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L’Aquarium des Deux Océans : Au Carrefour des Mondes Sous-Marins Cape Town Afrique du Sud

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Une odyssée sensorielle et scientifique entre le courant chaud des Aiguilles et le flux glacé de Benguela

Poisson-cacatoès (Ablabys taenianotus)
Étoile de mer à bosses rouges (Protoreaster linckii) & Poisson-lion / Rascasse volante

Inauguré le 13 novembre 1995 sur le dynamique V&A Waterfront, l’Aquarium des Deux Océans s’impose comme l’un des joyaux majeurs de la ville de Cape Town . Plus qu’une simple attraction touristique, ce complexe moderne de sept galeries thématiques abrite plus de 5 000 spécimens marins. Il matérialise de façon spectaculaire la frontière liquide unique au monde où se rencontrent l’océan Indien et l’océan Atlantique. À travers plus de quatre millions de litres d’eau de mer, les visiteurs sont invités à une véritable immersion, le nez collé contre d’immenses parois de verre acrylique qui retiennent des écosystèmes entiers en suspension.

Chaque galerie a été pensée pour mettre en lumière la diversité biologique découlant de cette double influence océanique. Le voyage commence par la découverte de la fascinante cathédrale végétale de la Kelp Forest (forêt de varech géant), l’une des très rares présentations de ce type en intérieur à travers le monde. Portée par le va-et-vient d’une houle artificielle, cette forêt sous-marine abrite une faune d’une richesse incroyable, où les poissons multicolores frayent à l’abri des prédateurs.

Pour les plus jeunes, l’aventure prend une dimension tactile et ludique à la Touch Tide Pool (le bassin de marée tactile) et à la Ray Pool, où un système ingénieux de caméras et de télescopes géré par informatique permet d’explorer l’infiniment petit et d’interagir directement avec les textures étonnantes du vivant. Du ballet gracieux des raies à la nage placide des tortues géantes, l’émerveillement est total et propulse littéralement le public dans le monde enchanteur de Nemo.

Au-delà du spectacle visuel, l’aquarium déploie de nombreuses installations interactives destinées à conscientiser les visiteurs sur la fragilité des océans, l’impact de la pollution plastique et l’urgence de la préservation de l’environnement. L’éthique scientifique de l’établissement se traduit également par ses programmes de réhabilitation : à ce titre, les requins qui peuplaient autrefois le grand bassin (et avec lesquels il était possible de plonger) ont été relâchés en mer, leur espace faisant actuellement l’objet d’une vaste rénovation pour s’adapter aux futurs standards de conservation de l’institution.

Hippocampe de Knysna (Hippocampus capensis)

Dès le grand hall d’entrée franchi, l’agitation du Waterfront s’efface pour laisser place au silence bleuté des premières vitrines. Conçues comme des fenêtres ouvertes sur les récifs coralliens chauds de l’océan Indien, ces premières stations nous plongent immédiatement dans une explosion de formes et de couleurs. C’est une entrée en matière saisissante, où l’œil doit s’habituer à décoder les contrastes chromatiques et les incroyables stratégies de dissimulation développées par la faune marine.

langouste du Cap

En approchant du premier grand bac, nous sommes immédiatement saisis par la clarté de l’eau et la vitalité des colonies de coraux branchus qui s’élancent vers la lumière. Au milieu de cette architecture minérale vivante, une multitude de petits poissons s’activent. Un peu plus loin, un petit groupe capte notre attention par sa grâce géométrique. L’Hénioche cocher (Heniochus diphreutes) plane dans le courant. Avec son corps compressé latéralement, ses bandes contrastées noires et blanches et son long filament dorsal jaune vif qui s’étire comme une traîne, il semble dessiner des arabesques dans l’eau claire. Sa silhouette graphique contraste merveilleusement avec le va-et-vient plus désordonné des autres habitants du récif. A ses côtés nous observons deux grands spécimens au corps ovale gris argenté et à la queue claire. L’un est positionné horizontalement en bas à gauche, et l’autre est orienté vers la droite, juste en dessous de la roche centrale: des poissons-chirurgiens gris (Acanthurus bahianus – Ocean Surgeonfish)

Musselcracker noir (Cymatoceps nasutus)

En déplaçant notre regard vers des vitrines plus intimes, le décor change. Le sable blanc et les anfractuosités rocheuses abritent des espèces bien plus discrètes, dont l’existence même dépend de l’art du camouflage ou de la dissimulation. Le Poisson-cacatoès (Ablabys taenianotus), posé sur le substrat, ressemble à s’y méprendre à une feuille morte ou à un morceau d’algue brune dérivant au gré du courant. Sa haute nageoire dorsale, qui débute juste au-dessus de ses yeux sombres, accentue cette silhouette végétale tandis qu’il reste presque immobile, confiant dans son mimétisme parfait. À côté, la Murène à yeux blancs (Gymnothorax thyrsoideus) tapie sous un surplomb rocheux laisse dépasser la moitié de son corps serpentiforme. Son épiderme rosé, parsemé d’une infinité de petites taches blanches et grises, se fond idéalement dans le granite environnant, tandis que son œil blanc, minuscule et perçant, guette le passage d’une proie potentielle depuis l’obscurité de sa cachette.

Raie-aigle du Cap (Myliobatis aquila)

Les bassins suivants mettent en scène des cohabitations fascinantes, où la beauté des formes cache souvent de redoutables systèmes de défense. Au détour d’une paroi vitrée, l’Étoile de mer à bosses rouges (Protoreaster linckii) déploie son corps massif d’un blanc crème, souligné par un réseau géométrique de plaques et de protubérances d’un rouge écarlate. Juste à ses côtés, le Poisson-lion (Pterois miles) déploie ses nageoires pectorales comme des éventails de plumes zébrées, ses longues épines venimeuses flottant avec une légèreté trompeuse. Dans un coin plus sombre, le mimétisme atteint son paroxysme avec le Poisson-scorpion barbu (Scorpaenopsis oxycephala). Véritable extension de la roche, son corps est entièrement recouvert d’excroissances cutanées et d’algues encroûtantes, et seule l’infime pulsation de ses ouïes révèle la présence de ce redoutable prédateur passif.

La visite se poursuit vers des modules plus petits, véritables bijoux de technologie où la lumière est gérée pour sublimer la faune et la flore. Des anémones de mer , notamment des Anémones tubulaires Cerianthus sp. – Tube-dwelling Anemone , et des coraux mous déploient leurs tentacules charnus sous une lumière actinique d’un bleu profond, révélant des propriétés de fluorescence spectaculaires. C’est un spectacle presque hypnotique, où les pointes vertes et roses des polypes semblent vibrer d’une énergie propre, achevant de nous préparer aux géants que nous allons rencontrer dans les galeries suivantes.

Poisson-bécasse rouge Notopogon xenosoma – Longspine Bellowsfish

La déambulation à travers les galeries de l’aquarium nous réserve un magnifique contraste entre la délicatesse des petites créatures côtières et la force tranquille des espèces de l’océan profond. En approchant d’un bac baigné d’une lumière douce, nous découvrons un herbier de zostères où s’accrochent de timides hippocampes. Parmi eux, l’Hippocampe de Knysna (Hippocampus capensis), une espèce endémique d’Afrique du Sud extrêmement menacée, se confond idéalement avec la végétation grâce à sa robe verte et brune. À ses côtés, l’Hippocampe à museau court (Hippocampus hippocampus) s’agrippe fermement aux tiges grâce à sa queue préhensible, oscillant doucement au rythme du courant artificiel.

Plus loin, l’ambiance lumineuse s’obscurcit pour mettre en valeur des organismes luminescents et mystérieux. Des cérianthes déploient leurs tentacules fins et translucides sous une lumière violette fluorescente, évoquant des fleurs de verre s’épanouissant sur le fond sableux. Non loin, une Méduse lune (Aurelia aurita) dérive gracieusement dans un bleu abyssal, ses pulsations régulières et ses canaux internes illuminés créant un spectacle hypnotique et apaisant.

Requins-hâ (Galeorhinus galeus)

Le changement d’échelle est brutal lorsque nous arrivons devant les immenses vitrines des espèces pélagiques et côtières de plus grande taille. Un imposant Poisson-cochon (Bodianus bilunulatus), au corps massif et à la mine patibulaire, passe à quelques centimètres de la vitre, nous fixant de son œil cerclé de blanc tout en faisant bouger ses nageoires pectorales avec une surprenante agilité. Enfin, sur le fond sableux d’un autre bassin, une splendide Langouste du Cap (Jasus lalandii) se dresse fièrement sur ses pattes robustes. Ses longues antennes orange pointées vers le haut, son exosquelette rougeoyant constellé de petites bosses rugueuses et ses pattes violacées témoignent de la formidable diversité des crustacés qui peuplent les récifs rocheux et froids de cette côte australe.

Le grand bassin océanique offre une halte hypnotique où le temps semble suspendu, confortablement installés sur les gradins qui font face à cette immense muraille d’eau.

Notre oeil est immédiatement captivé par la silhouette imposante et presque préhistorique du Musselcracker noir (Cymatoceps nasutus). Véritable colosse des zones de ressac sud-africaines, ce seigneur des récifs impressionne par sa tête massive ornée d’un museau bulbeux d’un blanc d’albâtre, une excroissance charnue qui lui vaut le surnom local de « Poenskop ». Évoluant avec une force tranquille au milieu du ressac reconstitué, ce sparidé endémique rappelle par sa présence la fragilité des géants à croissance lente de l’Afrique australe, dont la survie dépend aujourd’hui de la création de sanctuaires marins protégés. Puis, notre attention s’est tournée vers  le camouflage parfait du Faux jacopever Sebastichthys capensis – False Jacopever, paisiblement installé sur ses nageoires pectorales au milieu des anémones. Tandis que le Poisson-bécasse rouge Notopogon xenosoma – Longspine Bellowsfish , véritable curiosité de la nature, réalisait de parfaits vols stationnaires la tête inclinée vers le bas. Ces deux maîtres de l’adaptation, l’un dissimulé par sa magnifique livrée constellée de nacre et l’autre par sa silhouette anguleuse au rostre télescopique

Devant nous, un ballet majestueux et silencieux se déploie. Une splendide Raie-aigle du Cap (Myliobatis aquila) plane avec une grâce infinie juste sous la surface lumineuse, révélant son ventre d’un blanc immaculé ponctué de taches sombres sur les bordures de ses ailes pectorales. Non loin, une autre raie, au dos sombre et lisse, ondule au-dessus du sable, effleurant presque le fond d’une glissade parfaitement maîtrisée.

Manchot gorfou (Eudyptes chrysocome)

C’est aussi dans ce grand espace bleuté que nage, d’un battement de nageoires lent et régulier, une magnifique Tortue caouanne (Caretta caretta). Son imposante carapace brune, sculptée par les ans, et sa tête massive aux plaques d’écaille bien dessinées forcent le respect. Elle s’approche curieusement de la vitre acrylique, nous offrant un face-à-face saisissant où l’on peut admirer son plastron jaunâtre et la puissance tranquille de ses membres antérieurs qui lui servent de rames dans l’immensité de son écosystème.

Crapaud léopard du Cap (Sclerophrys pantherina)

En déplaçant notre regard vers des vitrines adjacentes, le rouge vif d’un arrière-plan met en valeur la silhouette d’un Poisson-lion (Pterois miles), dont les rayures blanches et orange et les épines dorsales dressées évoquent une parure de guerrier récifal. Enfin, au ras du sable blanc où poussent de petits bouquets de verdure marine, de jeunes Requins-hâ (Galeorhinus galeus) se faufilent avec vivacité, leurs corps fuselés et grisâtres glissant avec une souplesse féline, parfaits ambassadeurs de la vie prédatrice côtière de l’Afrique australe.

À l’étage, le décor se transforme radicalement pour nous accueillir dans une vaste zone ouverte à l’atmosphère tropicale, où de grands palmiers et des fougères denses recréent un véritable écrin de verdure côtière. Avant de rejoindre la plage de galets, notre regard est attiré par plusieurs vivariums et petits bassins d’eau douce intégrés au milieu de la végétation, qui abritent des espèces d’une grande rareté. C’est là que se dissimule le Crapaud léopard du Cap (Sclerophrys pantherina), un amphibien endémique d’Afrique du Sud, remarquable par son dos robuste marbré de motifs géométriques olive et jaune. Juste à côté, un Xénope lisse (Xenopus laevis) se tient suspendu entre deux eaux, dévoilant ses petites pattes avant fines et ses puissantes pattes arrière palmées, parfaitement adaptées à la vie aquatique. Les petits bassins environnants révèlent d’autres merveilles de la faune locale, comme un élégant Poisson-cocher rouge (Prognathodes aculeatus) nageant près d’une anémone, ou un discret Sébaste rouge (Sebastes capensis) posé sur le sable sombre, tandis que de petites langoustes s’activent sous une feuille de varech.

En poursuivant notre chemin sur la passerelle en bois, nous débouchons sur la plage reconstituée qui sert de refuge aux mascottes incontournables de l’aquarium : le Manchot du Cap (Spheniscus demersus). Plusieurs individus se dandinent sur les rochers ou lissent leur plumage noir et blanc sous les panneaux d’information qui alertent sur les menaces d’extinction pesant sur cette espèce d’ici 2035. Parmi eux, une rencontre insolite capte notre attention près des barrières en bois : un Manchot gorfou (Eudyptes chrysocome), reconnaissable à ses aigrettes d’un jaune vif qui encadrent sa tête noire et à son bec rouge robuste. Qu’ils soient blottis contre les rochers pour une sieste à l’abri du vent ou en train de glisser avec agilité dans l’eau claire de leur grand bassin, ces oiseaux charismatiques offrent un spectacle attendrissant qui sensibilise petits et grands à l’importance cruciale de leur préservation dans les eaux sud-africaines.

La redescente vers le rez-de-chaussée nous ramène face à la spectaculaire forêt de varech géant, que l’on peut admirer sur plusieurs niveaux pour une perspective unique de la surface jusqu’au fond sableux. Cet écosystème vertical, bercé par une houle artificielle permanente, recrée une véritable cathédrale végétale baignée d’une lumière translucide. Au milieu des immenses stipes de varech qui ondulent doucement, une multitude de poissons typiques des eaux froides du Cap se faufilent. Des sars à tête noire (Diplodus cervinus) arborent fièrement leurs bandes verticales sombres et contrastées, tandis que de superbes poissons orangés, comme le sébaste tacheté (Sebastes capensis), apportent des touches de couleur vive dans cette pénombre émeraude.

Au niveau le plus bas, notre regard plonge vers le fond sableux où patrouillent les grands prédateurs du courant de Benguela. Un Requin-hâ (Galeorhinus galeus) glisse à mi-hauteur avec une vivacité remarquable, son corps fuselé et athlétique fendant l’eau au milieu des algues. Plus bas encore, un impressionnant Requin taureau (Carcharias taurus), reconnaissable à sa silhouette massive et trapue, plane lentement au ras du sable d’un mouvement presque imperceptible. Sa peau sombre et constellée de petites taches fauves se détache nettement sur le substrat clair, tandis qu’un banc de sérioles du Cap (Seriola lalandii) passe au-dessus de lui en un mouvement collectif d’une synchronisation parfaite.

Cette immersion à double niveau nous permet d’apprécier la complexité de cette faune marine. En s’approchant tout près des parois, d’immenses mérous sombres comme le Mérou géant (Epinephelus lanceolata) nous fixent de leur œil rond et placide, presque immobiles près des rochers. Ce face-à-face silencieux avec les géants et les voltigeurs du varech met un point d’orgue mémorable à notre visite de ce sanctuaire océanique.

Cette formidable route des profondeurs se découvre facilement sur le Waterfront du Cap, l’aquarium étant ouvert tous les jours de l’année de neuf heures trente à dix-huit heures. Côté budget, l’entrée pour notre famille de quatre personnes s’élève à neuf cent quatre-vingts rands. Pour planifier au mieux votre visite, n’hésitez pas à consulter le site internet officiel www.aquarium.co.za et à jeter un œil au grand tableau d’affichage situé à l’entrée afin de caler votre parcours sur les heures de nourrissage des manchots et des raies.

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