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Mylothris schumanni – Schumann’s Dotted Border – Bordure pointillée de Schumann

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L’ombre délicate des sous-bois équatoriaux et joyau discret des forêts du bassin du Congo

Introduction

Au cœur des forêts ombrophiles primaires d’Afrique centrale, l’observation de la Bordure pointillée de Schumann (Mylothris schumanni – Schumann’s Dotted Border – Bordure pointillée de Schumann / Piéride de Schumann) offre au naturaliste un instant d’une grande poésie et d’un intérêt scientifique remarquable. Décrite en 1904 par l’entomologiste allemand Karl Suffert, cette espèce de la famille des Pieridae illustre la richesse fonctionnelle des sous-bois équatoriaux. Rencontrer ce papillon voletant au-dessus de la litière de feuilles humides ou se posant dans une trouée de lumière au sein de réserves préservées, telles que la Réserve de faune du Dja au Cameroun, permet de mesurer l’interconnexion intime entre la faune des lépidoptères et la flore forestière. La Bordure pointillée de Schumann (Mylothris schumanni – Schumann’s Dotted Border – Bordure pointillée de Schumann / Piéride de Schumann) demeure une espèce clé pour comprendre la biologie des papillons toxiques aposematiques et le maintien de la biodiversité dans les grands massifs forestiers guinéens et congolais.

Morphologie

La Bordure pointillée de Schumann se caractérise par une envergure moyenne de quarante-quatre à cinquante-deux millimètres et une silhouette d’une grande finesse. Le dessus comme le revers des ailes présentent une teinte de fond blanc mat à blanc crème, d’une belle opacité. Le critère anatomique le plus remarquable réside dans la présence d’une vive tache basale orange-doré à abricot, située à l’insertion de l’aile antérieure sur le revers, qui s’adoucit progressivement en une diffuse nuance jaunâtre. Le long de la marge externe des ailes antérieures et postérieures s’aligne la signature diagnostique du genre, composée d’une série de petits points noirs sombres, rigoureusement isolés les uns des autres et placés à l’aboutissement de chaque nervure alaire. L’apex de l’aile antérieure peut également manifester un très léger poudrage sombre. Le corps est fin, recouvert d’un duvet grisâtre sur le thorax et tirant vers le blanc cassé sur l’abdomen.

Habitat et Écologie

L’aire de répartition de la Bordure pointillée de Schumann s’étend à travers les grands blocs forestiers d’Afrique de l’Ouest et centrale, depuis la Côte d’Ivoire et le Ghana jusqu’au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, à la République du Congo et à la République Démocratique du Congo. Cet insecte est un habitant typique des forêts tropicales denses de basse et moyenne altitude, des forêts ombrophiles primaires ainsi que des forêts secondaires anciennes bien structurées. Évoluant principalement dans la pénombre moite du sous-bois, le papillon fréquente les lisières internes, les clairières nées de la chute de grands arbres et les sentiers forestiers ombragés. Strictement diurne, l’imago profite des pinceaux de lumière qui percent la canopée pour réguler sa température et patrouiller dans la strate herbacée et arbustive basse.

Comportement de chasse

À l’état adulte, la Bordure pointillée de Schumann est un organisme strictement phytophage et nectarivore au mode de recherche alimentaire très méthodique. L’imago se déplace d’un vol lent, feutré et sautillant à faible hauteur au-dessus du sol, visitant les fleurs sauvages de sous-bois pour en aspirer le nectar au moyen de sa fine trompe. Il montre une affinité particulière pour les floraisons basses de la famille des Acanthacées et des Rubiacées. Les mâles descendent régulièrement au niveau du sol pour pratiquer le comportement de pompage minéral sur la litière végétale humide, la terre détrempée ou le bois en décomposition, y prélevant le sodium et les sels minéraux indispensables à la maturation de leurs cellules reproductrices et à la constitution du spermatophore.

Reproduction

Le cycle biologique de Mylothris schumanni s’effectue selon une métamorphose complète holométabole comprenant les stades d’œuf, de chenille, de chrysalide et d’imago. La femelle fécondée parcourt la strate arbustive à la recherche de plantes hôtes spécifiques appartenant à la famille des Loranthaceae, ces guis tropicaux hémi-parasites qui poussent accrochés aux branches des arbres de la canopée. Elle dépose ses œufs de forme conique et de couleur jaunâtre en petits groupes sur le feuillage. Les chenilles, au corps allongé, se nourrissent des feuilles de la plante hôte tout en emmagasinant dans leurs tissus des composés chimiques secondaires toxiques issus du végétal. Cette accumulation leur confère une protection chimique durable contre les oiseaux et autres prédateurs. La pupaison s’accomplit sous la forme d’une chrysalide anguleuse, solidement fixée à une tige par un crémaster et une ceinture de soie.

Note naturaliste

Sur le terrain, la détermination de la Bordure pointillée de Schumann s’appuie sur la combinaison de la tache basale orange vif à l’aile antérieure, de la coloration blanche à crème du revers et de la rangée de points noirs marginaux bien dissociés. Elle se distingue de Mylothris agathina par son habitat strictement forestier et la teinte plus claire du revers de ses ailes postérieures, ainsi que de Mylothris poppea par l’extension et l’intensité de sa macule basale. En tant qu’espèce aposematique signifiant sa toxicité par des couleurs contrastées et un vol lent, elle joue un rôle bio-indicateur majeur, témoignant de la présence de Loranthacées dans la voûte forestière et de la bonne santé fonctionnelle des écosystèmes ombrophiles.

Conservation

La Bordure pointillée de Schumann ne dispose pas à ce jour d’une évaluation individuelle formalisée sur la liste rouge globale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et conserve le statut de Non Évalué (NE). L’espèce demeure relativement fréquente dans les grands massifs forestiers continus et protégés d’Afrique centrale, comme la Réserve du Dja. Toutefois, sa dépendance stricte aux forêts humides et aux Loranthacées de la canopée la rend vulnérable à la déforestation massive, à l’exploitation forestière incontrôlée et au morcellement des habitats, qui détruisent les microclimats moites indispensables à sa survie.

Classification taxonomique du genre Mylothris

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Mylothris poppea subsp. poppea Poppea Dotted Border Poppea à bordure pointillée Afrique de l’Ouest (Guinée, Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire, Ghana). Lisières, trouées et clairières des forêts ombrophiles primaires et secondaires de basse altitude. Envergure 40–50 mm. Ailes antérieures sub-triangulaires blanc opaque mat, nuance jaune-orange à la base. Points noirs marginaux caractéristiques à l’aboutissement des nervures. Sanctuaire aux papillons de Bobiri Kubease au Ghana S’observe fréquemment en train de nectarier sur Asystasia gangetica dans la réserve de Bobiri (Ghana).
Mylothris chloris subsp. chloris Western Dotted Border Bordure pointillée occidentale / Piéride chloris Afrique de l’Ouest et centrale (Sénégal, Guinée, Ghana, Nigéria, Cameroun). Savanes boisées, lisières forestières, jardins et zones cultivées. Envergure 50–60 mm. Dessus blanc mat, apex des antérieures noir intense avec bordure marginale pointillée marquée. Revers des postérieures jaune-orange paille très lumineux. Vol souple à mi-hauteur. Très commune le long des haies et dans les jardins arborés en zone soudano-guinéenne.
Mylothris agathina subsp. agathina Common Dotted Border / Eastern Dotted Border Bordure pointillée commune / Piéride agathine Afrique de l’Est et australe (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Afrique du Sud, Zimbabwe). Savanes arborées, forêts claires et jardins. Envergure 50–65 mm. Dimorphisme sexuel : Mâle blanc à base jaune vif, Femelle d’un profond jaune abricot à orange. Siphon anal et rangée de points noirs marginaux très nets. Bambi Lodge Grootfontein (Namibie) – mud‑puddling  au bord des flaques et ruisseaux.
Mylothris rueppellii subsp. rueppellii Twin Dotted Border / Rüppell’s Dotted Border Bordure pointillée de Rüppell Afrique de l’Est et du Nord-Est (Éthiopie, Érythrée, Kenya, Ouganda). Forêts de montagne, galeries forestières et zones arborées de haute altitude (1500–2500 m). Envergure 50–58 mm. Dessus blanc pur avec une large tache basale orange-brillant très étalée. Double rangée de points marginaux noirs sur le revers des ailes. Vol plané et ondoyant au niveau de la canopée basse et des arbustes en fleur le long des escarpements rocheux.
Mylothris rhodope subsp. rhodope Tropical Dotted Border / Rhodope Dotted Border Bordure pointillée tropicale / Piéride rhodope Afrique de l’Ouest et centrale (Sierra Leone, Ghana, Nigéria, Cameroun, Gabon, RDC, Ouganda). Cœur des forêts tropicales humides primaires. Envergure 45–55 mm. Ailes antérieures à large bordure apicale noire s’étendant le long de la côte. Fond blanc-crème avec une vive effusion basale jaune paille. Rencontrée au cœur des sous-bois sombres et moites. Mâles attirés par l’humidité minéralisée des pistes forestières.
Mylothris trimenia Trimen’s Dotted Border Bordure pointillée de Trimen Afrique australe (Afrique du Sud – Eastern Cape, KwaZulu-Natal). Forêts tempérées chaudes, ravins boisés et maquis côtiers. Envergure 45–55 mm. Fond jaune citron à jaune soufre éclatant chez les deux sexes, bordé de points noirs marginaux bien détachés. Vol lent et flottant le long de la lisière des ravins. Très liée aux Loranthacées parasites des arbres côtiers.
Mylothris sagala subsp. sagala Dusky Dotted Border Bordure pointillée sombre Afrique de l’Est (Tanzanie, Kenya, Ouganda). Forêts ombrophiles de montagne et forêts de nuage (1200–2800 m). Envergure 48–56 mm. Dessus fortement infusé de suffusions grises à noirâtres sur la base et le bord costal. Points marginaux fusionnant parfois en une ligne sombre ondulée. Évolue dans le brouillard et la fraîcheur des forêts de montagne. Se pose fréquemment sur les fleurs d’émergence des clairières.
Mylothris bernice subsp. bernice Swamp Dotted Border Bordure pointillée des marais Afrique centrale et des Grands Lacs (RDC, Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie). Marais, papyraies et zones humides de vallée. Envergure 42–50 mm. Ailes étroites blanc lait, points marginaux très réduits et fins. Revers des ailes inférieures teint de jaune pâle. Strictement inféodée aux zones marécageuses. Vol très lent au-dessus des prêles, papyrus et roseaux.
Mylothris jacksoni subsp. jacksoni Jackson’s Dotted Border Bordure pointillée de Jackson Afrique de l’Est (Kenya, Ouganda, Rwanda). Forêts de montagne moyennes à hautes (1800–3000 m). Envergure 50–58 mm. Dessus blanc pur avec une base jaune foncé très localisée. Apex noir découpé en dents de scie le long des nervures. Patrouille le long des pistes de montagne. Très sensible à la luminosité directe du soleil.
Mylothris hilara Hilara Dotted Border Bordure pointillée hilara Afrique centrale et occidentale (Cameroun, Gabon, RDC, Guinée équatoriale). Forêts denses ombrophiles de basse altitude. Envergure 45–52 mm. Apex noir étendu sur les antérieures, fond blanc mat avec une strie jaune vif s’étendant le long du bord costal interne. Papillon discret de la voûte forestière basse, volant parmi les lianes et sous-bois denses.
Mylothris phileris Malagasy Dotted Border Bordure pointillée de Madagascar / Piéride phileris Endémique de Madagascar. Forêts humides de la côte Est, forêts sèches de l’Ouest et zones dégradées. Envergure 45–55 mm. Ailes d’un blanc pur avec une bordure marginale pointillée noire très fine. Base des antérieures discrètement marquée de jaune abricot. Espèce très commune sur l’ensemble de l’île de Madagascar, visitant assidûment les fleurs des jardins et lisières.
Mylothris spica Spica Dotted Border Bordure pointillée spica Afrique de l’Ouest et centrale (Nigéria, Cameroun, Gabon, RDC). Forêts primaires et galeries forestières denses. Envergure 46–54 mm. Apex noir très développé couvrant le tiers de l’aile antérieure. Revers jaune paille uniforme. S’observe en petit nombre le long des cours d’eau en forêt dense, souvent en compagnie d’autres Pieridae.
Mylothris sjostedti Sjoestedt’s Dotted Border Bordure pointillée de Sjoestedt Afrique centrale (Cameroun, Gabon, RDC, République Centrafricaine). Forêts équatoriales humides de plaine. Envergure 48–55 mm. Fond blanc mat avec une large suffusion basale orangée très vive s’étendant sur le tiers basal des antérieures. Évolue sous le couvert végétal dense. Mâles parfois vus buvant sur les excréments ou la terre humide.
Mylothris schumanni Schumann’s Dotted Border Bordure pointillée de Schumann Afrique de l’Ouest et centrale (Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria, Cameroun). Forêts semi-décidues et clairières. Envergure 44–52 mm. Dessus blanc crème, apex noir bordé de petits points marginaux très nets. Revers marqué de jaune doré à la base. Réserve du Dja (Cameroun) évolue dans les trouées de lumière et les lisières, où ses chenilles se développent sur les Loranthacées parasites accrochées aux arbres de la canopée
Mylothris kiwuensis Kivu Dotted Border Bordure pointillée du Kivu Afrique centrale / Grands Lacs (RDC orientale, Rwanda, Ouganda). Forêts de montagne de la chaîne des Virunga et du rift Albertin. Envergure 50–58 mm. Coloration de fond d’un blanc-grisâtre avec de sombres nervures très marquées sur le revers. Points marginaux épais. Espèce d’altitude élevée. Vol saccadé au-dessus de la végétation buissonnante des vallées de montagne.
Mylothris atewa Atewa Dotted Border Bordure pointillée d’Atewa Endémique du Ghana (Chaîne des monts Atewa). Forêts de haute valeur de conservation sur cuirasse bauxitique. Envergure 46–52 mm. Proche de M. poppea, mais avec un apex noir plus large et un aplat jaune-orange très dense à la base. Rencontre rare et localisée. Espèce hautement menacée inféodée au microclimat unique des collines d’Atewa.
Mylothris humbloti Humblot’s Dotted Border Bordure pointillée d’Humblot Endémique de l’Archipel des Comores (Grande Comore, Anjouan, Mohéli). Forêts humides de montagne et zones arborées insulaires. Envergure 45–53 mm. Teinte de fond gris-jaunâtre à chamois très particulière, unique dans le genre. Points marginaux bruns-noirs effilés. Papillon insulaire évoluant autour des essences forestières indigènes et des plantations de ylang-ylang.
Mylothris arabicus Arabian Dotted Border Bordure pointillée d’Arabie Péninsule arabique (Yémen, Sud-Ouest de l’Arabie Saoudite). Oueds boisés, montagnes arides et oasis de haute altitude. Envergure 45–52 mm. Adaptée aux milieux arides : fond blanc pur, points marginaux réduits, base alaire d’un jaune citron très clair. Évolue le long des vallées humides des montagnes du Sarawat. Inféodée aux Loranthacées parasites des acacias.
Mylothris yulei subsp. yulei Yule’s Dotted Border Bordure pointillée de Yule Afrique de l’Est et centrale (Tanzanie, Malawi, Zambie, RDC). Forêts ombrophiles et forêts de montagne. Envergure 40–48 mm. Petite taille. Ailes blanches avec une bordure apicale noire très fine et des points marginaux délicats. Vol très feutré et discret dans la végétation basse le long des ruisseaux de montagne.
Mylothris croceus Saffron Dotted Border Bordure pointillée safran Afrique de l’Est (Ouganda, Kenya, RDC orientale). Forêts de montagne et clairières humides. Envergure 48–56 mm. Entièrement d’une couleur jaune safran intense très spectaculaire, bordée de points noirs étincelants. Très reconnaissable en vol par sa couleur safran éclatante traversant les trouées de lumière.

Note naturaliste

Le genre Mylothris (Hübner, 1819) appartient à la famille des Pieridae (sous-famille des Pierinae, tribu des Pierini). Ce genre strictement afrotropical (incluant Madagascar, les Comores et le sud-ouest de la Péninsule arabique) regroupe plus d’une cinquantaine d’espèces décrites, réparties en cinq grands groupes phylogénétiques (jacksoni, elodina, rhodope, agathina et hilara).

D’un point de vue évolutif, écologique et systématique, le genre Mylothris se caractérise par :

  1. La signature marginale pointillée : Le nom vernaculaire anglais (« Dotted Borders ») provient de la présence constante d’une rangée régulière de petits points noirs situés à la marge externe des ailes, marquant l’aboutissement de chaque nervure alaire.

  2. L’effusion basale et les pigments aposematiques : La plupart des espèces présentent une tache basale de couleur jaune vif, orange ou abricot. Les adultes accumulent dans leurs tissus des composés toxiques issus de leurs plantes hôtes larvaires, ce qui les rend inappétissants pour les oiseaux et explique leur vol lent et peu craintif.

  3. L’inféodation larvaire aux Loranthacées : Les chenilles du genre Mylothris font preuve d’une spécialisation écologique remarquable : elles se développent quasi exclusivement aux dépens de plantes parasites ou hémi-parasites de la famille des Loranthaceae (guis tropicaux des genres Tapinanthus, Phragmanthera, Erianthemum, etc.) qui croissent suspendus sur les branches de la canopée et des lisières.

  4. Le rôle dans les guildes de pollinisation : En raison de leur abondance dans la strate herbacée et les clairières, les imagos jouent un rôle écologique clé dans la pollinisation croisée de nombreuses familles botaniques de sous-bois tropical (notamment les Acanthaceae, Rubiaceae et Verbenaceae).

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