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Bohicon, Spiritualité, Couvents et Traditions du Vodoun Bénin

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Au cœur des ruelles de la cité carrefour : entre le temple d’Hébiosso, Lègba, Adjahouisso, l’énigmatique Temple du Caméléon et l’art mural populaire du Zou

En quittant le cœur historique d’Abomey pour nous enfoncer dans les ruelles animées de Bohicon, nous découvrons un visage fascinant où l’effervescence commerçante épouse au quotidien une ferveur spirituelle intacte. Loin d’être une simple ville-étape, Bohicon se révèle comme une terre de traditions vivantes, jalonnée de couvents secrets et de fresques populaires. En déambulant le long des concessions en terre rouge abritées sous le feuillage d’un margousier , nos yeux sont attirés par un agame des colons lézardant au soleil sur une passerelle d’argile. Sur les murs des enceintes, un art mural populaire vibrant déploie avec fierté les grands symboles du royaume du Danxomè : les animaux héraldiques, les récades royales et les représentations des divinités se mêlent aux scènes de la vie quotidienne, transformant chaque ruelle en un livre d’histoire à ciel ouvert.

Poussant les portes des sanctuaires de collectivités, nous vivons une immersion inédite au cœur du panthéon Vodoun. Notre parcours nous mène d’abord devant l’imposant temple d’Hébiosso, redoutable divinité de la foudre, du tonnerre et de la justice divine. Reconnaissable à ses autels d’argile rituellement enduits et à la symbolique de la double hache, Hébiosso incarne la colère céleste purificatrice. Un peu plus loin, au croisement des chemins, se dresse la figure incontournable de Lègba, gardien des foyers et intermédiaire indispensable entre les hommes et les divinités, dont l’autel conique reçoit libations et prières. La découverte de la collectivité dédiée à Adjahouisso nous plonge ensuite dans l’intimité des cultes ancestraux et de la mémoire des lignées.

C’est au détour d’une ruelle ombragée que nous découvrons le fascinant Temple du Caméléon, sanctuaire sacré dédié à la divinité céleste Lisa et au caméléon , messager sacré du panthéon Vodoun. Ce lieu d’une intense sérénité est également empreint du souvenir du roi Akaba, qui fit de ce reptile son symbole héraldique personnel. Devant les autels de terre sacrée, nous évoquons la fameuse maxime du souverain : « Le caméléon avance lentement, mais il finit toujours par atteindre le sommet de l’arbre », magnifique leçon de patience, de prudence et de persévérance. Au milieu des parfums d’encens et des offrandes rituellement disposées, la symbolique de l’animal sacré s’unifie avec la ferveur des adeptes venus solliciter la protection du temple.

Cette épopée spirituelle dans les couvents et ruelles de Bohicon nous offre un regard authentique et profondément humain sur le Vodoun, révélant une philosophie de vie où le sacré s’incruste naturellement dans le moindre geste du quotidien. La ville de Bohicon se situe aux coordonnées GPS 7°10’40″N, 2°04’00″E.

Rencontre Impromptue avec le Roi Dako Donou XII : L’Audience Sacrée dans le Secret du Palais de Houawé 👑🏰

Un moment hors du temps dans le secret du palais de Houawé : de la libellule des rochers à dos rouge à l’audience sacrée avec le douzième souverain

Encore un moment fort et incroyable de notre aventure en famille dans ce gigantesque tour d’Afrique. À Bohicon, juste après la visite captivante du village souterrain d’Agongointo-Zoungoudou, nous décidons de nous rendre au palais du roi Dako Donou, un lieu profondément chargé d’histoire, de spiritualité et de symbolisme situé dans le quartier de Houawé. Notre objectif initial est avant tout d’admirer l’architecture extérieure du complexe, avec ses statues imposantes, ses incrustations complexes et la puissance souveraine qui s’en dégage, tout en espérant pouvoir en franchir le seuil si l’occasion se présente. Sur place, nous rencontrons un villageois enthousiaste qui accepte de nous guider. Après avoir garé notre véhicule face au domaine royal, nous prenons un long moment pour contempler sa façade majestueuse. L’extérieur est absolument grandiose et dégage une force presque surnaturelle : devant nous se dresse le monumental portique d’entrée surmonté de la statue grandeur nature du roi Dako Donou (1620-1645) « Houawé Djôtin », drapé dans son manteau à pois, tenant ses couteaux de guerre et escorté de deux léopards accroupis.

L’ensemble repose sur une grande estrade soutenue par des sculptures de crânes humains et de têtes de lion, rappelant la témérité des conquêtes fondatrices. Non loin de là s’élève le célèbre monument de la Jarre Trouée du roi Guézo, dont le vase aux multiples perforations est soulevé par les citoyens unis pour symboliser l’unité nationale. Sur le bâtiment principal ocre-rouge, surmonté d’un lion majestueux , les bas-reliefs polychromes célèbrent la royauté : une machette tranchant un régime de fruits du palmier à huile, des cauris, une pipe royale, des gongs et des sandales rituelles. En longeant l’enceinte sous la frondaison d’un manguier (Manguier – Mango tree – Mangifera indica), nous admirons également une grande sculpture murale de lion à la crinière dorée au pied de laquelle Bastien pose avec enthousiasme.
C’est lors de cette contemplation extérieure que la nature nous offre une pause poétique : nous avons la chance d’observer un spécimen remarquable de Libellule des rochers à dos rouge (Red-backed Rock-dweller / Scarlet Dropwing – Bradinopyga strachani), posé à plat sur la peinture terracotta de la muraille. Nous sommes en totale admiration devant la beauté de cet odonate de la famille des Libellulidae : son corps sombre met magnifiquement en valeur son abdomen d’un rouge vif écarlate, tandis que ses quatre ailes, d’une transparence hyaline élégante, sont parcourues de fines veines noires. Curieux de découvrir ce qui se cache derrière ces Murs impressionnants, nous demandons s’il est possible d’entrer dans la première cour.

Un passant nous confirme chaleureusement que l’accès est autorisé. Nous franchissons alors la première enceinte, puis une seconde, avançant progressivement sans croiser âme qui vive. Tout semble figé dans le temps, comme si le palais était à la fois habité et endormi. Nous traversons plusieurs parties en cours de réhabilitation, témoins silencieux de la volonté de préserver ce patrimoine unique. Au fil des cours, nous découvrons des bâtiments aux murs ocre bordés de piliers rouges et gardés par des statues peintes de guerriers en culotte jaune et bleue, mais aussi d’anciens foyers culinaires rituels en pisé intégrant de grandes marmites en terre cuite, la petite maison historique de la mère du roi Dako Donou avec sa pierre à moudre en granite, le sanctuaire du To-Lègba décoré de peintures naïves abritant le fétiche sous son manteau de paille, ainsi qu’une niche voûtée dédiée au culte des jumeaux. Au sol, de petites statuettes d’argile et des poteaux en bois brut émergent de la terre rouge, tandis que deux jeunes enfants s’amusent paisiblement près d’un vieux rouleau métallique. Dans les galeries, d’impressionnantes statues grandeur nature de gardiens armés de lances et de sabres veillent sur les portes en bois.

Alors que nous avançons un peu plus loin, une femme surgit soudainement et nous fait signe de la suivre. Elle est accompagnée de ses trois jeunes enfants, âgés d’environ deux à quatre ans, débordant d’énergie et de vitalité. Elle nous conduit dans une pièce meublée de vieux fauteuils en cuir qui ont dû être luxueux à une époque. L’atmosphère y est immédiatement solennelle, empreinte d’un respect presque instinctif. Au centre de la pièce, elle dispose un grand tapis sur lequel nous sommes invités à nous asseoir. Un rituel d’hospitalité traditionnel s’installe aussitôt : elle nous offre d’abord de l’eau fraîche, servie au godet, puis un verre et deux bouteilles font leur apparition, l’une contenant du whisky, l’autre du Sodabi, cet alcool de palme traditionnel béninois. C’est à ce moment précis que nous réalisons la portée de notre présence : nous ne sommes pas dans une simple salle de réception, mais dans la partie privée du roi lui-même. Les indices ne trompent pas : au fond de la pièce s’étale une immense bâche proclamant la bienvenue au nom du souverain, encadrant des photographies royales et un trône majestueux en bois sculpté entièrement doré à la feuille.

L’attente ne dure que quelques instants. Bientôt, le roi Dako Donou XII, douzième souverain de la dynastie, fait son entrée solennelle. Il est accompagné de l’une de ses épouses, qui porte un parasol au-dessus de sa tête en symbole de son rang. Son apparence est impressionnante et majestueuse : vêtu de riches tissus traditionnels brodés de sequins étincelants, coiffé de sa couronne royale, il est paré de lourds colliers de perles rituelles, tenant son sceptre en argent et son bâton royal forgé. Sa prestance est indiscutable, et nous ressentons immédiatement la solennité du moment. Le protocole ancestral est strict : à son arrivée, nous nous inclinons profondément, posant le front à terre pour embrasser le sol en signe de déférence. Puis, selon la tradition, c’est à nous d’expliquer la raison de notre venue. Avec une vive émotion, je prends la parole pour présenter notre famille : mon épouse Nadège et nos jumeaux Margot et Bastien. À l’évocation de nos enfants, le regard du roi s’illumine d’une bienveillance particulière. Ici, au Bénin, les jumeaux sont vénérés comme des êtres d’exception, porteurs de bénédictions et de chance.

Nous poursuivons en expliquant notre voyage au long cours, notre volonté de faire découvrir à nos enfants la richesse culturelle et historique du continent africain, et leur scolarité assurée chaque après-midi via le CNED, tout en soulignant combien il nous semble essentiel qu’ils apprennent aussi au contact direct des peuples et des traditions. Le roi nous écoute avec une attention profonde, pesant chaque mot. Touché par notre démarche, il prend la parole puis invite sa fille aînée à nous rejoindre afin de nous transmettre les enseignements oraux sur la dynastie Dako, fondatrice de la royauté au Dahomey. Fondé au XVIIe siècle avant que le roi Houégbadja ne structure le royaume, le territoire s’est développé grâce à l’autorité du prince guerrier Dako Donou. Sa lignée a jeté les bases d’un État puissant, célèbre pour ses redoutables Amazones (Agoodjié) et la symbiose intime entre la royauté et le Vaudou. Assis en cercle pieds nus sur le grand tapis violet aux côtés du roi trônant majestueusement, nous buvons ces paroles comme un précieux héritage oral, immortalisant cette rencontre exceptionnelle par des photos de famille empreintes d’une profonde humanité.

Pour visiter le domaine du palais royal de Dako Donou à Houawé-Bohicon, l’accès extérieur est libre, mais une audience privée nécessite de respecter les us et coutumes locaux d’hospitalité (une contribution ou présent selon la tradition est appréciée). Le palais se situe aux coordonnées GPS 7°11’15″N, 2°03’30″E.

Bohicon, le Temple du Caméléon et les Sanctuaires Secrets du Vodoun ⚡🦎🗿

Au cœur des ruelles de la cité carrefour et des pistes du Zou : du village sacré au palais d’Adigningon, immersion dans la nef colossale du Caméléon et les mystères du Danxomè

En quittant l’effervescence urbaine de Bohicon pour nous enfoncer sur les pistes de latérite et de terre de barre rouge à une dizaine de kilomètres en périphérie d’Abomey, nous découvrons un bourg rural entièrement dédié au culte Vodoun, semblant flotter hors du temps. Notre Ford Ranger Raptor bleu trace sa voie sous l’ombre généreuse des palmiers à huile (Palmier à huile – African Oil Palm – Elaeis guineensis) et des margousiers , où un agame des colons  réchauffe ses écailles écarlates au soleil matinal. Accompagnés de notre guide officiel Primaël (joignable au +229 96 69 34 63), nous débouchons sur une vaste esplanade de poussière ocre où notre véhicule fait halte devant un ensemble monumental d’une intensité mystique poignante.

Sur cette place majestueuse se dresse le mythique Temple du Caméléon, un sanctuaire colossal de plus de dix mètres de hauteur sculpté dans la pierre et le ciment en forme de Caméléon du Sénégal . Totem de sagesse, de transformation et de patience associé à la divinité céleste Lisa et au roi Akaba, ce reptile géant semble veiller sur le village. Autour de sa structure monolithique, les murailles d’enceinte déploient un art mural populaire d’une richesse prodigieuse. Nos yeux contemplent des fresques en haut-relief représentant quatre prêtresses vêtues de pagnes au motif de félin, portant sur la tête des poteries rituelles inscrites du message fondateur : « Le Vodoun est un chemin qui mène Vers DIEU ». Plus loin, un panneau encadré dévoile deux serpents sacrés entrelacés surgissant de vases rituels en hommage à la divinité Dan, tandis que des représentations de calebasse géante, de maracas shekere et d’un trône royal surmonté d’un aigle puissant côtoient des sculptures d’adeptes en procession, de joueurs de tambour et d’un imposant Lègba aux attributs phalliques traditionnels.

Face au temple, la vision du palais royal d’Adigni (ou Adigningon) nous saisit par son audace architecturale. L’entrée principale du palais est façonnée en une gigantesque tête de Léopard d’Afrique  à la gueule béante et aux crocs acérés, sculptée dans la terre rouge. Nadège, Bastien et Margot s’avancent avec émerveillement sous cette arche fantastique pour fouler la longue langue d’argile lisse où jouent en toute liberté les jeunes enfants du village. En longeant l’enceinte, nous découvrons également le portail en fer forgé de l’entrée secondaire, estampillé du nom de Tohnoyo Agbale et couronné d’un diadème royal, solennellement gardé par deux statues de panthères bondissantes posées sur leurs socles, flanquées de reliefs figurant des tambours rituels et des trompettes d’ivoire.

Guidés par Primaël, nous franchissons l’ouverture aménagée dans la mâchoire du caméléon géant pour pénétrer à l’intérieur du temple. Nous découvrons alors une immense nef aux allures de cathédrale de pisé et de ciment sculpté, baignée d’une lumière tamisée féerique. De puissantes colonnes travaillées soutiennent une mezzanine supérieure ceinturée d’une balustrade ouvragée où se détache le relief d’un sage barbu à capuche, assis en lotus dans une posture de profonde méditation. Au fond de ce vaisseau silencieux, surélevé de trois marches d’argile, trône un siège majestueux taillé dans la masse à l’effigie d’une panthère rugissante, entouré d’oiseaux sacrés et de colombes  sculptées en plein vol. Devant la table d’autel de Dah Agbalenon, des rangées de bancs accueillent les fidèles, tandis qu’au sol reposent les tambours rituels (houn), les maracas et les gongs doubles (gankogui) prêts à faire vibrer le sanctuaire lors des cérémonies dominicales.

En parcourant les abords extérieurs du sanctuaire sous le feuillage touffu d’un manguier (Manguier – Mango tree – Mangifera indica), nous observons des couvents annexes peints à la chaux comme la maison rituelle de Kenke Sava Tokpa, précédée d’autels coniques en terre, ainsi que des fétiches forgés en fer consacrés à Gu, divinité de la métallurgie, constitués de chaudrons retournés et de pièces mécaniques déposés sur la roche. Cette traversée des sanctuaires de Bohicon et du temple du Caméléon nous offre une leçon d’histoire, d’architecture et de philosophie africaine inoubliable, révélant la profondeur d’un culte vivant où l’art et la foi s’unissent pour l’éternité. Pour visiter ce lieu d’exception avec l’accompagnement érudit de Primaël, comptez des droits d’accès et de guidage d’environ 2 000 FCFA par personne. Le site du Temple du Caméléon et de Bohicon est localisé aux coordonnées GPS 7°10’40″N, 2°04’00″E.

Le Village Souterrain d’Agongointo-Zoungoudou & les Tambours de Bohicon : L’Ingéniosité Cachée du Danxomè 🥁🛡️

De la cité défensive souterraine d’Agongointo aux ateliers de tambours colorés : immersion dans les secrets d’histoire et l’artisanat du Zou

Pour notre ultime journée de la saison au Bénin, nous consacrons nos explorations à la cité de Bohicon, célèbre carrefour routier réputé pour son animation et ses petits maquis populaires où l’on se régale pour une poignée de francs CFA, même s’il demeure préférable de poser ses bagages à Abomey pour la nuit. Après l’émotion de notre rencontre avec le roi Dako Donou et les flâneries au marché, nous mettons le cap sur l’un des sites archéologiques les plus fascinants d’Afrique de l’Ouest : le Village Souterrain d’Agongointo-Zoungoudou. Véritable musée à ciel ouvert, ce haut lieu de mémoire abrite l’une des plus exceptionnelles concentrations d’habitats souterrains du continent, témoin capital de l’ingéniosité défensive des anciens royaumes du Dahomey.

À notre arrivée devant le site, le calme qui règne nous surprend. Alors que certains habitants nous laissaient entendre que le complexe était fermé, nous trouvons le portail grand ouvert. Devant nous se dresse un grand panneau d’information en bois peint de vert indiquant les consignes de visite : ouverture quotidienne de 9h à 17h, interdiction stricte de porter des vêtements rouges — couleur sacrée et redoutée liée aux divinités du Vaudou —, interdiction de fumer, obligation de respecter la propreté du site, ainsi que les contacts du responsable (Tél : +229 95 31 53 64 / 40 18 44 29) et le site web officiel (www.villagesouterrain.org).

En arrière-plan de l’écriteau, de magnifiques cases traditionnelles (apatams) aux murs de pisé ocre et aux imposantes toitures de chaume blond reposent paisiblement sous l’ombre généreuse d’un margousier.

En l’absence de guide disponible ce jour-là, nous entreprenons une visite libre et intimiste, nous orientant grâce aux rares panneaux d’affichage. À la surface, le site se révèle sous la forme de vastes excavations pratiquées dans la terre de barre ferrugineuse. Nos yeux contemplent d’imposants cratères d’argile rouge d’où émergent des escaliers en bois rustiques dotés de rampes artisanales, s’enfonçant dans les profondeurs du sol.

Plus loin, un puits circulaire parfait perforant la couche latéritique s’ouvre sur l’obscurité des chambres souterraines. En nous approchant de la gueule d’une cavité, nous admirons la voûte soigneusement taillée dans la roche tendre, formant un abri voûté à la température étonnamment fraîche. Taillées entre 1711 et 1742 sous le règne du roi Agonglo, ces cinquante-six habitations souterraines découvertes à Agongointo — parmi les mille six cents estimées sur l’ensemble du plateau d’Abomey — servaient de refuges invisibles pour protéger les populations locales et les guerriers contre les rezzous ennemis et la traite négrière.

Non loin des excavations, sous les toits de paille des cases-musées, une halte s’impose pour observer les vestiges découverts lors des fouilles. Protégée sous des vitrines en verre, nous étudions une grande maquette en relief représentant le réseau souterrain avec ses secteurs A et B. Ce modèle réduit permet de visualiser avec précision l’agencement des puits d’accès, des galeries de jonction et des pièces de vie souterraines reliées aux concessions de surface. Les vitrines voisines exposent également des poteries rituelles, des ustensiles en terre cuite et des outils en fer forgé qui témoignent du quotidien des habitants d’autrefois.

En reprenant la route goudronnée qui quitte Bohicon, un dernier spectacle artisanal enchante notre regard : le long du bas-côté se succèdent de nombreux ateliers familiaux de fabrication d’instruments de musique. Alignés au soleil, des dizaines de tambours traditionnels (houn) attirent l’œil par leurs couleurs éclatantes. Façonnés à la main dans des bois locaux et tendus de peaux de chèvre domestique, ces instruments richement peints de motifs géométriques vibrants incarnent le cœur battant des cérémonies Vaudou et des fêtes populaires. Observer les artisans tailler le bois et accorder les peaux au bord de la piste conclut en beauté notre étape dans le Zou.

Pour visiter le Village Souterrain d’Agongointo-Zoungoudou, comptez un tarif d’entrée d’environ 1 000 à 2 000 FCFA par personne. Le site est ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00 et se situe aux coordonnées GPS 7°08’45″N, 2°04’15″E.

Le Marché de Bohicon : L’Âme Commerçante et Épicée du Zou 🍍🌶️

Au cœur du grand carrefour béninois : couleurs de wax, saveurs de gari, liqueurs insolites et effervescence populaire

Après notre poignante et incroyable rencontre avec le roi Dako Donou, nous mettons le cap dès le lendemain matin sur le célèbre marché de Bohicon, impatients d’immerger nos sens dans le poumon économique et le cœur battant de la région du Zou. Dès nos premiers pas dans cette immense cité commerçante, nous sommes saisis par l’énergie joyeuse et l’animation débordante qui résonnent dans les allées. En flânant les yeux grand ouverts, nous déambulons en famille le long d’une large voie de terre battue bordée de bâtiments commerciaux en béton à étages. Devant nous, Nadège, Bastien et Margot se frayent un chemin au milieu des étals sous le regard bienveillant des commerçantes. Une vendeuse dresse sur un trépied son plateau chargé d’ananas frais, tandis qu’une foule colorée chemine entre les motos garées et les échoppes recouvertes de grands parasols multicolores.

Au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans le dédale des allées, le marché nous offre une véritable explosion visuelle et olfactive. Les tentures et les tissus wax aux motifs géométriques et aux teintes éclatantes étalés sous les ombrières contrastent magnifiquement avec la terre rouge des passages. Sur les étals en bois, des pyramides de tomates rouges et juteuses côtoient des cuvettes remplies de piments verts et rouges, de boîtes de conserve empilées et de grosses bassines d’aluminium remplies à bord rabord de gari, cette précieuse semoule issue du manioc. Les effluves parfumés des beignets chauds et des grillades s’entremêlent aux senteurs puissantes des poissons séchés et des viandes fumées, tandis que les femmes du marché fendent la foule avec une grâce incroyable, portant sur la tête de lourdes cuvettes chargées de condiments ou de casseroles.

Au détour d’un stand de produits manufacturés, le rayon des boissons retient toute notre attention et nous réserve une surprise de taille. Nous découvrons avec un brin d’étonnement des tarifs défiant toute concurrence : la bouteille de Pastis de Marseille est affichée à seulement 1 000 FCFA, tandis qu’un gin local s’échange pour 1 500 FCFA. Intrigués et amusés par ces trouvailles, nous cédons à la curiosité en ajoutant à nos emplettes une bouteille de liqueur locale préparée à base de whisky, de café et de caramel pour 2 500 FCFA, parfaite pour agrémenter nos prochaines soirées au bivouac ! Les marchands, d’une gentillesse et d’un humour communicatifs, s’amusent de notre enthousiasme et prennent le temps de discuter avec nous, nous invitant généreusement à goûter à leurs préparations rituelles à base d’huile de palme et à leurs mélanges d’épices locales.

Cette immersion vibrante dans le quotidien des habitants de Bohicon s’achève les bras chargés de sacs remplis de fruits frais, d’épices odorantes et d’un bon stock de gari. Le grand marché de Bohicon se visite idéalement le matin pour profiter de toute son effervescence, l’accès étant entièrement libre et gratuit. Le site est localisé aux coordonnées GPS 7°10’35″N, 2°04’05″E.

 

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