Serpusia lepesmei Chopard, 1945 – Lepesme’s forest grasshopper – Criquet de Lepesme
Le fantôme camouflé des sous-bois de la Guinée forestière
Au cœur des strates obscures de la réserve de la biosphère de Ziama, là où la lumière du soleil ne pénètre qu’en rares raies dorées, la biodiversité s’exprime dans des détails d’une minutie insoupçonné. Posé sur le tissu sombre d’un sac de terrain ou confondu avec l’écorce humidifiée d’un tronc centenaire, le Criquet de Lepesme (Serpusia lepesmei Chopard, 1945) offre une démonstration magistrale de mimétisme dendrophile. Loin des grands essaims de criquets pèlerins qui balaient les zones ouvertes de savane, ce petit orthoptère des profondeurs forestières incarne l’adaptation parfaite à la vie fixée dans la litière et la sous-canopée ombragée de la Guinée forestière.
Morphologie
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Stature et brachyptérisme : Petit criquet trapu de 2 à 3 cm de longueur, caractérisé par un atrophisme alaire prononcé (brachyptère), où les ailes antérieures ne forment que de courts étuis alaires impropres au vol.
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Patron de coloration axiale : Il arbore une large bande longitudinale noir profond qui traverse le vertex, longe le disque du pronotum et se prolonge le long du dos. Cette bande médiane est soulignée latéralement par deux lignes très nettes de couleur crème ou jaune pâle, brisant visuellement les contours de l’insecte.
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Tégument et reliefs : La cuticule du corps et du pronotum présente une texture granuleuse et verruqueuse, imitant à la perfection les aspérités du bois mort et des écorces recouvertes de lichens.
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Appendices : Antennes filiformes bien développées dépassants largement la tête, et fémurs postérieurs puissants tavelés de marbrures transversales sombres, complétés par des tibias aux nuances roussâtres ou noirâtres.
Habitat et Écologie
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Répartition géographique : Espèce endémique des massifs forestiers d’Afrique de l’Ouest, présente principalement en Guinée forestière (massifs de Ziama et du mont Nimba), en Côte d’Ivoire et au Liberia.
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Micro-habitat : Affectionne les strates inférieures des forêts denses humides sempervirentes, évoluant entre la litière de feuilles mortes au sol, la base des troncs d’arbres, les lianes et les souches en décomposition.
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Exigences écologiques : Espèce strictement ombrophile et hygrophile, dépendante d’un microclimat chaud et saturé en humidité au sous-étage des forêts primaires et secondaires fermées.
Comportement et Stratégie trophique
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Cryptisme et défense : Privé de la capacité de s’envoler pour fuir, Serpusia lepesmei mise tout sur un immobilisme absolu dès qu’une menace approche. Sa livrée sombre et tavelée le rend virtuellement invisible lorsqu’il se plaque contre l’écorce ou le matériel des observateurs.
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Régime alimentaire : Phytophage de sous-bois, il se nourrit discrètement de feuillages bas, de mousses, de lichens encroûtants et de tissus végétaux tendres de la strate herbacée forestière.
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Locomotion : Se déplace lentement en marchant le long des tiges ou effectue de courts sauts brusques grâce à ses fémurs postérieurs lorsqu’il est directement dérangé.
Reproduction
L’accouplement et le développement larvaire se déroulent en synchronie avec le régime des pluies de la Guinée forestière. La femelle pond ses œufs dans la terre meuble et riche en humus du sol forestier ou dans le bois vermoulu, protégés par une oothèque mousseuse. Après l’éclosion, les jeunes nymphes ressemblent déjà aux adultes (développement paurométabole) et accomplissent plusieurs mues successives dans la litière avant d’atteindre la maturité sexuelle sous forme d’imagos brachyptères.
Note naturaliste
Décrit en 1945 par l’entomologiste français Lucien Chopard, Serpusia lepesmei illustre la spéciation poussée des orthoptères brachyptères isolés dans les blocs forestiers guinéens. Sur le terrain, l’absence de grandes ailes et sa bande dorsale noire encadrée de clair permettent de le rattacher immédiatement au genre Serpusia. Cependant, la distinction stricte entre Serpusia lepesmei et son voisin Serpusia catamita requiert un examen minutieux sous loupe binoculaire de la saillie prosternale (située sous le thorax) et de l’anatomie des pièces génitales mâles.
Conservation
Non évalué individuellement par l’UICN (statut Non Évalué – NE), le Criquet de Lepesme demeure tributaire de l’intégrité de son habitat forestier. La déforestation, le brûlis agricole et la fragmentation des sous-bois tropicaux constituent des risques majeurs pour ces populations aptères incapables de recoloniser rapidement de nouveaux espaces. La sanctuarisation de massifs préservés comme la réserve de la biosphère de Ziama garantit le maintien de cette entomofaune discrète mais essentielle au bon fonctionnement des réseaux trophiques de la forêt guinéenne.
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Classification Taxonomique du Genre Serpusia
Le tableau ci-dessous regroupe l’ensemble des espèces valides recensées pour le genre Serpusia Karsch, 1891 (famille des Acrididae, sous-famille des Catantopinae), de petits criquets forestiers brachyptères d’Afrique tropicale.
| Nom scientifique | Nom GB | Nom FR | Répartition / Habitat avec zones géographiques précises | Traits morphologiques détaillés | Observation terrain |
| Serpusia catamita Karsch, 1891 | Catamita spur-throat grasshopper | Criquet catamite | Afrique de l’Ouest et centrale (Cameroun, Gabon, Guinée, Nigeria). Forêts denses humides primaires et secondaires, sous-bois ombragés. | Espèce brachyptère (ailes réduites), large bande médiodorsale noire bordée de deux lignes latérales claires (jaune-crème), fémurs postérieurs zébrés de sombres marbrures. | Rencontré sur l’écorce des troncs, les lianes et la litière en pénombre forestière ; s’immobilise pour tirer parti de son mimétisme. |
| Serpusia lepesmei Chopard, 1945 | Lepesme’s forest grasshopper | Criquet de Lepesme | Afrique de l’Ouest (Guinée forestière, Côte d’Ivoire, Liberia). Strates inférieures et sous-bois humides (notamment réserve de Ziama et mont Nimba). | Aspect rugueux, bande longitudinale médiodorsale noire bien délimitée de la tête au pronotum, ébauches alaires courtes, tibias postérieurs aux nuances roussâtres. | ✅ Forêt de Ziama (Guinée) — S’observe en sous-bois dense, souvent plaqué contre les tiges, le bois mort ou le matériel de terrain. |
| Serpusia succinea Karsch, 1891 | Amber forest grasshopper | Criquet ambré | Afrique centrale et de l’Ouest (Cameroun, Gabon, RDC). Sous-bois tropicaux et forêts humides de basse altitude. | Teinte de fond brun-ambré, bande dorsale médiane sombre plus étroite, pronotum fortement granulé, fémurs de saut tavelés de brun mat. | Évolue à faible hauteur dans la végétation basse, la litière et les souches décomposées des trouées de lumière. |
| Serpusia blanchardi Dirsh, 1965 | Blanchard’s forest grasshopper | Criquet de Blanchard | Afrique centrale (République Centrafricaine, Cameroun). Strates arbustives des forêts ombrophiles. | Habitus trapu, profil de la tête très incliné vers le bas, lignes latérales crème très nettes soulignant le pronotum sombre. | Mouvements lents le long des branches, se camoufle efficacement parmi les mousses et lichens forestiers. |
| Serpusia opaca Bolívar, 1908 | Opaque forest grasshopper | Criquet opaque | Afrique centrale (Bassin du Congo, RDC, Gabon). Écosystèmes forestiers primaires et forêts-galeries. | Cuticule à l’aspect mat et rugueux, coloration brun-grisâtre sombre, vestiges alaires réduits, fémurs postérieurs très massifs. | Posé sur la litière de feuilles mortes au sol, effectue de brusques sauts de fuite en cas de dérangement. |
Note naturaliste
Le genre Serpusia, décrit par Ferdinand Karsch en 1891, rassemble des orthoptères Caelifères appartenant à la sous-famille des Catantopinae (tribu des Catantopini). Contrairement aux criquets de savane adaptés au vol longue distance, les espèces de ce genre sont strictement inféodées aux milieux forestiers tropicaux humides d’Afrique de l’Ouest et centrale. Elles se caractérisent par un brachyptérisme marqué (ailes antérieures et postérieures écourtées sous forme de vestiges alaires) et par une adaptation poussée au milieu dendrophile (vie sur les écorces et les troncs).
Leur livrée dorsale — combinant une large bande médiane noire et deux lignes claires latérales — constitue un camouflage destructif qui brise la silhouette de l’insecte dans la pénombre des sous-bois. Sur le terrain, la séparation spécifique des individus du genre Serpusia reste particulièrement délicate et nécessite une dissection microscopique pour observer la structure du tubercule prosternal (épine thoracique) ainsi que l’anatomie des pièces génitales mâles.