Cicada orni orni – Ash Cicada – Cigale du frêne
L’hymne estival des falaises calcaires du Périgord Noir
Introduction
Au cœur de la vallée de la Vézère, aux Éyzies-de-Tayac-Sireuil, nous contemplons le paysage grandiose formé par les falaises calcaires étagées du Coniacien, façonnées au cours du Cénozoïque et habitées par l’Homme depuis plus de 400 000 ans. C’est au pied de ces rochers troglodytiques emblématiques, alors que la chaleur de l’après-midi écrase la végétation, que retentit la cymbalisation puissante et rythmique de la Cigale du frêne, également nommée Ash Cicada en anglais ou Cicada orni orni selon la nomenclature scientifique. L’observation de cet hémiptère sur le terrain revêt un intérêt scientifique et historique majeur : au-delà de son rôle d’indicateur des milieux thermophiles et ensoleillés, la sous-espèce nominale Cicada orni orni incarne la mémoire biologique des forêts méditerranéennes et sub-méditerranéennes. Posée verticalement contre le tronc d’un arbre, confondue avec les reliefs de l’écorce, elle nous offre un spectacle naturel fascinant qui relie la faune actuelle à l’histoire préhistorique du Périgord Noir.
Morphologie
• Taille et silhouette : Corps trapu mesurant entre 25 et 28 mm de longueur, arborant une teinte générale ocre à brun-grisâtre tavelée de motifs noirs sur le prépronotum et l’abdomen. • Segmentation alaire : Quatre ailes membraneuses parfaitement hyalines et transparentes, avec une série caractéristique de 11 taches sombres alignées le long des nervures transversales des ailes antérieures. • Apex abdominal : Présence d’une zone pruineuse blanchâtre distincte à la pointe ventrale de l’abdomen. • Tête et sens : Tête large dotée de deux grands yeux composés latéraux offrant un champ de vision étendu, complétés par trois ocelles rubis disposés en triangle sur le vertex. • Appareil buccal : Rostre solide et piqueur replié sous la face ventrale, capable de percer les tissus ligneux pour atteindre les vaisseaux séveux.
Habitat et Écologie
• Répartition géographique : Largement distribuée dans le bassin méditerranéen et l’Europe méridionale, la sous-espèce remonte le long des microclimats chauds jusqu en Dordogne et dans le Sud-Ouest de la France. • Type de milieu : Milieux ouverts et semi-ouverts exposés au soleil, tels que les forêts de feuillus (frênes, chênes), les oliveraies, les pinèdes et les parois rocheuses calcaires. • Comportement héliophile : Insecte arboricole dépendant directement des températures élevées pour s’activer et émettre son chant nuptial. • Rôle écosystémique : Source de nutriments essentielle pendant la saison estivale pour les oiseaux insectivores, les reptiles et les arachnides prédateurs.
Alimentation et mode de vie
• Régime alimentaire : Strictement phytophage et suceur de sève brute et élaborée.
• Mode de prélèvement : Insertion du rostre à travers l’écorce des arbres hôtes (frênes, oliviers, chênes) pour ponctionner directement les liquides vasculaires sans altérer la vitalité de l’arbre.
• Stratégie de défense : Homochromie et homotypie parfaites avec la texture des écorces, complétées par un arrêt immédiat de toute cymbalisation et un placage hermétique contre le tronc dès qu’un danger survient.
Reproduction
Le cycle reproducteur de la Cigale du frêne repose sur une communication acoustique très élaborée. Durant les heures les plus chaudes de l’été, les mâles déforment rapidement leurs cymbales abdominales mues par de puissants muscles pour produire une stridulation saccadée et sonore. Ce chant attire les femelles en vue de l’accouplement. Après la fécondation, la femelle utilise son oviscapte rigide pour inciser la tige de petits rameaux tendres et y déposer ses œufs. À l’éclosion, les jeunes larves se laissent tomber au sol et s’enfouissent immédiatement dans la terre. Commence alors une longue phase larvaire souterraine de deux à trois ans au cours de laquelle la larve se développe en suçant le suc des racines grâce à ses pattes fouisseuses. Au terme de ce développement, la larve de dernier stade émerge de terre la nuit, grimpe le long d’un tronc et accomplit sa mue imaginale ultime pour libérer l’adulte volant.
Note naturaliste
Sur le terrain, l’identification précise de Cicada orni orni s’appuie sur la présence des 11 points noirs alignés sur les nervures des ailes antérieures et sur la touffe pruineuse blanche ornant l’extrémité de son abdomen. Son chant rythmé et discontinu la distingue immédiatement de la Cigale plébéienne au chant continu. Au niveau écosystémique, elle participe à la circulation des nutriments au sein de la canopée et constitue une ressource protéique majeure pour l’avifaune estivale.
Conservation
Statut UICN : Préoccupation mineure (LC – Least Concern).
Bien que la sous-espèce ne soit pas menacée à l’échelle globale en raison d’une large aire de distribution, ses populations locales restent vulnérables face à la destruction des milieux boisés thermophiles, à l’utilisation d’insecticides dans les cultures et à l’artificialisation des sols qui entrave le cycle larvaire souterrain.
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| Nom scientifique | Nom GB | Nom FR | Répartition / Habitat avec zones géographiques précises | Traits morphologiques détaillés | Observation terrain |
| Cicada orni orni Linnaeus, 1758 | Ash Cicada | Cigale du frêne | Bassin méditerranéen, Europe du Sud (France, Espagne, Italie, Grèce, Balkans, Proche-Orient) ; pinèdes, oliveraies, maquis et forêts de feuillus (frênes, chênes) | Longueur 25–28 mm ; corps gris-brun à rougeâtre tavelé de noir ; ailes hyalines bordées de 11 taches noires caractéristiques alignées sur les nervures transversales | ✅ Les Eyzies en Dordogne France, Observation individu immobile et plaqué contre les troncs |
| Cicada barbara barbara (Lamarck, 1818) | Southern Cicada | Cigale barbare (subsp. type) | Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) ; vergers, pinèdes littorales et zones arborées thermophiles | Longueur 26–30 mm ; teinte brun-jaunâtre avec abdomen rougeâtre, absence de taches noires marquées sur les nervures des ailes postérieures et antérieures | Chant continu et très aigu émis aux heures les plus chaudes de la journée depuis la canopée des arbres |
| Cicada barbara lusitanica Boulard, 1982 | Lusitanian Cicada | Cigale barbare lusitanienne | Péninsule Ibérique (Portugal, Sud de l’Espagne) et extrême sud de la France (Roussillon) ; maquis xérophiles, oliveraies et bois d’eucalyptus | Diffère de la sous-espèce type par une coloration générale plus sombre, un prépronotum brun foncé et un signal acoustique à fréquence spécifique | Agrippée aux grosses branches, extrêmement farouche, stoppe sa cymbalisation à la moindre approche |
| Cicada cretensis Fieber, 1876 | Cretan Cicada | Cigale de Crète | Endémique de Crète et de plusieurs îles du sud de la mer Égée ; maquis méditerranéens, phryganes et oliveraies traditionnelles | Longueur 24–27 mm ; motifs du prépronotum ocre marbré de noir, ailes transparentes sans alignement de points sombres | S’observe en été sur les oliviers centenaires, se fondant dans les crevasses de l’écorce |
| Cicada lodosi Boulard, 1979 | Lodos’s Cicada | Cigale de Lodos | Turquie (Anatolie occidentale et méridionale) ; forêts ouvertes de pins de Calabre et maquis bas semi-arides | Proche de C. orni, mais caractérisée par des plaques sternales ventrales noires et une structure d’opercules cymbaliques distincte | Rencontrée en densité importante en juillet-août sur le Pin d’Alep (Pinus halepensis) et le Pin de Calabre (Pinus brutia) |
| Cicada mordoganensis Boulard, 1979 | Aegean Cicada | Cigale de Mordoğan | Grèce (îles de l’Égée orientale) et côte égéenne de la Turquie ; maquis littoraux à Chêne kermès et maquis arides | Taille modeste (22–25 mm) ; pigmentation dorsale jaunâtre marbrée de brun-noir, nervures alaires nettement marquées de brun | Camouflage parfait sur la végétation arbustive sèche, très difficile à localiser visuellement |
| Cicada permagna Haupt, 1917 | Giant Levant Cicada | Grande cigale du Levant | Proche-Orient (Syrie, Liban, Israël, Jordanie) ; forêts d’altitude, cèdres et vallées boisées escarpées | Grande taille pour le genre (30–35 mm) ; corps massif d’un brun rougeâtre riche, cymbales volumineuses recouvertes par de larges opercules abdominaux | Émet un son strident d’une puissance exceptionnelle, audible à plusieurs centaines de mètres dans les reliefs |
Note naturaliste : Le genre Cicada (famille des Cicadidae, sous-famille des Cicadinae, tribu des Cicadini) regroupe des insectes hémiptères piqueurs-suceurs emblématiques des milieux méditerranéens et levantins. La séparation des espèces repose sur des critères morphologiques fins, notamment la présence de sériations punctiformes noires sur les nervures alaires (caractéristique majeure chez Cicada orni), la structure des opercules thoraciques et la morphologie de l’appareil cymbalique des mâles. La cymbalisation, produite par la déformation rapide de membranes striées (les cymbales) actionnées par des muscles puissants à la base de l’abdomen, constitue le vecteur d’isolement reproducteur entre les différentes espèces et sous-espèces. Après un long développement larvaire souterrain d’au moins deux à trois ans au cours duquel les nymphes se nourrissent de la sève des racines, l’émergence imaginale estivale permet la mue ultime vers l’adulte reproducteur.
1 a réfléchi à «Cicada orni orni – Ash Cicada – Cigale du frêne»