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Papio anubis tesselatum – Uganda Olive Baboon – Babouin olive d’Ouganda

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Le seigneur arboricole des forêts du Rift et des savanes ougandaises

S’enfoncer sous la canopée dense de la forêt de Budongo ou parcourir les pistes ocre du parc national de Murchison Falls mène inévitablement à la rencontre du babouin olive d’Ouganda (Papio anubis tesselatum / Uganda Olive Baboon / Babouin olive d’Ouganda). Cette sous-espèce emblématique du bassin ougandais et du Rift Albertin incarne une réussite évolutive remarquable, capable de prospérer aussi bien dans l’obscurité moite des grandes forêts humides semi-décidues que dans les mosaïques de savanes arborées. L’observation sur le terrain de ce primate offre un témoignage saisissant de la plasticité comportementale des cynocéphales, où la vie de troupe s’organise entre les strates de la canopée et la litière forestière.

L’intérêt scientifique pour Papio anubis tesselatum réside notamment dans sa capacité à faire le lien écologique entre les écosystèmes forestiers équatoriaux et les milieux ouverts. Étudié depuis plusieurs décennies dans des réserves majeures comme Budongo, Kibale ou Queen Elizabeth, ce babouin constitue un modèle d’étude privilégié pour comprendre les mécanismes d’adaptation aux lisières forestières et la cohabitation complexes avec d’autres grands primates, au premier rang desquels figure le chimpanzé.

Morphologie : L’adaptation robuste des sous-bois et des clairières

  • Dimorphisme sexuel et stature : les mâles adultes présentent une silhouette très puissante avec une masse moyenne de 24 à 28 kg, tandis que les femelles, plus élancées, pèsent généralement entre 13 et 16 kg.

  • Pelage et coloration : la robe est particulièrement dense et drue, affichant une teinte vert-olivâtre sombre à gris-vert moucheté, parfaitement adaptée au camouflage sous le couvert forestier ; les mâles arborent un épais manteau de poils longs couvrant les épaules et le cou.

  • Faciès et dentition : la face est allongée, couverte d’une peau noire dénudée et mate ; la mâchoire des mâles renferme de longues canines tranchantes comme des poignards, utilisées lors des intimidations et de la défense du groupe.

  • Appendice caudal et membres : la queue, portée relevée à sa base puis retombant verticalement en une courbure cassée caractéristique, accompagne une démarche quadrupède terrestre et équilibriste sur les grosses charpentières.

Habitat et Écologie : La conquête des forêts humides et des mosaïques du Rift

  • Répartition géographique : sous-espèce centrée sur le territoire ougandais, s’étendant à l’est de la République démocratique du Congo et aux zones frontalières du Rwanda.

  • Diversité des milieux occupés : fréquente intensivement les forêts tropicales humides primaires et secondaires (Budongo, Kibale), les forêts de galerie, mais aussi les savanes boisées et les prairies ouvertes du Rift Albertin (Murchison Falls, Ishasha).

  • Utilisation de l’espace : primate semi-terrestre qui passe une part importante de sa journée au sol pour s’alimenter, tout en grimpant avec aisance jusqu’à la canopée pour récolter des fruits ou établir son dortoir nocturne.

  • Structure sociale : vit en troupes multi-mâles et multi-femelles extrêmement soudées, pouvant compter de 20 à plus de 80 individus régis par une hiérarchie stricte basée sur la dominance et les lignées matrilinéaires.

Comportement de chasse et alimentation : L’opportuniste omnivore des strates forestières

  • Omnivorie opportuniste : alimentation extrêmement variée composée de fruits forestiers, de jeunes pousses, de feuilles tendres, de racines, de tubercules et de graines de légumineuses.

  • Prédation sur les petits vertébrés : les mâles adultes traquent activement de petites proies en sous-bois ou en savane, incluant les faons de duikers, les rongeurs, les jeunes guibs harnachés et les lézards.

  • Consommation d’invertébrés : décortique les écorces moussues et retourne la litière de feuilles pour capturer des chenilles, des blattes, des termites et des araignées.

  • Utilisation de la ressource aquatique : en bordure des rivières comme le Sonso ou le Nil Victoria, consomme la végétation aquatique et s’abreuve quotidiennement sous la protection de la troupe.

Reproduction : Maintien des lignées et investissement parental

La reproduction chez le babouin olive d’Ouganda est rythmée par les cycles hormonaux des femelles, dont la réceptivité est signalée par un gonflement impressionnant et vivement coloré de la zone anogénitale. La compétition pour l’accès aux femelles réceptives génère des tensions au sein des mâles dominants, souvent modérées par la formation de consortships (paires temporaires d’accouplement) et d’alliances tactiques. Après une période de gestation de six mois environ (170 à 180 jours), la femelle donne naissance à un unique petit au pelage sombre et velouté. Le nouveau-né est d’abord porté contre le ventre de sa mère avant de voyager fièrement sur son dos après quelques semaines. Les jeunes bénéficient de l’attention de l’ensemble du clan, et les mâles nouent souvent des relations de protection durables avec les mères et leur progéniture.

Note naturaliste

Sur le terrain, Papio anubis tesselatum se distingue de la sous-espèce est-africaine doguera par une robe généralement plus sombre et plus dense, reflétant son adaptation aux milieux forestiers plus humides du bassin de l’Ouganda. Son observation en lisière de forêt permet de noter l’extrême variété de son répertoire vocal : des aboiements graves et puissants servant d’alarme face aux léopards ou aux pythons, jusqu’aux grognements gutturaux d’apaisement échangés lors des séances de toilettage social (grooming). Ce primate joue un rôle écologique primordial d’architecte de la forêt en tant que disperser majeur de graines à travers ses déplacements quotidiens.

Conservation : Un statut préservé mais dépendant des massifs forestiers

À l’instar de l’espèce globale, le babouin olive d’Ouganda est classé en Préoccupation mineure (Least Concern) sur la Liste rouge de l’UICN. Ses populations demeurent abondantes et stables dans les grands parcs nationaux ougandais. Néanmoins, l’extension des zones agricoles en bordure des réserves forestières entraîne des conflits fréquents liés au pillage des récoltes (maïs, bananes, canne à sucre), conduisant parfois à des tirs de rétorsion ou au piégeage. La préservation des corridors forestiers entre les différentes réserves du Rift Albertin constitue le défi majeur pour maintenir le brassage génétique de cette sous-espèce à long terme.

Tableau complet des espèces et sous‑espèces de babouins (genre Papio)

Nom scientifique Nom GB Nom FR Répartition / Habitat avec zones géographiques précises Traits morphologiques détaillés Observation terrain
Papio anubis anubis West African olive baboon Babouin olive d’Afrique de l’Ouest Afrique de l’Ouest (du Sénégal à la République centrafricaine) ; savanes arborées, forêts de galerie et mosaïques forêt-savane. Mâles massifs au pelage verdâtre-olive moucheté ; crinière bien développée sur les épaules ; museau long et sombre. Ghana – parc national de Mole les babouins olives,  & Shai Hills
Papio anubis doguera Doguera olive baboon Babouin olive doguera Afrique de l’Est (Kenya, Éthiopie, Tanzanie) ; savanes, zones de haute altitude et forêts sommitales. Mâles imposants avec forte crinière cervicale ; pelage olivâtre sombre aux reflets brunâtres ; face noire dénudée. Parc d’Arusha – Tanzanie –  babouins olive (Papio anubis) ainsi qu’au cratère de NgurdotoTarangire NP – Tanzanie groupe de 12 individus, portage dorsal observé – ✅ Parc national du lac Manyara – Tanzanie  – groupes observés en bord de forêt riveraine, interactions sociales et vocalisations puissantes  ✅ Serengeti Tanzanieportage dorsal observé, femelle avec jeune sur le dos, déplacement quadrupède en savane sèche
Papio anubis heuglini Heuglin’s olive baboon Babouin olive du Soudan Soudan du Sud, nord de l’Ouganda, Éthiopie ; savanes sèches, formations rocheuses et forêts ouvertes. Taille légèrement plus réduite ; pelage plus clair aux nuances gris olivâtre ; zone anale très marquée chez la femelle réceptive. Non observé
Papio anubis tesselatum Uganda olive baboon Babouin olive d’Ouganda Ouganda (dont forêt de Budongo et parc de Murchison Falls), RDC orientale ; forêts tropicales primaires, bordures forestières et savanes. Pelage olive foncé à gris-vert, très dense ; forte carrure ; queue cassée caractéristique portée en arche avec l’extrémité tombante.  Budongo ForestOuganda babouins olive s’affairant dans la végétation  Murchison Falls NP, Ishasha (Queen Elizabeth National Park) game drive à Ishaha ;
Papio hamadryas Hamadryas baboon Babouin hamadryas Corne de l’Afrique (Éthiopie, Érythrée, Somalie) et péninsule Arabique ; semi-déserts, canyons et escarpements rocheux. Dimorphisme sexuel extrême : mâle gris argenté avec pèlerine spectaculaire ; femelle plus petite au pelage brun olivâtre. Non observé
Papio papio Guinea baboon Babouin de Guinée Afrique de l’Ouest extrême (Sénégal, Gambie, Guinée, Bissau) ; forêts sèches, savanes et galeries forestières. Le plus petit des babouins du nord ; pelage brun-roux à rougeâtre ; crinière modérée ; face sombre aux reflets violacés. ✅  parc du Niokolo Koba Sénégal – Wassadou & Niokolo‑Koba ; –✅ Makasuntu Cultural Forest (BRIKAMA en GAMBIE)
Papio cynocephalus cynocephalus Yellow baboon Babouin jaune type Afrique de l’Est australe (Tanzanie, Mozambique, Zambie, Malawi) ; savanes à acacias, forêts de miombo et zones côtières. Corps élancé aux membres longs ; pelage jaunâtre à fauve clair ; queue fine ; absence de crinière imposante chez le mâle. Non observé
Papio cynocephalus ibeanus Ibean yellow baboon Babouin jaune du Kenya Sud-Est du Kenya et Nord-Est de la Tanzanie ; savanes arborées et forêts côtières. Pelage jaune-brunâtre légèrement crépelé sur les épaules ; forme clinale intermédiaire avec P. anubis. Non observé
Papio kindae Kinda baboon Babouin Kinda Afrique centrale australe (Angola, RDC, Zambie) ; forêts de miombo, savanes boisées et galeries. Petite taille et structure très élancée ; pelage jaunâtre à nuances rosées ; cercle oculaire clair très caractéristique. Non observé
Papio ursinus ursinus Cape chacma baboon Babouin chacma du Cap Afrique du Sud (fynbos, montagnes du Cap, Drakensberg) ; du niveau de la mer aux hautes altitudes. Très grand et massif ; pelage sombre brun-noirâtre ; museau très allongé et busqué ; queue fortement brisée. Camdeboo National Park (AFS) : individus , fuyant dans les hautes herbes  Cap de Bonne Espérance  (AFS), Individus  Individus observés sur les falaises de la péninsule du Cap, un grand mâle pouvant ignorer royalement les visiteurs et marcher la queue dressée.
Papio ursinus griseipes Grey-footed chacma baboon Babouin chacma à pieds gris Afrique du Sud septentrionale, Zimbabwe, Mozambique, Botswana, Zambie ; savanes et forêts sèches. Pelage gris-brunâtre avec mains et pieds gris clair à jaunâtres (non noirs) ; carrure puissante. ✅ Bwabwata NP — Core Kwando. (Divundu) : troupe observée dès la porte d’entrée du parc, individus fouillant l’herbe haute, un grand mâle immobile au milieu de la piste, ✅ Bwabwata NP — Nkasa Rupara.  : groupe observé avance en silence, dispersé mais toujours connecté, chacun surveillant les autres du coin de l’œil.
Papio ursinus ruacana Ruacana chacma baboon Babouin chacma de Ruacana Nord-Ouest de la Namibie (région de Ruacana/Kunene) et Sud de l’Angola ; zones arides, montagnes et vallées fluviales. Taille moyenne ; pelage plus clair et ras, adapté aux milieux désertiques ; teintes brun-grisâtre métalliques. ✅ Angola — Observation après Lucira, sur terrain rocailleux et sablonneux : individus  en petits groupes, pelage brun-gris, posture vigilante, comportement typique des zones arides et escarpées |✅ Namibie — Observation sur la piste entre Ruacana et Epupa : individus isolés ou discrets, pelage sombre, camouflage efficace dans les broussailles sèches, comportement calme et silencieux typique des zones semi-désertiques du Kaokoland ✅ Vallée de l’Hoanib femelle avec jeune accroché ventralement, déplacement quadrupède sur terrain sablonneux, interactions sociales dans les rochers, mimétisme remarquable avec l’environnement minéral ✅ Twyfelfontein — près du lodge en fin d’après-midi : groupe de babouins chacma venus se restaurer, comportement paisible, alimentation variée (fruits, feuilles, insectes, fouilles opportunistes), interactions sociales et épouillage post-repas observés

Note naturaliste

Le genre Papio rassemble des primates cynocéphales d’une plasticité écophysiologique exceptionnelle, ayant colonisé la majorité des biomes africains, de la forêt tropicale dense aux déserts rocailleux. La taxonomie du babouin olive (Papio anubis) a longtemps fait l’objet de débats en raison de zones d’hybridation étendues avec les espèces voisines (P. hamadryas dans la Corne de l’Afrique, P. cynocephalus en Afrique de l’Est et P. kindae en Afrique australe). Bien que certaines autorités considèrent Papio anubis comme monotypique en raison de continuités génétiques, la systématique classique distingue plusieurs sous-espèces géographiques (notamment P. a. tesselatum en Afrique centrale et orientale, dont relèvent les populations ougandaises). Ces sous-espèces reflètent des adaptations locales précises aux variations de couvert végétal, d’hygrométrie et de pression de prédation. Leur organisation sociale très structurée en troupes multi-mâles et multi-femelles leur confère un succès évolutif majeur face aux modifications de leur environnement.

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