste :
Le genre Olea L. (famille des Oleaceae, tribu des Oleeae) rassemble environ 40 à 45 espèces et sous-espèces d’arbres et d’arbrissaux distribués à travers l’Ancien Monde (Europe méridionale, Afrique, Asie du Sud et du Sud-Est, Mascareignes et Australasie). Le complexe phylogénétique majeur du genre s’articule autour de l’espèce polytypique Olea europaea, découpée en six sous-espèces géographiques distinctes issues de processus de spéciation allopatrique et d’isolements relictuels durant les glaciations du Quaternaire.
Sur le plan morpho-anatomique, le genre se caractérise par une sclérophyllie marquée (feuilles coriaces persistantes à cuticule épaisse réduisant l’évapotranspiration), la présence de poils trichomes peltés ou squamiformes sur la face inférieure du limbe, et une fructification en drupe monosperme riche en lipides. L’histoire évolutive du genre révèle une grande plasticité génétique (phénomènes de polyploïdie observés chez les sous-espèces africaines et macaronésiennes) et une adaptation remarquable à la xéricité. Les fruits du genre Olea constituent une ressource trophique essentielle pour l’avifaune frugivore (dispersion par endozoochorie), tandis que le système racinaire, doté d’une capacité élevée de réémission de rejets basaux après traumatisme (incendie, gel ou coupe), assure une longévité exceptionnelle aux individus centenaires et millénaires.
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