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Capra aegagrus hircus – Domestic goat – Chèvre domestique

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Un bovidé rustique aux pieds agiles, sentinelle pastorale des hauts sommets et des montagnes arides

L’histoire de la zootechnie et des relations entre l’humanité et le monde animal trouve l’un de ses piliers fondamentaux dans la domestication de la Chèvre domestique (Domestic goat, Capra aegagrus hircus). Issue de la sélection séculaire du Bézoard ou Chèvre sauvage (Capra aegagrus) au cœur du Croissant fertile il y a près de dix mille ans, cette sous-espèce de bovidé capriné s’est hissée au rang de compagnon indispensable des peuples pasteurs et nomades. L’observation sur le terrain de la Chèvre domestique (Domestic goat, Capra aegagrus hircus), notamment lorsqu’elle évolue en troupeaux extérieurs sur les éboulis calcaires du mont Nemrut, dans les hauts plateaux anatoliens ou au sein des maquis méditerranéens, offre un témoignage vivant de l’adaptation poussée des caprinés à la gravité et aux environnements escarpés. Son étude permet de comprendre les rouages de l’économie pastorale traditionnelle tout en illustrant le rôle clé des grands herbivores dans le façonnage des paysages de montagne.

Morphologie

La Chèvre domestique possède une anatomie particulièrement adaptée au franchissement des reliefs accidentés. Sa hauteur au garrot s’échelonne généralement entre cinquante centimètres et un mètre selon les races locales et le dimorphisme sexuel. Son corps trapu et musclé repose sur des membres robustes terminés par des sabots uniques : la bordure externe est constituée d’une corne très dure capable de s’accrocher aux moindres aspérités de la roche, tandis que le centre du sole abrite un coussinet souple et adhérent jouant le rôle de ventouse antidérapante. La robe affiche une immense diversité de textures et de coloris, allant du noir corbeau au brun chaud, en passant par le pie ou le blanc cassé, développant sous les climats de haute altitude un pelage long et dense associé à une sous-couche laineuse isolante pour l’hiver. La tête est surmontée chez les deux sexes de cornes plus ou moins développées, particulièrement imposantes, épaisses et courbées en forme de cimeterre chez le mâle. Ses yeux, positionnés latéralement, sont dotés d’une pupille horizontale très étirée qui lui offre un champ de vision panoramique supérieur à trois cents degrés pour détecter la moindre menace sur les crêtes.

Habitat et Écologie

Affichant une répartition cosmopolite en raison de sa présence aux côtés des sociétés humaines, la Chèvre domestique exprime pleinement ses compétences écologiques dans les milieux ouverts, arides et montagnards. Elle affectionne les versants rocheux, les éboulis, les canyons encaissés, les dalles calcaires et les matorrals méditerranéens où d’autres mammifères herbivores peinent à subsister. En mode de conduite pastorale extensive ou chez les populations réensauvagées, la sous-espèce s’organise en structures sociales matriarcales menées par des femelles expérimentées guidant les jeunes, tandis que les mâles adultes forment des groupes célibataires séparés hors de la période de reproduction. Son activité est majoritairement diurne, alternant les phases de déambulation au cours des heures fraîches du matin et du crépuscule avec des plages de rumination au calme, à l’ombre des surplombs rocheux.

Comportement de chasse

En tant qu’herbivore strict doté d’une grande plasticité alimentaire, la Chèvre domestique ne chasse pas d’autres animaux mais déploie une stratégie de recherche de nourriture d’une efficacité redoutable pour exploiter la végétation la plus difficile d’accès. Classée comme un brouteur opportuniste, elle consomme des graminées dures, des feuilles d’arbustes épineux, des chardons, des jeunes pousses et des écorces de petits arbres que le bétail classique délaisse. Son agilité exceptionnelle lui permet de se dresser sur ses membres postérieurs pour atteindre les branches hautes, voire de grimper directement dans les arbres aux branches basses. Son système digestif de ruminant, combiné à une flore bactérienne hautement spécialisée, lui permet de neutraliser certaines toxines végétales et d’extraire la nutrition nécessaire d’une biomasse pauvre en eau et très fibreuse. Face aux prédateurs, sa réponse repose sur l’escalade rapide vers des parois verticales inaccessibles plutôt que sur la fuite en plaine, n’hésitant pas à faire face et à donner de puissants coups de tête si elle se retrouve acculée.

Reproduction

Le cycle reproducteur de la Chèvre domestique est marqué par un système d’appariement polygynique. En climat tempéré ou de montagne, la saison des amours ou rut survient principalement à l’automne sous l’effet de la baisse de la photopériode. Les mâles rivaux s’affrontent lors de duels rituels impressionnants, se dressant sur leurs pattes arrière avant de laisser retomber tout leur poids pour entrechoquer leurs cornes massives dans un claquement assourdissant. Après une période de gestation de cent cinquante jours environ, la femelle met au monde un à deux chevreaux dans un abri rocheux ou un endroit protégé du vent. Les nouveau-nés sont précoces : ils se tiennent debout et tètent leur mère dans l’heure suivant la mise bas. L’allaitement exclusif dure environ deux à trois mois, complété dès les premières semaines par l’ingestion d’herbes tendres. Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle entre six et douze mois, et l’espérance de vie globale peut dépasser quinze ans en élevage protégé.

Note naturaliste

Sur le terrain, la distinction entre une Chèvre domestique en liberté et son ancêtre sauvage repose sur l’analyse de la courbure des cornes, la variabilité des couleurs de la robe et la présence éventuelle de marques d’élevage. Ses traces au sol se reconnaissent à l’empreinte de ses deux clatons étroits, bien séparés à la pointe et plus marqués sur la roche tendre ou le sable sec que celles des ovins. Du point de vue écosystémique, le pâturage caprin joue un rôle ambivalent : en densité contrôlée, il prévient la fermeture des milieux, maintient les pare-feux naturels et favorise une flore pionnière lumineuse ; en surpâturage, il peut toutefois fragiliser les sols rocheux et accélérer l’érosion des pentes arides.

Conservation

La Chèvre domestique (Capra aegagrus hircus) n’est pas directement évaluée en tant que telle par la Liste Rouge de l’UICN (Non Évaluée – NE), du fait de son statut d’animal domestique comptant plusieurs centaines de millions d’individus à l’échelle globale. À l’inverse, l’espèce sauvage d’origine, le Bézoard (Capra aegagrus), est classée comme Quasi Menacée (NT) en raison du braconnage et de la dégradation de son habitat naturel. Malgré la surabondance globale de la population domestique, de nombreuses races rurales locales parfaitement adaptées à leurs terroirs montagneux spécifiques connaissent un déclin rapide face aux hybrides industriels, justifiant la mise en place de programmes de préservation du patrimoine génétique pastoral.

Tableau TAXO du genre Capra

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Capra aegagrus aegagrus Bezoar ibex Chèvre sauvage (Bézoard) Asie Mineure, massif du Zagros, Caucase, Moyen-Orient ; éboulis, maquis rocheux et forêts sèches de montagne Cornes en cimeterre tranchantes à bord avant étroit, pelage argenté à brun clair, bavoir et raie dorsale noirs très marqués chez le mâle Observer la ligne dorsale sombre très contrastée et le port altier sur les vires rocheuses abruptes.
Capra aegagrus creticus Kri-kri / Cretan wild goat Kri-kri / Chèvre sauvage de Crète Gorges de Samaria (Crète), îles inhabitées de Dia, Theodorou et Agii Pantes ; maquis méditerranéen et falaises calcaires Pelage brun-fauve clair, collier et raie dorsale noirs, cornes arquées vers l’arrière plus courtes que le bézoard continental Silhouette svelte traquant l’ombre au fond des canyons d’accès difficile tôt le matin.
Capra aegagrus hircus Domestic goat Chèvre domestique Cosmopolite, élevages ruraux et populations marronnes (ex: îles du Pacifique, Écosse) Grande variabilité de robes (blanche, noire, pie), cornes droites, torsadées ou absentes (moottes), port d’oreilles variable Nemrut Dag (Turquie) —Troupeaux extensifs pâturant sur les champs d’éboulis et les vires rocheuses escarpées, sautant entre les blocs concassés.
Capra falconeri falconeri Astor markhor Markhor d’Astor Nord du Pakistan (Gilgit-Baltistan, vallées de l’Indus et du Gilgit) ; versants escarpés et forêts claires de conifères Cornes monumentales en spirale très évasée (forme de tire-bouchon ouvert), long jabot de poils blancs à crème sous le cou et le poitrail Silhouette spectaculaire se découpant sur les crêtes rocheuses du Karakoram aux premières lumières.
Capra falconeri megaceros Kabul markhor Markhor de Kaboul Est de l’Afghanistan et zones frontalières du Pakistan ; montagnes arides, escarpements rocheux secs Cornes en spirale serrée, presque verticales et droites, pelage court gris-brun avec barbe sombre à intermédiaire Extrêmement difficile à repérer, évoluant dans des gorges abruptes au relief très tourmenté.
Capra falconeri heptneri Tajik markhor / Bukhara markhor Markhor du Tadjikistan Tadjikistan (réserve de Dashtijum), Ouzbékistan, Nord de l’Afghanistan ; montagnes sèches et forêts de génévriers Cornes torsadées en V très ouvert vers l’extérieur, pelage brun clair et jabot thoracique très développé en hiver S’observe sur les affleurements rocheux dominant les vallées de haute altitude.
Capra ibex Alpine ibex Bouquetin des Alpes Arc alpin (France, Italie, Suisse, Autriche, Allemagne, Slovénie) ; pelouses alpines et falaises calcaires/granitiques (1 800–3 300 m) Cornes massives arquées à grands nœuds transversaux chez le mâle, robe beige-gris à brune, corps trapu et membres courts Actif le matin sur les dalles rocheuses ensoleillées, très tolérant à la présence humaine hors période de chasse.
Capra pyrenaica pyrenaica Pyrenean ibex / Bucardo Bouquetin des Pyrénées Pyrénées (Éteint en 2000) ; falaises, éboulis et forêts de haute montagne Cornes très lyromorphes, épaisses et étalées vers l’extérieur, robe sombre en hiver avec larges taches noires Espèce éteinte, historique dans les canyons escarpés du parc national d’Ordesa.
Capra pyrenaica victoriae Gredos ibex Bouquetin de Gredos Sierra de Gredos, Système Central (Espagne) ; montagnes granitiques, dalles et prunelliers Cornes lyromorphes pointant vers l’arrière et le haut, marques noires nettes sur les flancs et les membres Très agile sur les blocs de granit polis et les éboulis d’altitude de la Sierra.
Capra pyrenaica hispanica Southeastern Spanish ibex Bouquetin du Sud-Est Sierras de Bétique, Sierra Nevada, Cazorla (Espagne) ; matorral et falaises côtières ou montagnardes Taille plus réduite, cornes plus resserrées en forme de lyre étroite, pelage brun clair à marbrures sombres Sierra Nevada, en Espagne –  Observation  d’un groupe sur les falaises calcaires surplombant la mer Méditerranée. Torcal de Antequera en Espagne –  Sujet évoluant avec agilité sur le relief calcaire du Torcal de Antequera. La finesse et la faible courbure des cornes indiquent une femelle (étagne) ou un jeune mâle.
Capra pyrenaica lusitanica Portuguese ibex Bouquetin du Portugal Nord du Portugal et Galice (Éteint à la fin du XIXe siècle) ; zones rocheuses et monts granitiques Cornes plus courtes et beaucoup plus larges à la base que chez les autres sous-espèces ibériques Espèce éteinte, fréquentait historiquement les escarpements de la Serra da Peneda.
Capra caucasica caucasica West Caucasian tur Tur du Caucase occidental Grand Caucase occidental (Russie, Géorgie) ; prairies alpines et dalles rocheuses (800–4 000 m) Cornes épaisses et courbées en demi-cercle vers l’arrière, corps très massif, lourd et haut sur pattes S’observe en petits groupes sur les versants hyper-escarpés, humides et brumeux du Caucase.
Capra caucasica severtzovi Severtzov’s tur Tur de Severtzov Zone de transition du Caucase central (Russie, Géorgie) ; reliefs rocheux et éboulis d’altitude Forme hybride/intermédiaire avec cornes plus étalées et balayées vers l’arrière Évolue au niveau de la ligne des neiges éternelles sur les schistes et granits centraux.
Capra cylindricornis East Caucasian tur Tur du Caucase oriental Caucase oriental (Azerbaïdjan, Géorgie, Russie) ; falaises abruptes, barres rocheuses et pelouses Cornes uniques lisses, cylindriques, en forme de lyre recourbée vers l’arrière puis l’intérieur, robe rousse à brune Grimpeur hors pair évoluant sur des parois verticales dans des canyons très encaissés.
Capra sibirica sibirica Siberian ibex Bouquetin de Sibérie (Nord) Monts Saïan, Altaï (Russie, Mongolie) ; steppes alpines, crêtes et moraines d’altitude Cornes très longues, arquées et sabrées à nœuds proéminents, robe beige avec raie dorsale sombre S’observe en grands troupeaux arpentant les steppes rocheuses très froides du Nord sibérien.
Capra sibirica alaiana Alai ibex Bouquetin d’Alai Monts Alai et Tian Shan (Kirghizistan, Tadjikistan) ; hauts plateaux et éboulis glaciaires Robe jaunâtre à gris-brun plus claire, cornes volumineuses très incurvées vers l’arrière Recherche les pentes ensoleillées à la limite des glaciers au milieu des tabliers d’éboulis.
Capra sibirica hagenbecki Gobi ibex Bouquetin du Gobi Désert du Gobi (Mongolie, Chine) ; inselbergs et massifs rocheux désertiques Taille plus modeste, pelture roussâtre-sablonneuse adaptée aux zones arides de désert rocheux Évolue sur les montagnes désertiques isolées, très discret au plus chaud de la journée.
Capra sibirica saka Tian Shan ibex Bouquetin du Tian Shan Massif du Tian Shan et Pamir (Chine, Kazakhstan, Kirghizistan) ; prairies d’altitude et falaises Grand gabarit, cornes exceptionnellement longues dépassant parfois 130 cm de développement Repérable aux jumelles sur les pentes d’herbe rase dominant les vallées glaciaires du Pamir.
Capra walie Walia ibex Bouquetin d’Abyssinie Monts Simien (Éthiopie) ; falaises basaltiques et escarpements de haute altitude (2 500–4 500 m) Bosse osseuse frontale caractéristique entre les cornes épaisses, pelage châtain à ventre et pattes blancs Se déplace sur les vires rocheuses des dômes basaltiques vertigineux du parc national du Simien.
Capra nubiana Nubian ibex Bouquetin de Nubie Moyen-Orient et Afrique du Nord-Est (Israël, Jordanie, Égypte, Soudan) ; déserts rocheux, wadis et canyons Cornes très longues et fines ridées sur la face avant, pelage blond-isabelle, jambes tachées de noir et blanc S’observe tôt le matin s’abreuvant dans les points d’eau au fond des canyons désertiques encaissés.

Note naturaliste

Le genre Capra (Linnaeus, 1758) regroupe des bovidés caprinés hautement spécialisés dans la conquête des milieux escarpés et des rochers d’altitude. L’évolution anatomique du genre se caractérise par une adaptation poussée à la gravité et au déplacement vertical : sabots dotés d’une bordure externe en corne dure assurant l’accroche et d’un sole interne souple faisant office de coussinet antidérapant, associés à des chevilles d’une grande flexibilité articulatoire.

D’un point de vue phylogénétique et taxonomique, le genre Capra présente une histoire évolutive récente marquée par une radiation adaptive rapide et des phénomènes fréquents d’introgression génétique et d’hybridation (notamment dans la zone de jonction du Caucase entre Capra caucasica et Capra cylindricornis). La morphologie cornée constitue le principal critère de diagnose sur le terrain : elle varie de la lame en cimeterre (Capra aegagrus) aux hélices spirales complexes (Capra falconeri), en passant par les structures cylindriques recourbées (Capra cylindricornis) et les cornes sabrées à grands nœuds d’arrêt (Capra ibex, Capra sibirica).

Sur le plan écosystémique, les espèces du genre Capra jouent un rôle crucial de grands herbivores dans les biomes alpins et désertiques, régulant la biomasse végétale d’altitude et constituant la ressource proie fondamentale pour les grands prédateurs des montagnes (tels que la Panthère des neiges Panthera uncia, le Loup gris Canis lupus ou le Léopard d’Anatolie Panthera pardus tulliana).

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