Varan malais / Malayan Water Monitor / Varanus salvator
Dans les vasques turquoise d’Erawan, en Thaïlande on s’attend à voir des poissons, des libellules, peut-être un macaque curieux. Mais parfois, la forêt réserve une apparition plus imposante : celle du varan malais, un reptile massif et élégant, maître des rivières et des berges tropicales. Lorsqu’il remonte une cascade, griffes plantées dans la roche, corps ondulant sous le courant, il révèle toute la puissance discrète de la faune thaïlandaise.
Le varan malais est l’un des plus grands lézards d’Asie, pouvant dépasser deux mètres. Son corps sombre, ponctué de taches jaunes, est une combinaison parfaite de force et de souplesse. Sa queue, longue et aplatie latéralement, agit comme un gouvernail lorsqu’il nage. Ses pattes robustes lui permettent de grimper sur des troncs, des rochers et, comme tu l’as observé, même des parois ruisselantes. C’est un reptile amphibie, parfaitement à l’aise dans l’eau comme sur terre.
Sur le plan écologique, Varanus salvator joue un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes. Opportuniste, il se nourrit de poissons, de crustacés, d’œufs, de charognes et parfois de petits mammifères. Cette polyvalence en fait un régulateur naturel, capable de limiter la prolifération de certaines espèces et de nettoyer les berges des restes organiques. Contrairement à sa réputation parfois injuste, il n’est pas agressif : il préfère fuir, glisser dans l’eau ou se réfugier dans la végétation.
Scientifiquement, le varan malais fascine par son adaptabilité. On le trouve aussi bien dans les forêts profondes que dans les zones urbaines, où il fréquente canaux et parcs. Son métabolisme lui permet de rester longtemps immobile, puis de déployer une énergie fulgurante lorsqu’il chasse ou grimpe. Ses sens sont particulièrement développés : sa langue bifide capte les molécules odorantes, et son système de détection chimique, proche de celui des serpents, lui permet de “lire” son environnement avec une précision étonnante.
Aux chutes d’Erawan, l’observer remonter une cascade est un spectacle rare. L’eau glisse sur ses écailles, ses muscles se contractent sous l’effort, et chaque mouvement semble calculé. Ce n’est pas seulement un reptile : c’est un survivant, un athlète, un témoin de millions d’années d’évolution. Sa présence rappelle que les paysages idylliques de Thaïlande abritent une vie sauvage puissante, souvent invisible, mais toujours prête à se révéler à ceux qui prennent le temps de regarder.